Le pétrole au Guyana : une source de tension avec le Venezuela

Autrefois colonie britannique, le Guyana, petit pays d’Amérique du Sud, se trouve aujourd’hui au cœur de tensions majeures avec son puissant voisin, le Venezuela. Entre la crainte de perdre sa souveraineté et le désir de réaliser un développement économique substantiel, explorez la crise territoriale à laquelle est confronté le Guyana.

Le Guyana une ancienne colonie britannique

La République coopérative du Guyana, située entre le Surinam, le Venezuela et le Brésil à l’ouest, était autrefois une colonie britannique. Membre du Commonwealth, c’est le seul pays d’Amérique du Sud où l’anglais est la langue officielle. « Guyana » signifie « terre d’eaux abondantes », caractérisant un pays tropical doté de vastes forêts et de nombreuses chutes d’eau.

Avec une population de 816 331 habitants (selon l’OCDE en 2023), le Guyana est l’un des plus petits pays du continent. Cependant, il compte parmi les plus pauvres, avec une économie peu développée, un manque d’infrastructures et un développement presque inexistant. Malgré sa pauvreté, le pays regorge de ressources naturelles, notamment le pétrole.


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L’Essequibo, une région contestée et riche en ressources naturelles

Le Guyana est en proie à une revendication territoriale de la part de son voisin au nord, le Venezuela. Ce dernier conteste la souveraineté du Suriname sur l’Essequibo, une zone peu peuplée située entre la frontière des deux pays et le fleuve Essequibo à l’est. Cette revendication remonte à l’indépendance du Venezuela en 1811 et concerne une région représentant 62% du territoire guyanais.

Les tensions étaient relativement apaisées jusqu’à la découverte en 2015 d’un important gisement pétrolier dans les eaux territoriales de l’Essequibo. Cette découverte, considérable avec un potentiel de 8 milliards de barils, revêt une importance cruciale pour un pays où près de 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

Suite à cette découverte, les États-Unis se sont rapprochés du Guyana, aboutissant à la signature d’un accord en 2020 visant à renforcer la coopération entre les deux États, notamment dans le domaine des hydrocarbures et d’autres secteurs de l’économie guyanaise.

Porté par l’industrie pétrolière et cette réserve colossale d’hydrocarbures, le Guyana a enregistré une croissance de 38% en 2023, avec un PIB de 16 milliards de dollars, après une année 2022 remarquable avec un taux de croissance de 62%, selon le FMI. L’IMF prévoit même que le PIB par habitant du Guyana atteindra 118 658 dollars en 2027, ce qui en ferait l’un des pays les plus riches au monde. Pour comparaison, le PIB par habitant de la France était de 36 879€ en 2023, selon l’INSEE.

 

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Une tension territoriale insoutenable avec le Venezuela

En décembre 2023, à la demande du Guyana, le Conseil de sécurité de l’ONU a examiné la situation de l’Essequibo suite à une montée significative des tensions avec le Venezuela, lui aussi désireux d’accéder à ces importantes ressources en hydrocarbures.

Les tensions s’intensifient dans un contexte électoral, avec les nouvelles élections présidentielles vénézuéliennes prévues en 2024. Nicolás Maduro espère regagner en popularité, sachant que la région pourrait offrir un nouveau souffle économique au Venezuela. Compte tenu de sa population quarante fois plus importante que celle du Guyana, le Venezuela semble mieux placé pour mettre en œuvre ses ambitions expansionnistes. Malgré des négociations sous l’égide de l’ONU entre Irfaan Ali, président du Guyana, et Nicolas Maduro, son homologue vénézuélien, les tensions persistent entre deux pays dont les ressources pourraient changer radicalement leur développement économique et humain.

Lors d’un référendum le 3 décembre 2023, 95% des votants, soit 10 millions de Vénézuéliens, se sont prononcés en faveur de l’intégration de l’Essequibo en tant que région du Venezuela. Le président Maduro a rapidement demandé l’octroi de licences pour l’exploitation des hydrocarbures et le départ des entreprises étrangères présentes dans la région. Le Guyana peut cependant compter sur le soutien des États-Unis pour protéger le pays, et par extension ExxonMobil et Chevron, deux grandes entreprises américaines exploitant des gisements offshore au large du Guyana. Anthony Blindent a d’ailleurs réaffirmé à la fin de l’année 2023 « son soutien indéfectible au Guyana ».

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