MARIO DRAGHI ET LA BCE : QUEL BILAN ?

Mario Draghi : quel bilan ?

 

Zoom sur le personnage

Mario Draghi est un économiste et financier italien de 72 ans, désormais ex-directeur de la Banque Centrale Européenne. Etudiant brillant, il obtient en 1976 son doctorat en économie au MIT (Boston) et sera par la suite professeur dans cette même matière dans différentes universités italiennes. Dans les années 1990, il est nommé Directeur Général du Ministère du Trésor Public avant de prendre la vice-présidence Europe de la banque Goldman Sachs, entre 2002 et 2005. Par la suite, il gouvernera la Banque d’Italie entre 2006 et 2011 avant de succéder à Jean Claude Trichet à la gouvernance de la BCE, fin 2011.

À la tête de la Banque Centrale Européenne entre fin 2011 et 2019, Mario Draghi est souvent reconnu comme « l’homme qui a sauvé l’Euro ». Son profil hors du commun et ses mesures ont fait couler beaucoup d’encre, dans tous les cas il faut bien avouer que le personnage n’a laissé personne indifférent et c’est bien pour cette raison qu’il nous a semblé important de revenir en quelques lignes sur son passage à la BCE afin de nourrir au mieux vos réflexions et vos copies.

 

 

L’homme qui a évité la déflation

À son arrivée à la direction de la BCE en 2012, l’inflation en Europe tournait autour de 2.5%, ce qui est relativement raisonnable. Les années suivantes, l’inflation est toujours restée en dessous de 2% (https://fr.inflation.eu/taux-de-inflation/europe/inflation-historique/ipch-inflation-europe.aspx)

L’inquiétude pour la BCE n’était donc pas de limiter l’inflation mais bien plutôt de tout faire pour enrayer le risque de déflation (et donc de stimuler l’inflation, qui peine à venir).

Depuis 2014, la BCE va d’ailleurs dans le sens d’une politique monétaire ultra-accommodante (taux d’intérêt très bas pour stimuler la consommation et l’investissement et faire repartir l’inflation à la hausse).

La politique de Draghi est donc bel et bien responsable – en partie – de la relance de l’investissement des entreprises, par l’emprunt, comme le montre le graphique ci-dessous : 

 

 

Mario Draghi : l’homme des mesures exceptionnelles

La particularité de la BCE sous la présidence de « Super Mario » est d’avoir eu recours à tout un tas de mesures originales pour relancer l’économie (rappelons qu’en 2011, avant l’arrivée de Draghi à la tête de la BCE, les taux d’intérêts directeur avaient été augmenté de 1% à 1.5%).

C’est donc sous son mandat que l’ensemble des pays européens ont commencé à connaître des mesures inédites comme le taux de dépôt négatif, les achats massifs d’actifs sur les marchés, les prêts gratuits TLTRO etc.

Taux de dépôt négatif : le taux de rémunération des dépôts peut servir d’outil à la banque centrale lorsqu’elle veut relancer la croissance économique par la politique de relance. Elle permet en outre d’inciter les banques commerciales à prêter plutôt que de laisser dormir l’argent sur les comptes de la BCE. Fin 2015/Début 2016, ce taux de dépôt est devenu négatif afin d’inciter les banques centrales à ne pas garder leur argent en interne (sous peine de payer un pourcentage dessus) mais bien plutôt à le prêter.

Achat massif d’actifs sur les marchés : plus connu sous le nom d’assouplissement quantitatif (quantitative easing). En août 2014, Mario Draghi annonce que la BCE est prête à entamer un plan d’achat massif d’obligations. La BCE passe à l’acte et achète en 2015 pour 60 Milliards d’euros de dette d’Etat et d’obligations sécurisées, chaque mois ! Le montant grimpe jusqu’à 80 Mds entre avril 2016 et mars 2017 pour être progressivement réduit à 15 Mds d’euros. Grâce à cette mesure, la BCE est devenue un des plus gros acheteurs de dette dans le monde, et a donc largement contribué à faire baisser les taux pour inciter les banques à financer l’économie.

Prêt gratuit TLTRO : prêt avec un taux d’intérêt à 0%. Autrement dit, un prêt qui ne rapporte rien au prêteur. Dans le cadre de la BCE, on parle des TLTRO (Targeted Longer – Term Refinancing Operations : opération de long terme de refinancement). En Juin 2014, ces instruments ont été proposés aux banques (TLTRO 1) à condition que celles-ci prêtent davantage de crédits aux ménages et aux entreprises. 4 séries de TLTRO ont été lancées par la BCE (TLTRO 1, 2, 3 puis 4) avec à chaque fois de nouveaux objectifs bien chiffrés. TLTRO 4 a eu lieu en Mars 2017 : pour cette dernière opération, les établissements bancaires ont emprunté 233,5 Mds d’euros à la BCE, soit le double des objectifs fixés initialement, ce qui a permis de mettre un terme à la menace déflationniste qui pesait alors sur l’Europe.

 

L’homme qui a sauvé l’euro

Mario Draghi est désormais bien célèbre pour cette citation : « La BCE est prête à faire tout ce qu’il faudra pour préserver l’euro… et croyez moi, ce sera suffisant ». Dès 2012 donc, le ton fût donné. Le « whatever it takes » devient presque un slogan, sa marque de fabrique. La phrase n’était d’ailleurs pas prévue dans le discours officiel, au passage. Il engagea donc toute la BCE en ce sens : la banque des banques sera un atout et un soutien inconditionnel à l’euro, coûte que coûte. Plus qu’à dérouler un plan. 

Sa position vis à vis de sa politique monétaire (injection de liquidités, rachat d’actifs comme mentionnés plus haut) ne fait pourtant pas l’unanimité en Allemagne (bien qu’il ait le soutien d’Angela Merkel), historiquement peu fan du financement monétaire. En septembre 2019, le tabloïd allemand Bild l’a caricaturé en « comte Draghila » qui suce le sang des épargnants allemands (c’est un des points négatifs de sa politique de taux d’intérêts très bas : ne pas être profitable du tout aux petits épargnants).

Si ses politiques monétaires en faveur de l’Union Européenne ont globalement été bien reçues (quoi que contestées dans certains pays bien sûr), le véritable point noir au tableau de Mario Draghi aura été de ne pas avoir abouti à une véritable union monétaire pour l’Union Européenne, ce qui aurait du passer entre autre par une harmonisation budgétaire au sein de la zone (création d’un budget commun).

 

 

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Benjamin Hautin

Etudiant à emlyon et fondateur du média, je m'occupe principalement des relations avec les Grandes Ecoles et du contenu en culture générale. Mon mot d'ordre : que chacun d'entre vous puisse viser les écoles de ses rêves, peu importe son lycée d'origine !

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Une très bonne copie notée 16/20 à l'épreuve de Culture générale ESSEC/EDHEC.