L’élection de Pedro Castillo, un tournant politique pour le Pérou

Le Pérou a été affaibli au cours de ces dernières années par les scandales de corruption, par une instabilité politique systémique. Cependant, Pedro Castillo vainqueur des dernières élections présidentielles au Pérou face à Keiko Fujimori pourrait être l’artisan d’un renouveau pour le Pérou, tant au niveau politique, économique, ou social.

Pedro Castillo est-il le chef d’État tant attendu par le Pérou ?

 

Qui est Pedro Castillo ?

Pedro Castillo, 51 ans, candidat de Perú Libre un parti qui prône une idéologie marxiste,  président de la République du Pérou depuis le 28 Juillet 2021, se veut radicalement opposé à l’élite politique de son pays. Instituteur de profession, issu d’une des régions les plus modestes de son pays, il se démarque complètement de ses aînés. Castillo n’est pas seulement le premier président anti-système du Pérou rejetant l’establishment de son pays. Il est aussi le seul à soutenir le Pérou rural, des terres oubliées par ces prédécesseurs.

 

Quelles sont les propositions audacieuses de Pedro Castillo ?

Celui que l’on surnomme le président des pauvres, souhaite avant tout plus d’égalité au sein de son pays. Castillo est convaincu qu’il ne peut plus y avoir de pauvres dans un pays riche comme le Pérou.

L’objectif premier de Castillo est de concevoir un réel modèle Péruvien, un modèle qui se veut toutefois très interventionniste et qui emmènera sans doute à la modification de la constitution actuelle où le secteur privé possède un avantage certain. Cependant, de nombreuses voix s’opposent à ce changement brutal. Face à cet obstacle Castillo souhaite soumettre le peuple péruvien à un référendum.

Sur le plan économique, Pedro Castillo va entamer un renouveau du modèle économique libéral Péruvien vers « una economía popular con mercados ». C’est un modèle d’action libre des entreprises privées, comme nous l’avions jusqu’à présent, mais avec une plus grande composante redistributive de la part de l’État. L’objectif, est une meilleure redistribution des richesses au sein du pays, sans pour autant une intervention massive de l’État à l’image de ce qu’il se pratique à Cuba ou au Venezuela. Par conséquent, une augmentation des taxes sur les entreprises minières ainsi qu’une renégociation des contrats avec les entreprises transnationales sont notamment à prévoir. 

Ainsi, l’État va renforcer sa présence, Pedro Castillo a annoncé une augmentation des investissements publics, ainsi que la limitation de certaines importations afin de préserver l’agriculture locale.

 

Quels défis va-t-il devoir relever ?

-Le premier défi de Castillo va être de rassurer ses électeurs mais aussi l’ensemble des Péruviens. Castillo est pour une partie de la population une voie dangereuse pour le pays. Pourtant, Castillo n’a de cesse d’affirmer qu’il n’est pas chaviste, pas communiste, pas extrémiste et encore moins un terroriste lors de la plupart de ces interventions.

-Le second défi de Castillo va être de rassurer les investisseurs et les entreprises privés qui perçoivent le nouveau modèle économique péruvien comme une menace.

-Enfin, Castillo pour s’imposer devra aussi rompre avec l’instabilité politique qui touche le Pérou, et pour cela, il lui faudra convaincre un Congrès puissant. La tâche lui sera d’autant plus difficile que son parti Perú Libre est loin d’être majoritaire au sein du Congrès avec seulement 37 sièges sur les 130. 

Toutefois, le passé politique trouble du Pérou semble déjà refaire surface malgré l’élection de Castillo 

Pedro Castillo se distingue des anciens chefs d’État péruviens. Toutefois, l’entourage politique de Castillo pourrait remettre en cause certains arguments du nouveau président. 

Tout d’abord, pour de nombreux observateurs, Pedro Castillo serait sous le contrôle de Vladimir Cerrón le fondateur et le leader du parti Perú Libre. Or ce dernier a été reconnu coupable de corruption ce qui l’a empêché de se présenter aux élections présidentielles. De plus, Cerrón est aussi connu pour ses affinités avec le Chavisme et Nicolás Maduro. L’influence de Cerrón sera déterminante pour le futur du Pérou et particulièrement sur la politique de celui qui affirme être à l’opposé de la corruption et du chavisme.

Ensuite, la récente nomination de Guido Bellido en tant que premier ministre du Pérou pose également problème car Bellido fait face à une enquête pour apologie du terrorisme liée à son opinion sur les membres du Sendero Luminoso.

 

Un tournant politique à nuancer 

Les craintes ne faiblissent pas face à tant de changement au Pérou, et les prochains mois seront déterminants pour ce pays de 32 millions d’habitants. Pedro Castillo va-t-il réussir à s’imposer à la tête du pays et surtout restaurer une forme de stabilité politique. La mission de Pedro Castillo s’avère d’autant plus périlleuse que l’opposition est majoritaire au sein du Congrès Péruvien, et que les critiques ne cessent de s’abattre sur le nouveau président.

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