Jules Ferry, l’architecte de l’école républicaine

Cet article s’intéresse à la vie et l’œuvre de Jules Ferry, figure incontournable de la IIIe République pour ses lois sur l’école. Les sujets “auteurs” en khôlle et lors des examens oraux sont redoutés par les étudiants. En effet, ceux-ci sont très spécifiques, plutôt originaux et demandent au candidat une connaissance précise et approfondie de la figure concernée. Pour autant, ces sujets peuvent rapporter beaucoup de points à ceux qui savent s’en saisir avec adresse. La connaissance des personnalités historiques est également une excellente manière de réviser l’histoire. Cela permet généralement une meilleure compréhension du contexte historique. 

 

 

Jules Ferry, présentation générale

Jules Ferry (1832-1893) demeure une figure emblématique de la Troisième République française. Il a joué un rôle prépondérant dans le développement de l’éducation publique et dans la promotion des idéaux républicains. Cet article propose une analyse thématique de la vie de Jules Ferry, explorant ses contributions majeures dans les domaines de l’éducation, de la politique et de la laïcité.

 

Jeunesse et ascension politique de Jules Ferry 

Né le 5 avril 1832 à Saint-Dié, Jules Ferry fait des études de droit à la faculté de Paris. Il devient très vite un avocat réputé, spécialisé dans la défense juridique des républicains. Passionné par la politique, il entame sa carrière dans un contexte marqué par les bouleversements sociaux de la Deuxième République. Sa jeunesse est marquée par son engagement dans les mouvements républicains et son opposition au Second Empire de Napoléon III. Ferry gravit rapidement les échelons politiques, devenant député républicain de la circonscription de Paris en mai 1869. 

 

La naissance de la IIIe République

Après la défaite de Napoléon III à Sedan, la république est proclamée le 4 septembre 1870. Ferry intègre le gouvernement de Défense Nationale. Il est maire de Paris du 16 novembre 1870 au 18 mars 1871. Pendant l’insurrection de la Commune de Paris, il fuit dès le premier jour et s’oppose au mouvement communard.

Élu député des Vosges en 1871, il rejette les idées royalistes et la politique d’ordre moral de Mac Mahon. Ferry est un fervent défenseur du républicanisme et de l’anticléricalisme. Il se voit réélu en 1876 et conserve son siège jusqu’en 1889. 

 

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L’Éducation pour tous : la Loi Ferry de 1881

La contribution la plus notable de Jules Ferry réside dans son engagement en faveur de l’éducation publique et laïque. Après la victoire des républicains face aux royalistes de 1879, Ferry devient ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts et Président du Conseil. Son œuvre est considérable.

En effet, il fait adopter la loi du 16 juin 1881, instaurant la gratuité absolue de l’enseignement primaire. Il complète cette réforme par la loi du 28 mars 1882 qui rend l’école laïque et obligatoire (jusqu’à l’âge de 13 ans). Ferry jette ainsi les bases du système éducatif français moderne.

 

Les lois Jules Ferry

En plus de rendre l’instruction publique laïque, il crée l’École Normale Supérieure féminine (l’ENSJF, fusionnée en 1985 avec l’ENS d’Ulm) ce qui entraîne la création d’une agrégation féminine. Par ailleurs, il impose certaines règles telles que la différenciation entre l’éducation d’une fille et d’un garçon. Il estime que leur enseignement ne peut être identique, notamment en ce qui concerne les travaux manuels.

En 1881 il introduit la loi sur la liberté de réunion, considérée comme fondamentale et qui permet à un groupe de personnes de se réunir dans un lieu de façon pacifique. S’ensuit la loi sur la liberté de la presse le 29 juillet 1881 qui définit les libertés, les responsabilités et les limites de la presse française. En 1884, il fait voter la loi “Waldeck-Rousseau” sur la liberté syndicale. Concrètement, celle-ci autorise la création de syndicats de salariés. Jules Ferry a ainsi permis le développement des libertés publiques. 

 

Jules Ferry : impérialisme et colonisation

Malgré ses contributions progressistes, Jules Ferry a également été impliqué dans des politiques impérialistes et colonialistes, notamment en Asie et en Afrique. Sa défense de la « mission civilisatrice » a suscité des controverses, remettant en question la cohérence de ses idéaux républicains avec ses actions impérialistes.

D’abord, Ferry se montre hostile à l’expansion allemande et souhaite récupérer l’Alsace et la Moselle. Ne souhaitant toutefois pas s’attaquer au front allemand, il choisit de porter son intérêt sur des conflits plus favorables. C’est le début des conquêtes coloniales.

La politique de Ferry permet à la France d’obtenir le protectorat de la Tunisie en 1881 par le traité de Bardo, de Madagascar en 1883, d’une partie de l’Afrique équatoriale (1883-1885), et du Tonkin en 1885. Cette dernière intervention lui sera fatale.

Elle provoque en effet la colère des milieux nationalistes et particulièrement de la gauche républicaine. Ces derniers critiquent la tentative d’oubli de l’Alsace-Moselle. Dans son discours du 28 juillet 1885, Jules Ferry parle de « races supérieures » qui auraient un droit vis-à-vis des « races inférieures ».

 

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La déchéance de Jules Ferry

Ferry prône l’idée d’une mission civilisatrice dont serait chargé l’homme blanc. Cette expression indigne nombre de parlementaires. Par ailleurs, l’extension du conflit à la Chine s’ensuit de nombreuses spéculations boursières et provoque la chute de Ferry. Il démissionne en mars 1885. 

Surnommé le “Tonkinois, Ferry connaît alors une vague d’impopularité en France. Alors qu’il incarnait la gauche « opportuniste « , il se heurte à l’hostilité de la droite comme de l’extrême gauche. Ferry est battu aux élections présidentielles de 1887. Les boulangistes en particulier attaque sa candidature. Ces derniers ne lui pardonnent pas d’avoir surnommé le général Boulanger « César de café-concert ».

Il devient la cible d’un attentat au Palais Bourbon quelques jours après l’élection. Jules Ferry n’en demeure pas moins président du Conseil général des Vosges et devient élu au Sénat en 1891. Il y préside notamment la commission des douanes et la commission de l’Algérie.

En 1893 il apparaît comme candidat naturel à la Présidence du Sénat et se voit élire dès le premier tour. Toutefois, il meurt d’une crise cardiaque le 17 mars 1893 et ne peut donc exercer cette charge qu’une vingtaine de jours. Il s’agit du plus court mandat de Président de la Haute Assemblée de l’histoire de la IIIe République.

 

Héritage et impact de Jules Ferry

L’héritage de Jules Ferry demeure complexe, mêlant ses réalisations éducatives progressistes à ses politiques impérialistes. Son influence sur le système éducatif français perdure, tout en suscitant des débats sur la conciliation des idéaux républicains avec les actions coloniales.

Malgré ces nuances, Jules Ferry reste une figure incontournable de la construction de la République française et la promotion de l’éducation pour tous. Sa vie incarne les contradictions inhérentes à une époque de profonds changements politiques et sociaux.

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