Méthodologie de la dissertation en économie (AMPE) (3/3)

 «La qualité doit primer sur la quantité […] Une copie incisive et claire sera préférée.» Issue du rapport de jury d’Analyse Monétaire et Politique Economique du concours de l’ENS Paris-Saclay de 2020, cette citation déplore le manque de structuration des idées dans les copies des candidats. En effet, organiser rigoureusement ses idées, en particulier dans le développement de la dissertation, est un moyen de rendre limpide votre pensée ; ce qui est évalué, aussi bien sur le fond que sur la forme par le jury. Pour y arriver, nous détaillerons dans cet article les méthodes utilisées pour rédiger le développement du devoir.

 

De l’importance de la forme de la dissertation

Le soin, c’est-à-dire la propreté et la graphie n’est pas à négliger. Les écritures petites, les ratures, les copies mal aérées, les fautes d’orthographe, les phrases trop longues contribuent à irriter le correcteur qui n’a que très peu de temps à consacrer à votre copie.

Le concours de L’ENS oblige de faire des plans apparents. Le correcteur doit pouvoir voir d’un coup d’œil l’articulation du plan en trois niveaux : parties, sous-parties et sous-sous-parties, qui doivent être matérialisés par des sauts de ligne. Vous pouvez annoncer par des chapeaux la structure de chaque partie pour plus de clarté. Les transitions doivent être soignées, en particulier entre les grandes parties du raisonnement.

Le style général de la copie se caractérise par son impersonnalité et son objectivité. Les jugements de valeur et prises de positions trop marquées doivent être évités. Le candidat peut mentionner toutes les théories économiques, y compris les théories marxistes. Cependant, il faut toujours les remettre dans leur contexte de pensée et souligner les hypothèses et les limites.

 

Construction du plan détaillé : définir le mouvement général du devoir

Le développement doit s’inscrire dans la continuité de la problématique et doit faire apparaître une progression dans le raisonnement en mobilisant de manière intelligente les théories économiques et les exemples. Le candidat est évalué dans sa capacité à fournir un plan cohérent dans son ensemble, montrer la logique de l’enchainement des parties ainsi que la capacité du candidat à argumenter de façon logique en illustrant ses idées.

 

Choix des deux parties principales (I et II)

Les titres des parties doivent répondre directement à la problématique. Ils doivent donc faire apparaître un balancement dans le traitement du sujet, en abordant successivement un aspect du sujet ou un autre.

Conseils :

  • Les deux parties ne doivent pas se contredire
  • Elles doivent répondre au sujet posé.
  • Pas de plan « passe partout »
  • Articulation claire et cohérente, sans ambiguïté pour le correcteur
  • Un titre = une idée, c’est-à-dire qu’un titre est un argument qui fait avancer la réflexion : pas de titre descriptif. Vous pouvez vous forcer à mettre un verbe dans les titres des parties et des sous-parties.
  • Un bon plan pose une problématique qui va d’un point A à un point B : notion de dynamisme qui ressort par opposition à un classement descriptif ou un plan thèse/antithèse.
  • Vous devez pouvoir résumer le raisonnement en une phrase conclusive.

 

Choix des sous-parties (A et B)

Les sous-parties doivent être claires et entièrement dissociées.

IA : « point de départ » de la réflexion : pose les bases du sujet, revient sur les idées simples : faits stylisés, théories incontournables (généralement, les plus anciennes), chiffres pour donner un ordre de grandeur.

IIB : « point d’aboutissement de la réflexion » : doit isoler clairement les conditions de la mise en place des politiques économiques qui répondent à la problématique. Il s’agit d’une conclusion avancée qui résout le paradoxe de la problématique traitée. Cette sous partie est un dépassement de deux manières de traiter le sujet et d’insister sur les différentes approches du phénomène économique. Elle répond aux questions suivantes : sous quelles conditions une politique économique sera efficace ? Comment s’assurer de répondre au paradoxe mis en avant dans l’introduction ?

A partir de ces deux bornes, on construit un raisonnement structuré qui progresse étape par étape. Le IB amène le raisonnement à la partie II. Le IIA souligne les limites de la réflexion mise en place dans la première partie.

Conseils :

– Se référer aux théories qui permettent de prendre du recul par rapport au cours en soulignant l’importance du contexte économique et social, le poids des choix historiques, rôle des institutions.

 

Structure de l’intérieur des sous-parties : démonstration de rigueur

L’écriture des sous-parties consiste à structurer sa pensée sans qu’elle conduise à une simple superposition d’arguments sans cohérence d’ensemble. Vous devez faire appel à des typologies introduites lors de la définition des termes ou des mécanismes complémentaires.

Conseils :

1) Faire des plans en 2 parties x 2 sous parties.

2) Bien organiser son brouillon en veillant à passer 30 minutes par étape :

– 1ère étape : noter de manière indifférenciée les idées sur une feuille de brouillon : mécanismes économiques, théories, exemples, concepts utiles.

2ème étape : Prendre une autre feuille de brouillon, la diviser en 4 parties égales, les deux parties I et II doivent répondre à la problématique et fixent le mouvement d’ensemble du devoir.

-3ème étape : Recopier les mécanismes économiques listés dans le désordre sur la 1ère feuille, en les répartissant entre les 4 sous parties.

– 4ème étape : Organiser la sous-partie à partir d’une typologie pertinente.

3) Grilles de lectures indispensables pour structurer et nuancer les sous-parties : normatif/positif, court terme/long terme, bénéfique/néfaste, microéconomique/macroéconomique, ménages/entreprises, conjoncturel/structurel + typologies qui ont émergé dans la définition des termes.

 

Astuces qui permettent de limiter les risques et de s’assurer d’avoir un bon plan

– S’assurer qu’il est possible de deviner la problématique à partir du plan

– Reprendre les mots-clés du sujet dans le libellé des titres de partie, voire de sous-partie pour être sûre de ne pas faire de hors-sujet.

– Les 3 parties du plan sont mutuellement exclusives.

– Plutôt que d’adopter un plan oui/non, adoptez un plan du type suivant :

I A.Faits stylisés

I B.Concepts et théories économiques

II A. Analyse des points forts et limites des politiques économiques

II B. Recommandations permettant de répondre au paradoxe

 

Rédaction des parties

La rédaction des parties consiste à mobiliser ses connaissances en articulant correctement les idées, les théories et les exemples. Chaque idée avancée doit-être illustrée par un argument. L’ensemble doit s’enchaîner de manière logique et cohérente, en gardant en tête qu’il faut toujours répondre à la problématique. La mobilisation d’un argument doit suivre le schéma « idée, illustration, interprétation ». Il s ’agit tout d’abord d’énoncer l’idée, en mentionnant si nécessaire les mécanismes économiques inhérents. Il faut savoir distinguer les théories centrales, qui nécessiteront un développement et une explication, des théories secondaires, qui pourront être mentionnées succinctement. Puis, le candidat illustre son idée avec des faits stylisés, des chiffres, des exemples d’actualité. Ils se composent du nom de l’économiste, correctement orthographié, ainsi que de la date de publication de l’article de référence. Enfin, il montre en quoi l’idée est liée au sujet donné.

Certaines théories et notions transversales doivent être stratégiquement connues. En effet, elles sont mobilisables dans un grand nombre de sujet. En voici une liste non exhaustive :

-Multiplicateur keynésien d’investissement et ses limites ;

-Concurrence pure et parfaite ;

-Modèle de croissance de Solow ;

-Capital Humain ;

-Théories de la croissance endogène ;

-Complémentarité institutionnelle ;

-zones monétaires optimales ;

-théorie des jeux et dilemme du prisonnier.

 

La conclusion : résumer et ouvrir

En premier lieu, la conclusion doit permettre de répondre à la problématique posée en introduction. Elle se divise en deux parties. La première vise à résumer la tendance générale du devoir en mettant en lumière la progression de la réflexion tout au long du devoir. On verra apparaitre les idées centrales de chaque sous-partie, expliquée par des propositions simples synthétisant les problématiques auxquelles le devoir a permis de répondre. La seconde partie vise à ouvrir la voie à une nouvelle réflexion, qui s’inscrit dans la continuité du sujet, sans en faire partie.

Conseils : ne sous-estimer pas la conclusion qui laisse l’ultime impression au correcteur.

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