Les personnalités historiques à connaître en B/L : Raymond Poincaré

“Le chef d’État doit savoir faire respecter successivement les idées des autres et abdiquer ses idées personnelles.. rester étrange aux inévitables discussions d’une libre démocratie… se hausser au-dessus des intérêts particuliers… se dégager du contingent de l’éphémère pour affirmer en son esprit la notion de nécessité permanente et jouer le rôle d’arbitre et conseiller.” Déclaration de Raymond Poincaré au début du septennat (janvier 1913). Cet article propose un bref résumé de sa vie et de son œuvre car il est toujours bon de connaître les personnalités qui ont fait l’histoire.

 

Brève présentation 

Dixième président de la IIIe République, il est celui de la 1ère Guerre Mondiale, il eut à organiser l’Union Sacrée et le maintien de la démocratie en temps de guerre. Cousin du mathématicien du même nom, c’est à la bourgeoisie qu’appartient Raymond Poincaré. Né à Bar-le-Duc en 1860, il est de la génération des Jaurès, Briand, Millerand, etc. Originaire de Lorraine donc, ses origines sociales se retrouvent dans sa politique peu orientée vers les réformes sociales mais soucieuse de l’équilibre budgétaire et des problèmes allemands. Il fait des études de droit et de lettres. Reçu avocat, une brillante carrière s’offre à lui. Il se tourne alors vers la politique. D’abord chef de cabinet, il est élu à 27 ans député de la Meuse, puis réélu en 1889.

 

Ses débuts en politique

A la suite du scandale de Panama, de nombreux ayant été écartés de la scène politique, Poincaré fait son apparition sous l’égide d’un certain Charles Dupuy. Il intègre son cabinet au poste de Ministre de l’Instruction publique. Ministre des Finances en 1898, Vice-Président de la Chambre des députés puis de nouveau Ministre des Finances sous Sarrien, Poincaré se sépare finalement de la politique et du parti radical qui vient tout juste de naître. En 1903, il est élu sénateur de la Meuse et occupe à l’Assemblée une place très importante. En quelques années, Poincaré s’est fait remarquer. Il se signale par sa mémoire prodigieuse et ses discours prononcés sans aucune note.

 

Poincaré président 

Lors de la crise d’Agadir en 1912, c’est vers lui que l’on se tourna. Il est en effet appelé par le Président Fallières à la Présidence du Conseil le 12 janvier 1912, il conserve le Ministère des Affaires Étrangères et permet à l’économie de se redresser. C’est lui qui ranime la diplomatie française : il fait plusieurs voyages en Russie afin de raviver les liens franco-russes. Au même moment, le ministre de la guerre Millerand cherche à redorer l’image de l’armée française. Ses différents succès et sa popularité le mène aux présidentielles de 1913. A 51 ans, il n’a théoriquement aucune chance. D’usage, sont préférés les sexagénaires, lesquels ne manquent pas (Ribot, Bourgeois, etc). Invité à se désister, Poincaré ne se défile pas et remporte finalement les élections le 17 janvier 1913. Ce dernier a bénéficié des suffrages et du soutien d’Aristide Briand. De plus, l’image d’un Lorrain capable de faire face aux Allemands plaît à beaucoup de sénateurs et députés. 

 

Le Président de la Grande Guerre

Président de la République, Poincaré annonce un retour au pouvoir personnel en matière de politique intérieure et étrangère. Il s’affirme très vite comme un chef d’État des plus actifs. Dans les Balkans, la situation s’aggrave, le risque de guerre augmente. Assisté par Louis Barthou, Poincaré porte le service militaire à 3 ans, les effectifs s’élevant alors à 850 000 hommes, soit le même niveau que l’Allemagne. Enfin, le 2 août 1914, la guerre est déclarée, la mobilisation générale est déclarée le lendemain. Le 4 août, Poincaré prononce la constitution d’une Union sacrée : “Dans la guerre qui s’engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l’éternelle puissance morale.

Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée et qui sont aujourd’hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l’agresseur et dans une même foi patriotique. » Il remanie son gouvernement fin août. A noter que 

 

Le président de la victoire

Durant 4 ans, Poincaré forcera l’admiration générale, par sa volonté et ses facultés intellectuelles. Il s’efforce de faire respecter la constitution en maintenant l’exécutif sous contrôle du parlement. Il part souvent sur les différents fronts, profondément ému par la souffrance des hommes. En 1917, il nomme Clémenceau, son vieil ennemi, à la tête d’un gouvernement à même de gagner la guerre. Le choix sera le bon puisque ce dernier deviendra pour tous le “Père de la Victoire”.

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La fin de la présidence

La guerre terminée, Poincaré participe aux négociations de Versailles et signe le traité, déclarant : “La paix sera une création commune”. Il termine son mandat en février 1920 et prend sa retraite. Toutefois, encore animé du désir de siéger, il se fait réélire sénateur de la Meuse. Millerand le rappelle au pouvoir en 1922, au moment où une crise extérieure touche le pays. Poincaré reprend la Présidence du Conseil et des Affaires étrangères, s’attachant à faire respecter les clauses du traité de Versailles. En 1923, refusant de négocier davantage, la France occupe les mines de la Ruhr. C’est la doctrine du “gage productif”, permettant au vainqueur de se dédommager en nature, l’Allemagne ne pouvant plus payer. Cette politique s’inscrit dans ce que G-H. Soutou a nommé “l’impérialisme du pauvre”

 

Une fin de carrière tumultueuse

En 1924, le bloc des gauches dirigé par Edouard Herriot arrive au pouvoir. Poincaré démissionne mais une nouvelle crise économique le rappelle au pouvoir. En effet, la situation économique et financière de la France à cette époque est critique, le pays enchaîne les crises de change. Il forme en 1926 son 4e ministère et parvient à redresser la situation en arrêtant l’effondrement de la monnaie. Cela renforce considérablement son prestige personnel. De même, il lance une politique efficace de retour à l’équilibre budgétaire par des mesures de rigueur : création d’une caisse autonome d’amortissement, diminution du nombre de fonctionnaires et des pensions de retraite. Poincaré assainit donc les finances du pays. 

Malheureusement, Poincaré tombe malade en 1929, l’obligeant à interrompre sa carrière et à prendre sa retraite. Il la consacre aux études historiques sur sa présidence. Il meurt en 1934 après avoir publié de nombreux ouvrages dont le plus connu : “Au service de la France, neuf années de souvenirs.

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