[Livre] Croissance zéro : Comment éviter le chaos ? – P. Artus et MP. Virard, 2015

Retrouvez ici une fiche de lecture sur le livre incontournable de P. Artus et MP Virard, traitant de l’économie et de la croissance.

Introduction 

          Nous sommes tous habitués à la croissance et nous la recherchons et dire qu’elle ne reviendrait pas nous remplit de peur. Nous avions oublié que c’était possible car la génération qui tient actuellement le pouvoir a reconstruit la société en fonction de celle-ci. On peut donc se demander si les 30 Glorieuses n’étaient pas qu’une exception même si les dirigeants nous promettent le contraire. La production par tête n’a augmenté qu’à partir de la révolution industrielle. Robert Gordon a remis au goût du jour le concept de stagnation séculaire : à cause de crises et coup de frein du progrès technique. La productivité globale des facteurs (PGF) = carburant essentiel de la croissance potentielle. La production est une fonction croissante du stock de capital et de la quantité de travail. Se heurte à la théorie des rendements décroissants (Ricardo) = plus on augmente le stock de capital, moins celui-ci est efficace. Pour contrecarrer on utilise l’innovation et la formation. La PGF reflète la capacité d’un pays à créer des richesses en accumulant des facteurs de production et en les combinant de la manière la plus efficace possible. Intensité capitalistique = poids du capital par rapport au travail dans la création de valeur. Revenu par tête diminue dans les pays de l’OCDE. Le déclin de la PGF montre qu’on va tous devenir pauvres. Si la PGF augmente bcp, c’est pas grave s’il y a des inégalités. La période après 2008 montre que quand il n’y a pas de croissance, il y a des effets tels que le chômage qui apparaissent. USA : plus de 50 millions de pauvres. Les politiques de l’offre sont une toute petite partie de la solution. Si le PIB se transforme en jeu à sommes nulles car il n’y aura plus de surplus à répartir, alors on devra choisir entre guerre civile et croissance. Comment éviter le chaos ? 

 

Chapitre 1 : Ne rêvons pas, la croissance ne reviendra pas !

Depuis les débuts de l’humanité, la seule croissance est due à l’augmentation de la population. Au 18ème siècle,  elle s’est accélérée jusqu’aux environ de 1900 pour un pic 25 ans après 2nde GM. Puis elle a ralenti, puis a subi un coup d’accélération entre 1996 et 2004. Ça pourrait continuer à décélérer. Pour certains, les innovations à venir ne peuvent rivaliser avec celles déjà créées. Pour Gordon, la croissance future sera de 0,2 pourcent. Irresponsable d’imaginer que la croissance serait là pour toujours. 

La stagnation éternelle : Larry Summers reprend la théorie de Gordon. Marque la fin des années 30 et les travaux d’Alvin Hansen nommé “le Keynes américain”. Pour Summers, la crise de 2008 est loin derrière nous mais nos économies sont tj aussi déprimées. La reprise est laborieuse malgré les politiques monétaires des banques centrales. L’expansion avant la crise de 2008 est atypique : succession de bulles sans commencement de pression inflationniste. Ces bulles auraient masqué la stagnation séculaire en stimulant artificiellement la demande globale. La crise de 2008 est un retour à la normale. Une fois que le taux d’intérêt a atteint un certain niveau (bas), les gens préfèrent la liquidité. 

Cela ne devrait pas excéder 0,3% avec en France une moyenne de 0,5%. Pour revenir à 2% (impossible), il faudrait un doublement du ratio capital/population. A long terme, la création de richesses dépend dépend étroitement de la croissance de la population active et du progrès technique. Or ces deux moteurs sont grippés.

 

Chapitre 2 : Au commencement était “la mesure de notre ignorance”

PGF = partie de de la croissance de la production qui n’est ni expliquée par la croissance de l’emploi ni par celle du stock de capital productif. C’est le reflet du progrès technique et de l’amélioration du capital humain. Il faudrait aussi rajouter la structure sectorielle de l’économie…tout ce qui fait qu’avec le même nombre d’euros de capital et le même nombre de salariés, une entreprise va produire davantage d’une année sur l’autre. 

Si elle s’étiole, un pays ne peut espérer créer suffisamment de richesses pour garantir son niveau de vie. Touche le monde entier : par exemple, en Chine en 2007, les gains de productivité du travail étaient de 8% et en 2014 ils étaient de 3,7%. Coup de frein pour les pays du G7 entre fin XXème et début XXIème. Première piste : la perte d’efficacité de la recherche et développement : rendements décroissants de la RD. Deuxième piste : l’augmentation de l’intensité capitalistique (il faut deux fois plus de capital pour créer la même quantité de richesses qu’avant). Troisième piste : l’amaigrissement des secteurs ou les gains de productivités sont supérieurs (= industrie manufacturière est faible par rapport au reste de l’économie). Quatrième piste : niveau de qualification de la population active insuffisant. Cinquième piste : Internet.

 

Chapitre 3 : Des chercheurs qui trouvent de moins en moins

“Les Big Pharma sont comparés à de grands corps malades car leurs médicaments peuvent maintenant être copiés par tout le monde à bas coûts. 

Baisse sans précédent de l’efficacité de la RD. La moindre molécule nouvelle est hors de prix. Pendant des décennies, le secteur a connu un immense succès. Le nombre de médicaments inventé par milliard de dollars de RD investi a été multiplié par deux tous les neuf ans depuis un demi siècle même s’il y a un fort investissement. Toutes les molécules n’arrivent pas sur le marché (1/20) et celles qui sont mises coûtent de plus en plus cher.

La “Falaise des brevets” : une saignée d’au moins 150 milliards de dollars

Les industriels sont confrontés au manque à gagner à cause du  “patent cliff” (brevet tombé dans domaine public), et les lois deviennent plus dures.

550 milliards de dollars de valeur détruits en dix ans : La rentabilité du “top ten” est tombée de 14% à 7%. Une révision des méthodes de RetD s’impose mais les coûts de développement du secteur augmentent très fortement. Ça pourrait contredire la loi de Moore même si un trio d’experts de McKinsey la valide toujours pour un certain temps encore. Course en avant des investissements de RD. 

 

Chapitre 4 : Une ruée vers l’or noir de plus en plus ruineuse

Les compagnies de pétrole ont de plus en plus de mal à trouver des gisements de pétrole d’autant plus que l’essentiel se trouve dans les profondeurs marines ce qui rend son extraction plus compliquée. 

La productivité des dépenses en exploration-production s’est effondrée. En 2013, les investissements des pétroliers en exploration-production ont atteint les 700 milliards de dollars (+65% depuis 2009). Emblématique de l’augmentation de l’intensité capitalistique. La question est de savoir jusqu’où elle va grimper. La baisse de la productivité des plus grandes compagnies internationales est due à l’épuisement naturel de plusieurs zones pétrolières majeures. La demande de pétrole devrait continuer à croître et passer de 87 à 101 millions de barils/jour d’ici à 2035. L’augmentation de l’intensité capitalistique et le ralentissement de la croissance dans les pays de l’OCDE + Japon. Le ratio capital net productif sur le PIB a été multiplié par deux en trente ans = il faut deux fois plus de capital pour produire la même quantité de biens. Etats-Unis : stabilisation de l’intensité capitalistique et reprise de l’investissement. Mais longue période donne une courbe parallèle à celle du ralentissement de la croissance : cause -> vitalité de l’investissement, rendement du capital physique en valeur est faible, et l’accroissement du levier d’endettement des entreprises. Tout cela constitue un frein à l’amélioration et même à la préservation du niveau des gains de productivité.

 

Chapitre 5 : Schumpeter, reviens, ils sont devenus fous !

On assiste à une diminution du poids de l’industrie et une tertiarisation de l’économie. Stimulé par amélioration du niveau de vie, du vieillissement démographique, ou des goulots d’étranglements qui limitent la production industrielle. Cela a des effets sur l’offre : les services attirent les investissements. Mais comme les gains de productivité sont plus élevés que dans les services, la part de l’économie qui connaît des gains de productivité rétrécie et la croissance potentielle de l’économie mondiale s’étiole. Phénomène particulièrement marqué en France car désindustrialisation forte. Accélérée depuis 15 ans : l’industrie est passée de 18% en 2000 à 10% en 2014.

La plupart des métiers recherchés sont à faible qualification et sont dans le service à la personne ou aux entreprises. Création de postes d’ici 2022 dans le secteur de l’aide à domicile : 160 000. Quand la productivité de l’industrie ne diminue pas mais qu’elle est à elle seule trop faible pour tirer l’économie vers le haut on parle de croissance anti-schumpétérienne. 

L’Allemagne a réussi à maintenir dans l’emploi des salariés peu qualifiés. Croissance potentielle plus faible que ceux qui sont au chômage car travaillent dans secteurs à faibles gains de productivité et qualification moyenne de la population active diminue donc certains critiquent ces politiques. La baisse des salaires et des prix dans les services est favorable à l’industrie mais l’Allemagne n’a pas dégradé la structure de ses emplois. La France a fait l’inverse. Une productivité qui augmente moins vite est en général le prix à payer pour avoir un chômage structurel bas. D’un côté du Rhin on transforme des chômeurs en salariés peu qualifiés et de l’autre des salariés qualifiés en peu qualifiés. 

 

Chapitre 6 : Pas de croissance sans compétences

L’éducation nationale a échoué en créant 2,5 millions de personnes illettrées entre 18 et 65 ans. Beaucoup d’ouvriers n’ont également pas été formés à un éventuel changement de métier. Ils n’ont pas assez de qualifications.

Il y a eu et il y a une multiplication des plans sociaux en France. Les ressources humaines stimulent l’innovation et la productivité. Les économies ont besoin de salariés pouvant accélérer la croissance et donc l’innovation, or les salariés manquant de qualifications ou d’éducation la freine.

 En 2020, 90% des emplois exigeront des compétences numériques : des études montrent des problèmes majeurs chez les adultes dans la lecture ou la compréhension de chiffres. L’expérience dans les NTIC est aussi discriminante. Ces personnes ont deux fois plus de chance d’être au chômage. 

Un jeune Français sur dix ne maîtrise pas les savoirs de base : persistance d’un noyau dur de l’échec que notre système scolaire n’arrive pas à résorber. Plus d’élèves en difficulté en mathématiques qu’il y a 10 ans. La France n’est pas bien classée au niveau éducation. Quand le niveau de qualification est faible, les entreprises ne veulent pas investir dans du matériel sophistiqué.

Dans les PME françaises, trop d’outils ont l’âge du plan Marshall : en France, il y a 33 000 robots industriels contre 166 000 en Allemagne. 

 

Chapitre 7 : Comment faire mentir le “paradoxe de Gordon” ?

La productivité a commencé à ralentir. Gordon est techno-pessimiste. Pour eux, les NTIC ont favorisé la croissance pendant environ 10 ans mais cela est déjà terminé. La deuxième révolution industrielle a fait bien plus que celle des NTIC. Les progrès que l’on attend n’auront pas la même impact sur nos vies que les inventions d’auparavant. On serait devenu allergique au risque en ne voyant pas les bienfaits que le risque venant du progrès pourrait nous apporter. Mais d’autres s’enthousiasment de cette révolution. 

La paradoxe de Gordon vaut celui de Solow : si on regarde l’avenir sans ordinateur, il est vide. L’innovation ne s’est pas diffusée dans l’ensemble de l’économie. Le secteur qui produit les NTIC à des gains de productivité faibles. La diffusion d’Internet va de pair avec un coup de frein de la croissance. 

On ne voit pas trace d’Internet dans les statistiques de la productivité. Certains pensent que dans les prochaines années, le progrès technique va considérablement augmenter : on est à un point d’inflexion selon les théoriciens de la théorie du temps. Pour d’autres, nous serions entre deux vagues : il y aurait alors bientôt une seconde vague de croissance de la productivité. Jan Vijg ouvre une piste de réflexion avec l’embourgeoisement de nos sociétés et la bureaucratie car l’avenir de nos sociétés ne dépend peut être pas que de la science et de la technologie. 

 

Chapitre 8 : Le scénario qui déchire (le tissu social)

La croissance potentielle des USA est passée de 2,5% en 1990 à 1% aujourd’hui.

Depuis quelques années, les déficits se sont envolés pour compenser les faibles salaires et la faible croissance. L’économie est repartie grâce à des politiques monétaires très accommodantes avec des taux d’intérêts au plancher et du quantitative easing. En 2014, la liquidité mondiale aura continué à augmenter plus vite que le PIB mondial en valeur. La croissance continue d’être freinée par les problèmes structurels qui minent l’économie réelle. En France, la politique budgétaire devra rester restrictive, le désendettement du secteur privé va se poursuivre, la capacité d’autofinancement des entreprises va reculer, hausse du taux d’emploi. La population de 20 à 60 ans va baisser chaque année jusqu’en 2035 avant de repartir à la hausse. Estimation d’un taux de croissance de +0,9% de rythme de croissance annuelle potentielle. En 2014, un actif travaillait pour financer la pension d’un retraité. En 2040, cet actif devra travailler pour deux retraités. Le poids des retraites devra passer de 14% du PIB à 20%. Hausse des dépenses de santé de 2,3% par an. Le décalage entre croissance espérée et croissance réelle peut susciter de nombreux déséquilibres et nourrir des sujets de friction entre les catégories sociales. 

Le tandem croissance faible – productivité faible peut être porteur de plein emploi mais il entraîne à coup sûr une baisse du niveau de vie. De plus, les salaires réels augmentent peu alors que la profitabilité explose dans les PDEM. La pauvreté touche ⅙ personnes en France. Divers conflits mijotent à feu doux. De plus en plus de revendications naissent. Le livre de Louis Chauvel, Social Forces montre les inégalités entre générations. Certains jeunes pensent ainsi : “on paie pour la retraite de nos parents mais nous, on en aura pas”. Les jeunes se mobilisent de plus en plus. Fragilisation du lien social, aussi en politique par des jeunes qui ne croient plus en leurs élites. Alimente les partis extrémistes. Le succès de l’ouvrage d’Eric Zemmour, Le suicide français, le montre. On ne peut plus compter sur la providentielle croissance. Il va falloir apprendre à gérer la rareté du PIB.

 

Chapitre 9 : Un nouveau partage pour éviter l’affrontement

Il faut redéfinir les conditions de partage des revenus et ne pas attendre trop des politiques monétaires expansionnistes. Coûts d’une dépréciation monétaire : hausse des prix des produits importés, perte de la valeur en devises de la richesse du pays, hausse de la valeur en monnaie nationale de la dette extérieure exprimée en devises, absence d’incitation à monter en gamme, hausse des taux d’intérêts avec apparition du risque de change. L’Allemagne a ouvert la voie avec l’Agenda 2010 et les réformes Hartz > flexibilisation du marché du travail. En France, la plan Hollande est moins efficace et plus coûteux que le plan Schroder car le déficit est plus important en France qu’en Allemagne et que l’environnement mondial est moins favorable qu’avant. Les politiques de l’offre mettent du temps avant de se faire ressentir (2/3/5 ans). 

Politiques de l’offre > nécessaires mais insuffisantes + risqué. ¾ Français prédisent que les conflits vont se multiplier dans les 10 ans à venir dans les groupes de la société.Chacun attend que la puissance publique joue son rôle et enlève la menace pesante. 

Partage salaires/profits dans les pays de l’OCDE, il s’agit de redonner toute leur place aux revenus du travail. Débats sur salaire minimal > Angela Merkel a remis ça en 2013 sur le devant de la scène en voulant imposer un salaire minimum outre-Rhin. Seules deux catégories pourront être rémunérées à un niveau inférieur (loi 2014) > les jeunes de moins de 18 ans qui n’ont pas fini leur formation et pendant 6 mois, les chômeurs de longue durée qui perçoivent une allocation de l’agence pour l’emploi. Les USA et la GB ont fait de même en imposant une hausse du salaire minimum. En France, le salaire réel par tête augmente, d’où faible profit et faible capacité d’autofinancement. Smic = 62% du salaire médian contre 50% en moyenne dans l’OCDE.

Partage revenus du capital/revenus du travail : investisseurs, demandent des rendements élevés pour leur argent malgré crise financière, d’autant plus que les politiques monétaires depuis 2008 les incitent à spéculer. Il creuse les inégalités entre les détenteurs de patrimoine et les salariés. Il faut amener les investisseurs à modérer leurs exigences. On a pensé pendant longtemps que les inégalités étaient la contrepartie inévitable de la croissance : on découvre aujourd’hui comment elles peuvent être un handicap économique et un fardeau politique et social. 

Dans les récessions, le chômage augmente beaucoup pour les jeunes et les salariés peu qualifiés. Les jeunes se retrouvent au chômage donc le niveau du salaire moyen augmente. Les politiques contracycliques aident surtout ceux qui en ont le moins besoin, renforçant le dualisme du marché du travail entre ceux qui en ont besoin et ceux qui n’en ont pas besoin. Partage prêteurs/emprunteurs : Les banques centrales sont tentées de protéger les épargnants et d’éviter une crise financière. Mais elles doivent soit choisir de sacrifier les emprunteurs soit les rentiers.

Partage actifs/retraités : contrat implicite entre générations qui fait la pérennité du système par répartition. Mais il peut voler en éclats si les jeunes pensent que plus tard, leur retraite sera moindre. A l’horizon 2060, un employé gagnant 2000 euros gagnera 1288 euros alors qu’un cadre gagnant 4500 euros gagnera 1921 euros. Il existe un risque que les salariés partent dans des pays à taux de remplacement plus élevés. D’où la nécessité pour les pays concernés, d’ajuster dans des conditions d’équité le poids des retraites dans le PIB. 

 

Conclusion

La croissance ne revient pas. En France, les gains de productivité et la faible croissance potentielle avec un haut niveau de coût du travail détériorent la profitabilité et la compétitivité, ce qui mine l’emploi qualifié et l’investissement. Les mesures économiques sont insuffisantes.

Il faudrait :

  • que les dirigeants aient une priorité : desserrer la contrainte qui pèse sur la croissance en augmentant le taux d’emploi (ramener ceux qui ne sont plus sur le marché du travail, dessus, en particulier les jeunes) : baisser les obstacles à l’embauche des peu qualifiés > baisser le smic + réforme du système éducatif (plus d’apprentissage et d’alternance) + recul de l’âge de la retraite.
  • un meilleur partage des efforts : baisser la générosité du système de retraites + réintroduire la productivité comme élément central des négociations salariales et interdire aux entreprises d’augmenter les salaires réels + il faut faire maigrir les dépenses publiques + accompagner les entrepreneurs + limiter transferts publics
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