Migrations internationales et conflits planétaires

Le 1er février 2021, des militaires birmans ont mis fin à dix ans de transition démocratique en provoquant un coup d’État, orchestré par Min Aung Hlaing, le chef des armées. L’arrestation de la conseillère d’État replongea alors la Birmanie dans sa triste histoire passée : plusieurs décennies de gouvernance militaire, de nombreuses violations des droits de l’Homme et une persécution de la minorité Rohingya. Elle représente ainsi l’un des déplacements forcés de population les plus intenses, en fuite vers le Bangladesh. Les migrations demeurent également des facteurs de conflits et de tensions entre différents acteurs et à diverses échelles : la crise migratoire de 2015 a divisé l’est et l’ouest de l’Union européenne sur fond de désaccords décisionnels. Les migrations peuvent donc faire naître des conflits entre différents acteurs : entre pays d’accueil, d’arrivée ou de transit. Enfin, le phénomène de migration internationale exclut toute migration de travail transfrontalière quotidienne, toute migration touristique ainsi que tout voyage d’affaires. 

 

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Les conflits sont bien l’une des causes des migrations internationales 

Les migrations ont toujours été l’un des reflets des conflits au cours de l’Histoire. La période 1850-1913 a constitué une importante phase d’immigration vers un grand pôle d’accueil, les États-Unis, en accueillant les Juifs persécutés en Russie (pogroms) ainsi que les civils fuyant la guerre en Chine, plus tard, entre 1927 et 1950. La fin de la Seconde Guerre mondiale déclenche le déplacement de populations dans l’optique de rester dans leur pays à la suite des pertes et des ajouts de territoires. Au lendemain de la guerre du Vietnam, 2 millions de Vietnamiens du sud fuient la guerre à l’instar du régime des Khmers Rouges du Cambodge vers l’Amérique du Nord et l’Océanie. Enfin, le génocide au Rwanda (1994) entre Tutsis et Hutus est à l’origine de la migration forcée de plusieurs milliers de personnes vers la République démocratique du Congo.

Cependant, les conflits contemporains se caractérisant par des genres inédits et de nouveaux acteurs font grandir le besoin de fuir son pays. L’émergence de conflits armés entre civils et armées étatiques participe à la redéfinition de l’urgence migratoire. Au Moyen-Orient, cela concerne les guerres en Irak (2003-2011), en Syrie (depuis 2011) et en Afghanistan (2001-2021). Par conséquent, les données chiffrées traduisent de manière rationnelle l’ampleur des migrations internationales : 41 millions de personnes ont été déplacées de force en 2010 ; fin 2020, ce chiffre s’établit à 78,5 millions. Deux tiers des personnes sont déplacés dans leur propre pays afin de s’éloigner du conflit sans pouvoir s’en échapper (pour des raisons financières, pour l’attachement, par dangerosité…). Enfin, les migrations internationales sont à l’origine de nombreux morts : traversée de la Méditerranée, franchissement des frontières de plusieurs pays…

 

Les migrations internationales génèrent aussi des conflits à différentes échelles et entre plusieurs acteurs 

Les migrations sont des facteurs de désaccords au sein des pays d’accueil et sont à l’origine de conflits internes, comme des tensions entre gouvernements et ONG (Amnesty International, Sea Watch, Mediterranean Saving  Humans…). Les divisions s’observent aussi entre immigrés et populations. En 2012, des réfugiés s’impliquent dans une manifestation en Jordanie en raison des inégalités rencontrées face à la population autochtone. Cependant, les camps surpeuplés des grandes villes sont loin d’accueillir le plus de migrants : les plus grands sont au Bangladesh, au Kenya et en Éthiopie.

Ces tensions sont aussi présentes entre les pays d’accueil et de départ ou de transit. En 2015, suite à de nombreuses pressions, la Turquie doit assurer l’accueil des réfugiés syriens sur son sol, en échange de 6 milliards d’euros de la part de l’UE. Sur le continent américain, le Mexique a fait face à des menaces de la part de Trump, qui exige que le pays contienne les migrants en provenance d’Amérique latine. Ces tensions engendrent la construction de murs aux frontières, de points contrôles et un renforcement des douanes comme entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe.

 

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Le consensus de la communauté internationale à l’égard du problème migratoire peut aussi être la conséquence des migrations

Les États essaient toujours de coopérer en s’affrontant directement aux origines des conflits. Limiter les dissensions en amont dans les pays de départ permet d’éviter ou de diminuer l’immigration. En 2019, la Commission européenne a adopté des fonds supplémentaires (99,5 millions d’euros), dans le but de soutenir les efforts déployés afin d’aider les personnes les plus vulnérables dans la Corne de l’Afrique. Dans le Triangle nord, une politique américaine d’aide au développement a été mise en place car le Honduras, le Salvador et le Guatemala ont des taux de criminalité très élevés, un manque d’opportunités économiques et des institutions corrompues. Cela permet d’éviter une augmentation des mouvements migratoires vers les États-Unis et le Mexique. 

Enfin, les conflits ne constituent pas le facteur le plus important des migrations, mais bien les raisons économiques. En 2020, sur les 260 millions de migrants dans le monde, 170 millions sont des travailleurs et 5 millions sont étudiants. En effet, les opportunités professionnelles peuvent être importantes dans un autre pays que le sien, comme dans la Silicon Valley, qui compte plus de 30 % d’étrangers. Le facteur économique reste ainsi prépondérant : immigration encouragée en France dans les années 1950, American Dream dès la 1re grande vague migratoire… Enfin, les réfugiés climatiques sont de plus en plus nombreux. 

 

Conclusion 

Les migrations internationales se caractérisent à la fois comme conséquences de conflits, mais aussi comme causes entre habitants du pays d’accueil, entre pays de départ ou encore en raison de différents gouvernementaux. Ainsi, les migrations internationales ne créent pas uniquement que des conflits et ces derniers conflits ne sont pas les seules causes de ces migrations. À eux deux, ils reflètent l’évolution des conflits dans le monde.

 

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Elise Casado

Etudiante en école après 2 ans de prépa ECS, j'ai à coeur de partager avec vous mon expérience "prépa" afin de vous aider à profiter à 100% de ces deux ou trois années inégalables de votre vie !

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