Les ouvrages les plus utiles pour faire la différence en ESH #2 Le Chômage

Les ouvrages les plus utiles pour faire la différence en ESH #2 Le Chômage

Dans la filière ECE, l’ESH est avec les maths la matière clé pour réussir les concours. L’exercice roi de cette épreuve est bien évidemment la dissertation, redoutée de nombre d’étudiants.

Pour vous aider, à partir d’aujourd’hui, Mister Prépa vous propose une série d’articles sur les ouvrages les plus utiles à citer et maîtriser pour faire la différences dans vos dissertation d’ESH, découpée par grandes thématiques (marchés financiers, crises financières, développement…).

Vous trouverez une liste d’ouvrages. Chacun est accompagné de l’argument principal, d’une brève explication, parfois d’une citation et de compléments faisant référence à d’autres ouvrages, concepts ou théories qui sont en lien avec le premier ouvrage. Parfois nous ajoutons aussi des liens pour ceux qui veulent plus d’informations.

A la fin, nous vous proposons des exemples de sujets que vous pouvez réaliser afin de vous entrainer ainsi qu’un rappel des auteurs de référence que vous avez dû voir en cours (si ce n’est pas le cas faite des recherches car ils sont essentiels dans les dissertions).

Aujourd’hui, nous traitons du chômage, thème complexe mais où il est très facile de faire la différence en ayant compris son cours et en ajoutant des petites références stylées.

« La misère d’être exploitée par les capitalistes n’est rien comparée à la misère de ne pas être exploité du tout » Joan Robinson

“Les deux vices marquant du monde économique où nous vivons sont le premier que le Plein emploi n’y est pas assuré, le deuxième que la répartition de la fortune et du revenu y est arbitraire et manque d’équité” Keynes

 

Attention!!! Les indispensables :

  • Keyes et le chômage involontaire
  • Arthur Okun et son coefficient
  • Beveridge
  • Blanchard et Summers sur les effets d’hystérèse
  • Les néo-classiques (Pigou, Rueff, Robbins)
  • Friedman et Phelps sur la courbe de Phillips
  • Stigler et la théorie du Job Search
  • Shapiro et Stiglitz sur le salaire d’efficience en 1984
  • Linbeck et Snower sur les insiders/outsiders en 1988
  • Diamond, Monrtensen et Pissarides sur le chômage frictionnel
  • Doering et Piore sur la segmentation du marché du travail en 1971
  • Robert Salais et le phénomène de « file d’attente inversée »
  • Tobin et le Nairu

1)L’homme inutile, du bon usage de l’économie de Pierre-Noël Giraud, 2015

Argument : La mondialisation et la convergence des pays (réduction des inégalités entre pays) ont pour conséquence que certains individus n’ont plus d’utilité pour l’économie. Ils deviennent des “hommes inutiles”. Cette nouvelle forme d’inégalité qui est aussi la plus violente car il est encore plus difficile d’en sortir, est l’inutilité (hausse des inégalités au sein des pays).

Explication : Dans la triple mondialisation que nous connaissons (commerciale, financière et numérique), il distingue les emplois nomades des emplois sédentaires. Les premiers produisent des biens échangeables dont la production peut être délocalisée. Ces emplois sont donc mis en compétition avec ceux d’autres territoires par les firmes. Au contraire, les emplois sédentaires ne sont pas délocalisables, ils sont donc mis en compétition avec d’autres emplois mais sur le même territoire.

Paradoxalement, les deux évoluent selon les dynamiques opposées : un territoire composé de sédentaires pauvres permet aux nomades d’être plus compétitifs car le coût de la vie est moins élevé. Lorsque les sédentaires s’enrichissent, les nomades deviennent de moins en moins compétitifs et au fur et à mesure que ce processus s’amplifie, des nomades disposent de compétences qui ne sont plus recherchées sur leur territoire. Ils deviennent des hommes inutiles ce qui renforce les inégalités entre nomades et sédentaires dans les pays rattrapés.

« plus les sédentaires d’un territoire sont pauvres et plus ses nomades sont compétitifs sur le marché mondial, mais aussi plus les nomades sont nombreux et riches et plus les revenus des sédentaires sont élevés »

Pour plus d’informations (le livre se divise en plusieurs chapitres qui peuvent servir pour d’autres thèmes donc à lire absolument en entier !!) : https://energieclimat.hypotheses.org/30312

2)Le chômage, fatalité ou nécessité de Pierre Cahuc et André Zylberberg, 2015

Argument : La destruction créatrice se traduit par une réallocation des emplois au sein et entre les entreprises et secteurs. Ce chômage est donc incompressible, il ne peut être réduit et il est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie.

Explication : Chaque année environ 15% des emplois (2,3 millions en France) sont détruits dans tous les PDEM et le solde de créations/destructions est positif car les créations sont supérieures aux destructions de 0,5point. Ce processus nécessité une certaine flexibilité du marché du travail afin que les travailleurs passent d’une entreprise ou d’un secteur à un autre. De plus, du fait de son utilité, la recherche d’emploi doit être une activité rémunérée tout en incitant les chômeurs à rechercher activement un nouvel emploi.

Limites (analyse perso): Malgré un solde création/destruction positif le chômage peut continuer d’augmenter si le taux d’emploi ou la population active augmente significativement + le risque est un chômage frictionnel qui se transforme en chômage de longue durée pour certaines personnes car elles n’ont pas pu se reconvertir.

« Le chômage est donc un rouage indispensable du processus de destruction créatrice et de la croissance »

 

3)Article « The Strategy of Economic Policy and Income Distribution » de Minsky, 1973

Argument : L’Etat doit être un « employeur en dernier ressort ».

Explication :  Dans son article il identifie deux solutions pour atteindre le plein emploi.

Tout d’abord, un investissement privé suffisant afin de créer de nouveaux emplois. Pour autant cela nécessite d’encourager la confiance et de stimuler les investissements en menant une politique de relance (incitations fiscales, subventions, R&D..). Elle comporte néanmoins des limites : hausse des inégalités, instabilité financière…

La deuxième solution (sa préférence), est la création de nouveaux emplois publics. L’Etat doit donc être un « employeur en dernier ressort » en s’engageant à fournir un emploi à tous ceux qui souhaitent travailler mais qui ne trouvent pas d’emploi. L’objectif est de « prendre les chômeurs tels qu’ils sont ». Il propose de financer cette mesure grâce une « imposition véritablement progressive et effective de l’héritage ».

Les limites : Le risque est de remplacer des « hommes inutiles » (PN Giraud) par des « emplois inutiles » + Actuellement le contexte budgétaire et économique n’est pas le même car en 1973 lorsque Minsky publie son article, le chômage est encore très faible (quelques centaines de milliers, la croissance est forte et le dette publique est quasiment nulle).

Pour plus d’information : https://www.lemonde.fr/economie/article/2013/01/07/l-etat-employeur-en-dernier-ressort_1813614_3234.html

 

4)La Flexicurité danoise. Quels enseignements pour la France ? de Robert Boyer, 2006

Argument : Le flexicurité danoise est vertueuse car elle repose sur une complémentarité entre les institutions qui encadrent le marché du travail.

Un contexte particulier (Danemark) : la fiscalité et les cotisations sociales absorbent 50% du PIB, le taux de syndicalisation est proche des 80%, les emplois publics représentent le tiers des emplois, le tissu productif est composé presque exclusivement de PME,  le taux de mobilité de la main d’œuvre est parmi les plus élevé au monde (chaque année près de 30% des employés changent d’emploi et beaucoup passent par une courte période de chômage sans tomber dans celui de longue durée qui ne représente que 1% des cas). La particularité du Danemark est d’avoir « résisté aux tentations d’une protection durable des emplois existants et favorisé au contraire la rapidité du redéploiement de la main d’œuvre entre entreprises »

Explication : En matière de sécurité, elle se base sur une complémentarité entre le droit du travail, les indemnisations qui protègent les chômeurs tout en les incitant à chercher un nouvel emploi et une politique de l’emploi active (formations…). De l’autre côté les contraintes sur les entreprises sont beaucoup plus faibles mais les charges sociales et patronales sont élevées.

« La fonction de réallocation du travail n’est assurée qu’à travers la conjonction de trois dispositifs – le droit du travail, la couverture sociale et une politique d’emploi active – régissant les relations des trois acteurs : les entreprises, les salariés et l’Etat »

Pour plus d’informations :http://www.oeconomia.net/private/cours/economiegenerale/fichedelecture/Boyer2006flexisecurite.pdf

 

5)Changer de modèle d’Aghion, Cohen et Cette, 2014

Argument : La France est passée d’une économie de rattrapage (Trente Glorieuses) à une économie mondialisée dont la croissance repose désormais davantage sur l’innovation. Cela nécessite néanmoins des ajustement structurels que ne se sont jamais fait. Il faut notamment réformer le système scolaire qui reproduit de plus en plus les inégalités socio-économiques.

Solution : En matière de réduction du chômage ils préconisent de favoriser la mobilité du travail (flexibilité quantitative et qualitative) tout en sécurisant les parcours professionnels (CF = flexicurité de Robert Boyer). Il faut « investir dans la mobilité sociale ».

Pour plus de détails sur les mesures qu’ils proposent : https://www.melchior.fr/note-de-lecture/changer-de-modele

 

6)Economie du Bien Commun de Jean Tirole, 2018

Constat : En France et dans les pays du sud de l’Europe un chômage structurel qui se situe entre 7 et 9% persiste depuis des décennies. En France il n’est jamais tombé en dessous de 7% depuis 30ans. Le point commun entre tous ces pays : les mêmes institutions en matière de protection et de lutte contre le chômage.

Argument : Les Institutions française défaillantes sont à l’origine du chômage et notamment de celui de longue durée.

Explication : le système français accroît la polarisation du marché du travail. L’écart en matière de protection et de stabilité entre ceux en CDI et les autres (CDD et chômage) est alors bien trop important et à tendance à cloisonner le marché du travail. La conséquence : les entreprises sont encouragées à utiliser du travail précaire afin d’être plus flexible (90% des embauches sont en CDD ou intérim). Cette rotation des travailleurs qui provoque de l’instabilité pour le salarié et qui représente un coût pour la société n’est pas sans conséquence pour les entreprises qui perdent de l’argent à former sans cesse de nouveaux travailleurs.

Sa solution phare : Le Bonus-Malus = les licencieurs doivent prendre à leur charge le coût du chômage afin de les inciter à ne pas licencier et à tout faire pour qu’il ne dure pas (formation par exemple). Le problème est ce qu’il appelle le Bien commun : quand une entreprise licencie ce n’est pas elle qui supporte le coût mais toutes les autres avec les charges sociales et patronales même si elles ne licencient pas. Lui propose le principe du licencieur-payeur. 

Complément : Pourquoi les entreprises préfèrent le travail précaire alors que son coût prévisible est supérieur à celui d’un CDI. Car justement le coût supplémentaire d’un travailler précaire est prévisible alors que celui d’un CDI ne l’est pas car l’entreprise ne sait pas si elle aura besoin ou non de lui dans l’avenir. L’entreprise préfère dépenser plus plutôt que d’être d’en l’incertitude.

 

7)Tous rentiers ! Pour une autre répartition des richesses de Pierre Askenazy, 2016

Argument : La plaie majeure du capitalisme contemporain est la non-reconnaissance de la productivité et du travail de toute une partie de la population. Cette non-reconnaissance légitimise les inégalités qui sont présentées comme naturelles mais qui menacent l’équilibre sociale et la croissance à long terme. Ainsi, si le chômage peut être nécessaire, la précarisation qu’il implique ne l’est pas et il est paradoxal de vouloir lutter contre le chômage en précarisant toujours plus de personnes.

Explication : Il développe une critique du capitalisme contemporain dans lequel les inégalités primaires sont présentées comme naturelles et liées au libre fonctionnement du marché. Selon Askenazi, les inégalités ne sont pas naturelles mais une construction historique, elles sont donc réversibles sans nuire à l’économie.

Il préconise de lutter contre toutes les formes de rentes afin de mieux répartir les richesses et de les redistribuer équitablement aux travailleurs. Il dénonce aussi la polarisation du marché du travail qui accentue l’écart entre les professions à haute qualification et celles à faible qualification. 

« Les improductifs » subissent une triple non-reconnaissance : dégradation des conditions de travail, productivité accrue non reconnue et faiblesse de leur rémunération. La conséquence directe de cette non-reconnaissance qui se traduit par une forte hausse des inégalités, est la déflation. Cette déflation détériore la demande globale (processus parfois compensé par l’endettement) et explique en partie le chômage.

 

8)Article « Les aspects politique du plein emploi » de Michel Kalecki, 1943

Argument : Si l’on suit la logique capitaliste (qu’il critique), le chômage est fonctionnel, il a une certaine utilité : un rôle disciplinaire notamment dans les usines. Ainsi, le plein emploi serait dysfonctionnel dans le système capitaliste et il menacerait sa viabilité. D’où le paradoxe du refus du plein-emploi.

Contexte : Influencé par les théories marxistes de Karl Marx et de Rosa Luxembourg. Un des auteurs dont les travaux sont au fondement de la théorie post-keynésienne.

Explication : Le plein emploi est possible mais en augmentant fortement les dépenses publiques or les capitalistes (grands patrons, banquiers…) sont les premiers à s’y refuser comme lors du New Deal ou du Front Populaire. Les capitalistes n’ont pas intérêt au plein emploi car généralement celui-ci induit des changements sociaux importants. Cela rejoint la théorie de « l’armée de réserve » de Karl Marx.

« La discipline dans les usines et la stabilité politique sont plus appréciées que les profits par les chefs d’entreprises. Leurs instinct de classe leur dit qu’un plein emploi durable est malsain, et que le chômage fait partie intégrante du système capitaliste normal » Kalecki

Compléments : La majorité des grandes avancées sociales pour les travailleurs ont eu lieu  pendant les 30 Glorieuses, une période de prospérité économique et de quasi-plein-emploi. Ironie du sort, nombres de ces avancées sont remises en causes car elles expliqueraient en partie le chômage structurel en France.

Thomas Tropes

Étudiant à emlyon business school après une prépa ECE au Lycée Montaigne (Bordeaux) et passionné de géopolitique, je suis chargé de « l’actualité en bref » pour vous permettre de mieux décrypter les enjeux contemporains.

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