Les personnalités historiques à connaître : Jean Jaurès

Les sujets “personnage” en histoire sont souvent redoutés chez les étudiants de prépa. Ceux-ci tombent pourtant chaque année aux oraux. Faire le choix d’un tel sujet et le réussir est généralement valorisé car il montre une curiosité intellectuelle et une certaine audace de la part de l’étudiant. On commence donc cette série par une figure de la IIIe République, Jean Jaurès.

Le sujet « Jean Jaurès » est un incontournable du programme d’histoire en B/L. Il est notamment tombé à HEC en 2019 et peut s’avérer essentiel si vous avez à traiter d’un sujet sur le socialisme ou la gauche en France. Il est même utile pour tout sujet sur la IIIe République. Je vous propose donc ici les éléments que je juge essentiels à la compréhension de cette figure du socialisme.  

 

Une personnalité plus complexe qu’il n’y paraît

Jean Jaurès est une énigme. Sans jamais avoir exercé de responsabilités gouvernementales, il a marqué son temps et la postérité. Icône du socialisme, normalien agrégé de philosophie, c’est un pur produit de la IIIe République et de sa méritocratie. Sa philosophie socialiste porte en elle des valeurs morales et des valeurs républicaines. Mais Jaurès c’est aussi ce monde autour de lui : la Commune de Paris, les mineurs de Carmaux, la Révolte des vignerons, l’Affaire Dreyfus, la Belle Époque, la loi 1905. Jaurès reflète un temps de bouleversements profonds (lorsque vous traitez un sujet “personnage”, pensez toujours à le replacer dans son contexte historique).

Assassiné le 31 juillet 1914, il n’a pu faire entendre sa voix, et son œuvre reste incomplète. Il est donc intéressant d’analyser en quoi cet homme, sa vie, son œuvre, constituent à la fois une figure fondamentale de la République et un pilier de la pensée socialiste. 

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Proposition de plan

On peut fragmenter la vie de Jaurès en trois grandes périodes : 

  • 1859-1889 : de sa naissance à des débuts en politique (crise boulangiste et défaite électorale)
  • 1889-1898 : de la découverte du socialisme à son engagement concret (défaite électorale en 1898).
  • Jusqu’en 1914 : l’unification des socialistes, le temps de l’action, la lutte sociale.

Je propose ici un plan chronologique car plus facile pour ce type de sujet. Pour autant, un plan thématique est largement possible, surtout avec une figure telle que Jaurès.

 

De sa naissance à ses débuts en politique

Jaurès naît le 3 septembre 1859 à Castres dans le Tarn. Issu d’une famille plutôt modeste, son enfance est marquée par la chute du Second Empire, la proclamation de la Commune de Paris puis celle de la IIIe République. Brillant élève, il est admis à l’ENS d’Ulm, à l’âge de 19 ans. Il obtient l’agrégation de philosophie à l’âge de 21 ans puis repart pour Albi en octobre professer la philosophie au lycée. 

Il s’approche alors de la politique en faisant campagne pour un député républicain Cavalié. Sans opposition, il est logiquement élu. Jaurès fait partie de ces talents issus de la moyenne et petite bourgeoisie qui ne se dresse pas contre l’ordre social. Il préfère Gambetta à Guesde. Jaurès est donc à cette époque un républicain intransigeant mais aveugle aux mouvements sociaux, rien ne le prépare au socialisme.

Il entre finalement en politique en 1885.  A cette époque, la république fait face à de nombreux problèmes : montée de l’anarchisme, démission de Ferry en 1885. Dans ces conditions, Jaurès, conformiste, rejoint la liste des républicains. Il est élu le 18 octobre 1885, à l’âge de 26 ans, devenant ainsi un des plus jeunes députés de France. Jaurès ne rencontre pas le socialisme pour autant et  croit au rôle décisif de l’action parlementaire.

Mais l’expérience politique de Jaurès va être brève. En effet, la décennie qui suit est une période de crise et d’instabilité : démission de Grévy en 1887 après l’Affaire des décorations, crise boulangiste en 1889. Contrairement aux républicains, Jaurès ne le condamne pas mais s’efforce plutôt de le comprendre. En mai 1889, passée la crise, Jaurès est battu. 

 

La découverte du socialisme à l’heure de l’engagement concret

Le jeune homme prend du recul. Il revient à ses études et voit la perte de son mandat comme un moyen d’enrichissement et de développement intellectuel. Les années 1890 sont cruciales, elles marquent le tournant idéologique de Jaurès. Il devient conseiller municipal sur les listes radicales-socialistes puis maire adjoint à l’instruction publique de Toulouse. L’idée socialiste a en effet commencé à germer en lui, il s’y intéresse. 

Finalement, c’est surtout sa rencontre avec Lucien Herr, jeune bibliothécaire à l’ENS d’Ulm et membre du Parti Ouvrier Français  de Guesde, qui le convainc. Le socialisme à l’époque est émietté, le mouvement syndical peine à naître et la répression de la Commune a laissé des traces encore perceptibles. Toutefois, les scandales et la crise économique qui ébranlent la France renouvelle le personnel politique français. Vers 1890, une nouvelle génération de socialistes entre en scène: Jaurès, Viviani, Millerand. On observe une montée du mouvement prolétaire (grèves et manifestations comme celle de Fourmies). 

Cette évolution s’achève en 1892 qui va pleinement décider Jaurès. Il rencontre d’abord Guesde mais c’est finalement une grève qui va changer le destin de Jaurès, celle de Carmaux. Elle soulève le monde ouvrier et ébranle l’opinion publique. Jaurès entre alors dans ce conflit au côté des socialistes et remporte le combat. Or, les élections de 1893 se profilent et Jaurès devient alors le candidat des ouvriers,  des socialistes. Il est élu député de Carmaux au côté de 50 députés socialistes, ces élections sont témoins d’une percée socialiste.

Désormais, il milite avec ardeur contre les « lois scélérates ». Il poursuit la défense des ouvriers. Lors de l’Affaire Dreyfus, en 1894, il préfère d’abord rester en retrait, Dreyfus étant un bourgeois et un juif. Il va finalement rompre avec la position des socialistes et s’engager à partir de 1898 en sa faveur non pas par haine de l’antisémitisme mais plus en faveur de la vérité. Cet engagement lui vaudra d’être battu lors des élections de 1898. Jaurès est devenu un homme politique reconnu, ayant gagné en influence dans tout le pays.

 

L’homme de l’unité socialiste

Après cette défaite, il se lance dans le journalisme. Il devient codirecteur de La Petite République, journal socialiste républicain. Au même moment, Jaurès songe à réunir les partis socialistes divisés. En 1902, Jaurès est réélu député de Carmaux tout en participant à la fondation du Parti socialiste français. En 1904, il fonde son journal L’Humanité, composé d’intellectuels socialistes. Il l’utilise pour accélérer l’unité socialiste. 

Finalement en avril 1905, lors du Congrès du globe, Jaurès parvient à unifier les partis en fondant la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) et en devient le premier dirigeant au côté de Jules Guesde. Ce parti obtiendra de bon résultats aux élections successives: 10% en 1906, 13% en 1910 et 16% en 1914. 

On peut centrer l’action de Jaurès sur plusieurs plans. Sur le plan social, avec la SFIO, il va relancer le dialogue entre les partis et les syndicats et va développer la CGT. Jaurès soutient le gouvernement Combes.  Jaurès, élu du Midi, ne peut que sympathiser avec les viticulteurs lors de la révolte des vignerons en 1907. En 1910, Jaurès obtient enfin les premières retraites ouvrières. Sur le plan colonial, Jaurès s’oppose à la colonisation,  il s’agit de conquêtes militaires qui nuisent à son idéal pacifique

Sur le plan de la paix, Jaurès s’oppose à l’alliance franco-russe. Il souhaite éviter la guerre et lutter contre l’esprit de revanche. Le 28 juillet, Jaurès parvient à faire se réunir l’internationale ouvrière à Bruxelles afin d’engager une entente qui consiste à empêcher la guerre par la grève générale en cas de son déclenchement. Mais Jaurès meurt, assassiné trois jours plus tard à Paris, au café du Croissant par Raoul Villain et ne peut donc pas empêcher la guerre de se produire. 

 

Une pensée qui perdure

Ainsi, Jean Jaurès fut cet homme. On connaît moins le Jaurès philosophe qui disparut peu à peu jusqu’à l’anéantissement par le Jaurès politique, socialiste. Un des fondateurs et dirigeants de la SFIO, figure de proue du socialisme et de la République. Son éloquence remarquable lui permettait de révéler sa grande intelligence et sa générosité. Porteur d’un idéal de paix et d’égalité, Jaurès a marqué son époque et sa figure nous atteint encore aujourd’hui, en témoigne l’investiture de François Mitterrand lors de son premier mandat le 21 mai 1981.

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Quelques citations

« Laïcité de l’enseignement, progrès social, ce sont deux formules indivisibles. Nous lutterons pour les deux. » Jaurès dans son discours Pour la Laïque, le 25 janvier 1910

« Une éloquence magnifique, une puissance de travail et une culture extraordinaires, un généreux cœur, voué tout entier à la justice sociale et à la fraternité humaine. » Paul Deschanel lors de l’éloge funèbre de Jaurès. 

« La république c’est le droit de tout homme, quelle que soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de souveraineté. » Jean Jaurès.

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