[Livre] Le peuple contre la démocratie – Yascha Mounk (2018)

Voici une fiche de lecture sur un livre remarquable, traitant de la démocratie et de l’économie de nos jours. Un vrai ouvrage différenciant pour les concours, à l’écrit comme à l’oral ! 

La démocratie libérale qui semblait acquise dans nos sociétés est aujourd’hui menacée. L’élection de D. Trump et d’autres présidents (en Turquie, Russie,Hongrie..) constitue une menace à la démocratie puisque ces derniers sapent les droits fondamentaux . Nous assistons à une montée du populisme dans le monde entier et la question est alors de savoir si ce mouvement sera durable ou non.

 

PARTIE 1 : La crise de la démocratie libérale

Nous vivons dans une époque d’incertitude, où ce qui était considéré comme improbable, s’est avéré vrai (Brexit, élection de D.Trump) et la démocratie semble pervertie.

  • La démocratie sans la liberté

Depuis une vingtaine d’années on observe que les partis jusque-là marginaux voire inexistants font désormais partis intégrant du paysage politique. On assiste à une montée fulgurante du populisme (droite et gauche) dans ces zones. Au niveau mondial, les inégalités ont diminué mais elles ont fortement augmenté dans nos sociétés développées à cause de la mondialisation, de l’automatisation, de la tertiarisation… L’attitude de D.Trump et son programme dit de manière très simple est efficace pour toucher tout le monde. Une fois au pouvoir, ils démantèlent toutes les institutions qui les contredisent. Même si le populisme est par essence démocratique, le risque qu’il se transforme en dictature est grand.

  •  Les droits contre la démocratie

Il est important de noter l’origine non-démocratique des institutions considérées désormais comme démocratiques. Cependant pour l’auteur, toute démocratie doit être composée d’institutions qui vont traduire la volonté populaire en politiques publiques. 

  •  La déconsolidation de la démocratie

Dans les années 60-70, bon nombres d’Américains faisaient confiance à leurs dirigeants. Mais aujourd’hui, 84% des sondés américains qui sont nés dans les années 1930, s’intéressent à la politique. Ceux nées en 1980 n’étaient que 41%. 29% des sondés américains nés dans les années 1980 considèrent essentiel de vivre dans une démocratie contre 71% des américains nés dans les années 30. Près d’un millénial sur quatre aux USA considère la démocratie comme un mauvais système politique et certains citoyens considèrent la gouvernance d’un dirigeant dominateur comme un bon système. 

La diversification du paysage politique peut être considérée comme un signe que la démocratie fonctionne bien car elle oblige d’évoquer et de trouver des solutions à des problèmes négligés et augmente la représentativité au sein du système. Cependant, elle peut être le reflet d’une pathologie de la démocratie. 

Dans de nombreux pays, les jeunes ont davantage tendance à se définir comme radicaux. Au deuxième tour des élections présidentielles en France, près d’un jeune sur deux a voté pour M.Le Pen contre ⅕ des personnes âgées. C’est aussi vrai aux USA et RU (48% des électeurs blancs ont voté pour D. Trump). Le désintérêt croissant des jeunes pour la démocratie peut provenir du fait qu’ils n’ont jamais vécu dans un système différent. La Pologne était un pays ou la transition démocratique était la plus réussie mais il s’est transformé en dictature. Depuis 1990, la Pologne a réalisé de nombreux progrès en terme démocratique, ce qui lui a permis d’intégrer l’UE en 2004. Cependant, l’arrivée au pouvoir du leader du parti d’extrême droite en 2015 a porté atteinte à la démocratie qui s’est rapidement transformée en dictature. Un polonais sur six pense que la démocratie est un très mauvais système contre 1/10 des sondés au niveau mondial. 

 

PARTIE 2 : Origines

  • Les réseaux sociaux

Il est difficile de censurer les informations. Pour certains, la communication numérique entretient la démocratie parce qu’elle permet de critiquer les gouvernements non-démocratiques et même de les expulser (en Tunisie, Egypte..) ou de coordonner les manifestations. Pour d’autres, elle a des effets néfastes puisqu’elle réduit les garde-fous comme durant la campagne de D. Trump. Il faut noter que les réseaux sociaux ne sont ni bons ni mauvais pour la démocratie mais ils contribuent à réduire l’écart technologique entre ceux qui l’avaient depuis un moment. 

  • La stagnation économique

La nette amélioration du niveau de vie grâce à la croissance et à la redistribution des richesses depuis le XX eme siècle entre aujourd’hui en opposition avec le ralentissement de la croissance. Ce ralentissement débouche sur la crainte dans le futur pour beaucoup de citoyens qui se tournent vers le populisme. En effet la plupart des personnes qui ont voté pour Trump sont des personnes ayant peu de chances d’avoir un diplôme universitaire et ont donc peur que leur situation se dégrade dans l’avenir (21 des 22 Etats menacés par l’automatisation du travail ont voté pour Trump).

  • Identité

On pourrait penser que les populistes ont plus de succès chez les électeurs non immigrés vivant dans des lieux où l’immigration est forte mais ce n’est pas le cas. En effet, ils ont un succès tonitruant dans les zones où l’immigration est faible. Les zones d’immigration sont en générale situées dans les grandes villes, composées en majorité de résidents jeunes, ouverts d’esprit et qui ont une opinion libérale en matière d’immigration. Être en contact avec les immigrés leur a permi de les connaître au-delà des préjugés. Au contraire, dans les zones reculées comme le Midwest, où l’immigration est faible, les habitants côtoient moins les immigrés.. De plus, les natifs américains et européens appréhendent l’immigration de masse parce qu’ils craignent de devenir une minorité ethnique car leur population baisse fortement. 

 

PARTIE 3 : Remèdes

  • Domestiquer le nationalisme

Aujourd’hui, il est difficile de se rappeler que l’UE était jadis considérée comme un modèle d’organisation politique. En effet, les habitants des pays européens sont plus attachés à leurs cultures nationales qu’aux valeurs de l’UE. A la différences des pays européens, les USA sont un pays d’immigrés. La discrimination raciale et ethnique reste inhérente à la société américaine. Pendant sa campagne électorale, Trump a transformé ce nationalisme en distinguant ainsi le vrai américain des autres. 

  • Réparer l’économie

La  raison principale pour laquelle les citoyens votent pour les populistes est qu’ils sont inquiets de l’avenir. En effet, les nombreuses transformations économiques ont entraîné la suppression d’emploi qui étaient considérés comme stables. Pour mettre fin à cette vague populiste, les Etats doivent garantir à leur population que leur situation va s’améliorer. Pour que les gains de la mondialisation soient partagés plus équitablement, il faut augmenter les taxes sur les riches et sur les entreprises qui vont permettre de mener une politique budgétaire expansive (investissement dans l’infrastructure, éducation..). En théorie les taux d’imposition sur les riches et les entreprises sont élevés, cependant ces derniers paient très peu d’impôt du fait de niches fiscales. Quant aux entreprises, des mesures peuvent les contraindre de payer des impôts proportionnels à leurs profits dans chaque pays où elles s’implantent.

De plus, l’augmentation du prix du logement dans les grandes villes montre bien que le niveau de vie n’a pas augmenté. Les locataires de Londres dépensent 72% de leur revenu en loyer. Il faut diminuer le prix des logements ce qui revient à augmenter le nombre de logements. Cependant une telle mesure pourrait aboutir à l’éclatement de la bulle spéculative.

Augmenter la productivité des travailleurs va aussi permettre d’améliorer le niveau de vie en investissant dans la recherche et le développement. Les gouvernements doivent réformer le système éducatif dans son ensemble pour mieux préparer les citoyens au monde du travail auquel ils seront confrontés à l’ère du numérique. De plus, les gouvernements doivent réformer l’Etat-providence pour protéger la population active, encourager les entreprises à engager et mettre en place un filet de sécurité qui va contribuer à la création de nouvelles entreprises.

  • Refonder la religion civique

Pour regagner la confiance des citoyens il faudrait la mise en place de mesures qui permettent de réduire l’influence de l’argent sur la politique. Il est important de garder en mémoire que l’éducation civique est un rempart contre les idées autoritaires. Les écoles ainsi que les parents semblent ne plus se soucier de transmettre des valeurs civiques à leurs enfants. L’éducation civique n’a pas pour fonction que les élèves maîtrisent parfaitement le passé mais qu’ils soient déterminés à réduire les injustices et défendre les réussites de la démocratie libérale.

 

Conclusion 

La dominance de la démocratie libérale pourrait toucher à sa fin. Dernièrement, beaucoup de pays de la triade sont devenu moins démocratiques car elle ignore le peuple. Les populistes ont le vent en poupe, mais leur victoire ne sonne pas toujours la fin de la démocratie libérale. En Turquie par exemple, les populistes ont amélioré la situation économique. Si on attend un danger pour s’y confronter, on risque de se perdre. Vivre en démocratie libérale c’est un grand privilège. Il va falloir de plus en plus de courage pour défendre la démocratie libérale mais si nous ne le faisons pas nous perdrons trop vite la bataille. Peut-être que le populisme ne durera pas ou peut-être que si mais en tout cas ceux qui aiment la démocratie libérale sont prêts à se battre pour elle. 

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