La polarisation en Espagne : Pourquoi ? Comment ?

La polarisation demeure une problématique majeure dans la société et dans la politique espagnole. Elle ne cesse de s’accroitre au point où le risque de perte d’unité de la nation est grandissant. Ce sujet revient donc de plus en plus aux oraux et même à l’écrit et est à la base de beaucoup de faits d’actualités en Espagne. Lis donc cet article pour comprendre rapidement l’origine de ces clivages !

 

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La polarisation : Un phénomène ancien

Dire que la polarisation en Espagne est apparue seulement avec le gouvernement de coalition entre Podemos et PSOE en 2020 serait omettre une partie de l’histoire. En effet, cette polarisation existait déjà à l’époque de Fernando II de Aragon et Isabel de Castille, qui se sont tout deux unis pour assurer la paix du pays divisé en plusieurs royaumes.

On parle également de polarisation pendant la guerre civile en Espagne de 1936 à 1939 où la droite, ultraconservatrice et très catholique, et la gauche révolutionnaire, étaient en totale contradiction. La lecture de la guerre et de la période franquiste a été en effet complétement différente pour les deux partis.

À la suite des crimes de guerre longtemps passés sous silence, le gouvernement a décidé d’instaurer plusieurs lois ; la loi de Mémoire Historique passée en 2007 avait comme but de rendre hommage aux victimes, seulement, elle a suscité beaucoup de controverses car pour certains espagnols, c’était une manière de réécrire le passé.  Une autre loi est ensuite née en 2020, la loi de mémoire démocratique. Elle a réouvert des blessures et a accentué les divergences gauche/droite. Le sujet de la guerre civile génère donc encore des divisions dans la société.

 

Les crises qui ne font qu’accentuer ces clivages

S’ajoutent à cela le phénomène des crises qui de prime abord ne laissent jamais une nation indemne. Dans le cas de l’Espagne, ces crises n’ont malheureusement fait qu’accentuer la polarisation déjà existante.

En effet, la crise de 2008 qui a eu des effets non négligeables d’un point de vue international a aussi impacté la sphère économique espagnole et notamment le marché du logement. La population espagnole a subi l’éclatement de la bulle immobilière qui s’est illustrée par des expulsions des familles de leur résidence mais qui a aussi placé l’immobilier financièrement hors de portée pour la classe moyenne. La population, indignée, s’est révoltée en organisant des manifestations. C’est de cette façon qu’est né le parti d’extrême gauche Podemos en 2014, qui est donc un parti réactionnaire. La société ressent à ce moment-là un besoin de changement et, la fin du bi partisme est enclenchée.

 

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Ce n’est pas la crise du COVID qui a amélioré la situation du pays ; économiquement, la situation s’est aggravée laissant place à une augmentation des inégalités. Politiquement, le climat s’est donc tendu et, la politique de Sanchez en ayant déçu plus d’un, les électeurs se sont tournés vers les extrêmes et la radicalisation, notamment en soutenant VOX.

Ce parti d’extrême droite a vu le jour en 2013 mais a pris réellement de l’ampleur en 2018. Il ne cesse de prendre de l’importance en occupant désormais 80 sièges à l’Assemblée, un record. Récemment, Castilla y Leon est devenue la première région autononome à inclure le parti d’extrême droite dans son gouvernement. Cet évènement marque donc un tournant significatif dans l’horizon politique espagnol.

 

Le fléau du populisme

Cette opposition entre l’extrême gauche et l’extrême droite montre certes une tendance à la radicalisation mais aussi au populisme. Le populisme se revendique proche des classes défavorisées mais porte en réalité un discours haineux. Plusieurs explications peuvent être données à cette tendance en plus de celle concernant la divergence d’opinion au sujet de la gestion de l’histoire de la guerre civile. Tout d’abord, la montée de VOX est en lien avec la hausse de l’immigration qui a fait beaucoup de bruit ces dernières années en Espagne, notamment à Ceuta, ville située à la frontière du Maroc. La libération des mœurs et les réformes sur l’avortement ont pu également entraîner les classes les plus conservatrices à voter en sa faveur.

Enfin, le sujet de la Catalogne pèse dans la fragmentation politique. En effet, le gouvernement espagnol finance énormément la région catalane par rapport aux autres régions et les lois concernant l’éducation se modifient en faveur de la langue des régions autonomes. La loi Celaa sur l’éducation votée en 2020 a provoqué une polémique car elle vise à supprimer l’espagnol comme langue principale. Dans les régions autonomes comme la Catalogne, le catalan peut donc être la première langue. Certains accusent cette loi d’entrainer un génocide linguistique ou encore de remettre en question l’unité du pays.

 

Ce sont donc ces sujets divisant la population et entraînant la perte de confiance dans les institutions, qui accroissent la fragmentation du pays et qui laissent au populisme la possibilité de devenir une menace pour la démocratie libérale.

La polarisation ne s’arrête pas pour autant aux frontières de l’Espagne mais existe également en Amérique latine notamment au Chili et au Pérou. Le centre politique n’existe plus, et la population faisant face à de nombreuses inégalités et connaissant une corruption prononcée au sein des gouvernements, se tourne vers les extrêmes dans l’espoir que la situation change.

Anna Ertault de la Bretonnière

Etudiante à Kedge après deux ans de prépa ECE au lycée Voltaire, j'ai à coeur d'aider les étudiants du mieux que je peux !

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