Philonotions #2 : Persuader et convaincre

Voici la seconde fiche de synthèse du livre Les repères philosophiques : comment s’orienter dans la pensée ? de Jean-Michel Muglioni qui permet une introduction à la pensée. Ces fiches clarifient certains mots utilisés dans le langage commun et permettent, dans une optique de préparation au concours, d’orienter de manière plus judicieuse sa pensée lors de la réflexion sur un sujet et plus précisément lors de l’analyse des termes. Ces fiches sont donc des condensés du livre qui apportent  les grandes idées évoquées au sein de l’ouvrage qui lui apporte plus de détails et d’explications.

 

L’amalgame est courant entre ces deux mots pourtant ils sont biens différents : on convaint quelqu’un en utilisant sa raison, être convaincu c’est être forcé de reconnaître sa défaite face à l’autre. A l’inverse, “on admettrait librement ce dont on est persuadé” (Muglioni p.33). Pourtant l’inverse est vrai : la conviction fait appelle à l’esprit libre alors que la persuasion signifie que la croyance s’accorde avec nos passions. 

 

Agrément et compréhension.

Pascal distingue convaincre et persuader. On est convaincu grâce à l’art de la démonstration alors que la persuasion s’obtient grâce à un discours éloquent qui repose sur le psychologique. Pascal nomme l’éloquence “art d’agréer”, c’est-à-dire que l’orateur persuade car les propos nous plaisent. Cette opposition est la même dans la différenciation entre croire et savoir. Il faut donc aussi distinguer ce dont on est convaincu et ce dont on est persuadé. 



La persuasion, apparence de conviction.

La persuasion n’est efficace que parce qu’elle a les apparences de la conviction. Elle est l’arme des hommes de masses et des grands orateurs qui arrivent à tromper le jugement des foules. L’Homme doit arriver être lucide et comprendre s’il est flatté durant ce discours afin de ne pas se laisser berner. 

Il arrive que la persuasion soit plus forte que la conviction : il est possible de présenter toutes les raisons à une personne pour lui montrer qu’elle est dans l’erreur et cependant la voir s’enfoncer encore plus profondément dans son opinion. Ainsi, la force de notre attachement à une croyance ne prouve rien.

 

Causes psychologiques d’une croyance et raison de croire : le psychologisme. 

“La conviction repose sur des raisons objectives, la persuasion sur des causes subjectives” (Muglioni p.35) et c’est sur quoi insiste Kant dans La critique de la raison pure

Etudions les deux cas : lorsque l’on étudie une démonstration, on avance progressivement en étudiant petit à petit chaque élément. 

  • Si on est convaincu par des raisons objectives, on s’accordera avec d’autres personnes pour valider la démonstration puisque nous avons à faire au même objet.
  • Si on est persuadé par des causes subjectives et que l’on s’accorde avec d’autres personnes, cela traduit seulement une illusion collective qui est causée par le partage de même désirs ou manière de sentir.

Dans le deuxième cas, les causes sont sociales ou liées à l’expérience des personnes. Ainsi notre croyance qui n’a que des causes psychologiques n’a aucun lien avec la vérité ou avec la raison. Cette pensée n’est donc plus libre mais déterminée psychologiquement et une croyance explicable psychologiquement est une illusion. 

Ainsi, le psychologisme qui explique psychologiquement la science elle-même n’a aucun sens. Muglioni prend l’exemple du principe de contradiction. Le psychologisme soutient que si on ne peut pas penser quelque chose et son contraire c’est car notre pensée est construite ainsi. Cela suppose que si notre pensée était construire autrement il n’y aurait aucun problème à ça. Cependant, ce principe de contraction est tout simplement logique : on ne peut penser quelque chose et son inverse (A et non A). 



Que Hume n’est pas psychologiste.  

Il considère que notre affirmation de la causalité est une croyance subjective. Une causalité entre A et B impose que le phénomène A est la cause de B, qu’il le produit. Or, de par mon expérience, il arrive souvent que je lie A et B sans pour avant savoir que A et B sont liés. Muglioni prend l’exemple suivant : “Si chaque fois que la sonnette retentit je vois partir en courant le même homme dans l’escalier je ne peux pas croire que c’est une simple coïncidence. Or est-ce impossible ? C’est seulement improbable.” (Muglioni p.36) Ainsi Hume échappe au psychologisme grâce à son scepticisme. La croyance en la causalité ne peut être autre chose qu’une croyance, et elle prend sa source dans notre nature. La conviction est donc libre, la persuasion serve. Nous pouvons être esclave de nos passions lorsqu’elles contrôlent notre manière de penser. A l’inverse, l’usage de la raison qui nous fait admettre notre défaite, nous permet d’être libre puisqu’on est soumis à aucune force. 



La pensée n’est pas un événement du monde. 

La compréhension suppose une homme, avec toutes ses capacités psychologiques et neurologiques, qui pense quelque chose mais cette pensée n’a aucun rapport avec son expérience en tant que personne. En effet, dans le cas inverse, cela donnerait lieu à des considérations personnelles qui, comme nous l’avons vu, ne servent pas la vérité. Par exemple, “s’il y a une vérité de la neurologie, il faut qu’elle ne soit pas seulement le fruit d’un fonctionnement neuronal” (Muglioni p.37). La pensée libre est donc fondée sur la connaissance objective de l’objet étudié

Si le monde pouvait s’expliquer grâce à notre psychologie alors il serait un rêve propre à chacun et aucune conviction ne serait possible. Mais cette vision du monde idéaliste n’est défendue par personne : chacun est convaincu qu’il vit dans un monde qui lui est extérieur. Ainsi la philosophie prend son sens dans notre monde réel puisqu’elle permet de le penser en dehors de nos passions. 

 

La servitude humaine. 

Pour autant, les hommes se laissent souvent persuader, d’où cela vient-il ? Dans son Traité théologico-politique Spinoza comprend que les tyrans arrivent au pouvoir lors de périodes de crises. Des passions telles que le désespoir ou la peur poussent l’homme à se laisser persuader. Nos croyances prennent source dans l’espoir de voir nos désirs réalisés. Ainsi, les politiques s’en servent pour obtenir le pouvoir et le conserver. De plus, les modifications des passions des hommes sont liées au mouvement de leur corps et de tout l’univers. Ils ne contrôlent pas ces changements et c’est ce dont se servent les politiques pour gouverner. 

Il s’agit donc pour les hommes de bien distinguer la conviction de la persuasion, sans cela il n’y a pas de pensée libre qui puisse être. Les politiques utilisent l’arme de la persuasion grâce à la communication (ou propagande) et toute l’histoire de la philosophie montre que cette dernière a toujours lutté pour une pensée libre. 



L’idée cartésienne de la science et de la conviction ou le vrai sens de la métaphysique. 

 Pascal note que, si l’orateur connaît parfaitement l’état psychologique de son audience alors il pourra la persuader de ce qu’il veut sans aucun problème. Cela sous la condition que cette audience soit déterminée par ses passions et qu’elle ne soit pas constituée d’esprit libre. Pour autant, la conviction par un raisonnement mathématiques est-elle réellement la preuve de notre esprit libre ? Pascal évoque “la force invincible des conséquences”, cette force n’est-elle pas la preuve d’une impossibilité d’être libre ? L’esprit est attiré par la lumière de l’évidence. Mais cette lumière est-elle éclairante ou aveuglante ? Dans le second cas, il nous est alors impossible de distinguer conviction et persuasion. Ainsi, conviction ou persuasion ne sont que le résultats de nos déterminations psychologiques ou mentales qui “s’imposent à l’esprit en fonction de sa nature et non pas en fonction de la vérité de ce qu’il considère” (Muglioni p.40)

En supposant l’existence d’un malin génie, Descartes déclare le caractère aveuglant de la lumière de l’évidence qui nous mène à une persuasion. Mais nous sommes libres de refuser de céder à cette persuasion. Ainsi un géomètre qui cède à l’évidence parce que sa nature le lui impose est persuadé et le statut de science des mathématiques perd tout son sens. C’est pour la que Descartes nie qu’un géomètre athée puisse exister. En effet, il serait sans conviction et penserait non pas selon la pensée mais selon lui. En effet, selon la pensée cartésienne, rapporter notre pensée à Dieu est un moyen de ne pas penser selon notre condition particulière et d’obtenir une véritable conviction. 

Ainsi manquer de conviction ce n’est pas ne pas avoir d’avis sur une question c’est ne pas “avoir le courage de s’en tenir à ce que l’on sait être la vérité lorsqu’il arrive” un obstacle. “La conviction est le courage intellectuel” (Muglioni p.41). Ainsi la volonté de m’en tenir à ce que je sais me permet de raisonner, volonté et raison sont une chose unique.



L’intime conviction

L’intime conviction n’a rien à voir avec une opinion. Les juges doivent juger “ en leur âme et conscience” selon “leur intime conviction”. Si on faisait référence à leur opinion alors la justice n’aurait aucun sens. Ici leur intime conviction ne doit pas s’appliquer au fait de juger la culpabilité de l’accusé mais bien d’être intimement convaincu d’avoir jugé en fonction des preuves apportées et non pas selon leur opinion. Il doit être intimement convaincu qu’il est convaincu et non persuadé. Le juge doit donc consulter sa conscience. 

Cette conscience est la clé de l’action : sans conscience l’homme est spectateur de lui-même alors qu’il doit en être l’acteur. 

Dans la Religion dans les limites de la simple raison Kant se demande si on peut mettre en balance foi historique et jugement moral personnel. Prenons l’exemple d’un inquisiteur (déjà vu dans le Philonotions #1). Poser la religion au-dessus de la loi morale personnelle montre que l’inquisiteur n’a pas de véritable foi. Il ne s’est pas demandé en son âme et conscience si son Dieu aurait voulu qu’il commette ces actes. Il y a une subordination de la religion à la loi morale. Par ailleurs, on note aussi à travers cet exemple que “La violence des hommes est proportionnelle à leur manque de conviction.”(Muglioni p.44)

 

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