Pourquoi la théorie du ruissellement fait-elle toujours autant parler ?

En 1896, le candidat démocrate à l’élection présidentielle de l’époque est le premier à utiliser une expression qui par la suite deviendra immensément connue dans le monde économique et même au-delà dans l’opinion publique. En effet, un dénommé William Jennings Bryan explique « Il y a deux conceptions du gouvernement. Il y a ceux qui croient que si on légifère simplement pour laisser prospérer les plus riches, leur prospérité retombera sur ceux en-dessous. La conception démocrate veut que si on légifère pour rendre les masses prospères, leur prospérité remontera à travers toutes les classes qui se reposent sur elle ». Depuis, ce qu’on appelle désormais la « théorie du ruissellement » a constamment défrayer la chronique jusqu’à nos jours et le débat lancé par l’homme politique américain n’en a pas fini d’animer les conversations.

Qu’est-ce que c’est concrètement que la théorie du ruissellement ?

La théorie du ruissellement (appelée « trickle-down effect » en version anglaise) part d’un principe simple : il faut arrêter (ou en tout cas moins le faire) de toujours plus taxer les plus riches car ainsi ceux-ci investiront leur argent dans l’économie et dans de nouveaux projets ce qui aura comme effet positif de créer des retombées dont bénéficieront non seulement évidemment les plus riches mais également toutes les classes de la population par effet de ruissellement (comme finalement l’eau d’une cascade qui coule depuis son sommet jusqu’à sa base).

Ce précepte s’oppose à l’idée que taxer les richesses de manière intensive serait positif car cela permettrait à l’état de cumuler ainsi de l’argent qu’ils pourraient redistribuer à tout le reste de la population de manière à favoriser une certaine égalité par le biais d’aide et d’incitations économiques intensives.

Comment est-elle devenue si populaire ?

Si on a précédemment eu l’occasion de parler de William Jennings Bryan, ce candidat américain qui fut le premier à populariser l’expression de « ruissellement » (sans être on s’en doute le premier à y avoir penser) à la fin du XIXème siècle, il n’en reste pour autant pas moins vrai que celle-ci n’a connu une réelle popularité que bien des décennies plus tard.
En effet, notamment après la fin de la seconde guerre mondiale, c’est la théorie d’un état providence (comme prôné par Beveridge au Royaume-Uni dès 1942) ou en tout cas d’un état interventionniste qui a le vent en poupe : l’état doit multiplier les aides et les actions de toutes sortes et est donc un acteur majeur de la vie économique du pays. Il n’y a donc pas autant besoin d’attendre de retombées positives des classes les plus aisées de la population et les régulations étatiques s’accumulent.
Pour autant, avec la crise des années 1970, c’est un véritable tournant néolibéral qui s’opère dans tout le bloc capitaliste (rappelons qu’à l’époque la guerre froide scinde encore le monde en deux). L’état interventionniste s’éteint peu à peu jusqu’au début des années 1980 pour devenir beaucoup plus régalien. Il s’ensuit alors un vaste phénomène de dérégulation qui laisse beaucoup plus de place aux autres acteurs du marché. C’est dans ce contexte que la théorie du ruissellement revient en force, popularisée par des économistes néolibéraux tels que Laffer (rendu célèbre par la courbe qui porte son nom). Le postulat est simple : puisque l’état ne peut plus assurer comme auparavant ce rôle, il faut dès lors laisser le champ libre aux personnes les plus aisées et ceux-ci créeront des retombées bénéfiques pour tous.

Théorie du ruissellement et ISF, bienvenue en France

La théorie du ruissellement a connu un écho particulier dans les médias et donc dans l’opinion publique ces dernières années en France et tout particulièrement au début du quinquennat de l’actuel président de la république Emmanuel Macron. En effet, celui-ci a décidé de supprimer l’ISF (autrement dit l’impôt sur la fortune) qui avait été créé en 1989 par Michel Rocard, ou plus précisément de le remplacer par un nouvel impôt appelé « impôt sur la fortune immobilière » qui entre en vigueur en 2017 et exclut les placements qu’ils soient bancaires ou financiers et les liquidités. Partisan de la théorie du ruissellement, le président pensait en effet que l’économie française en tirerait un bénéfice non négligeable. Cette décision a immédiatement fait débat, notamment auprès des différents partis de gauche et d’extrème gauche qui y voyait une mesure qui ne servirait qu’à rendre les riches encore plus riches sans réel avantage pour les populations les moins aisées, ce qui augmenterait finalement des inégalités sociétales déjà trop élevées selon eux.

Ce débat a pris encore plus d’importance durant la crise des gilets jaunes fin 2018. En effet, il s’agissait d’une véritable crise sociale qui a profondément secoué la France avec des manifestants protestants contre un système de plus en plus inégalitaire et de moins en moins avantageux pour eux. Dans ce contexte, l’ISF et sa modification ne pouvaient que se retrouver au cœur des critiques en tout genre.

 

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Julien Vacherot

Étudiant en seconde année à HEC Paris et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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