Relocalisation des industries stratégiques : l’impulsion du COVID


Relocalisation des industries stratégiques : l’impulsion du COVID


La notion de relocalisation doit absolument être maîtrisée dans le cadre du cours sur la mondialisation. Elle consiste dans le retour d’activités (totales ou partielles) dans le pays d’origine, qui avaient auparavant été délocalisées sur un autre territoire.

Ces dernières années, plusieurs sujets d’écrit et d’oraux sont tombés aux concours sur le thème de l’industrialisation, et la notion de relocalisation peut être très intéressante à mobiliser dans des sujets comme :
Doit-on considérer que la désindustrialisation est un processus inéluctable dans un pays développé ? (ESCP 2018)
L’industrialisation est-elle la clé du développement économique ? (ECRICOME 2018)
Faut-il craindre le retour de la concentration industrielle ? (ESCP/Skema 2020)

Les mouvements de relocalisation semblent avoir pris un regain nouveau suite à la pandémie du COVID 19 : en effet, cette dernière a montré les limites de la mondialisation, de la fragmentation des chaînes de valeur mondiales (DIPP). Beaucoup de pays sont devenus dépendants des importations, principalement en provenance de la Chine, et se sont vus ébranlés par le départ de la crise dans ce pays.



1) EN FRANCE : LA VOLONTÉ DE RETROUVER UNE INDÉPENDANCE NATIONALE

La pénurie de masques, puis de médicaments a soulevé de nombreuses interrogations et critiques en France : si notre pays est capable de fabriquer ces éléments, pourquoi continuer à les importer, alors qu’ils sont essentiels dans le contexte actuel ?

– Les écarts de coûts ont longtemps été tenus responsables des délocalisations d’industries à répétition vers la Chine ; or ces écarts se sont fortement réduits, en raison notamment de la hausse des coûts salariaux en Chine.

– De plus, après quelques semaines de pandémie, la production de masques ne s’avérait plus aussi rentable en Chine : les prix ont augmenté en raison de leur succès dans les pays occidentaux, auquel s’ajoute inévitablement le coût du transport.


Nos hommes politiques s’empressent alors d’appeler au retour d’industries jugées stratégiques, c’est-à-dire essentielles pour notre pays car elles apportent un avantage compétitif durable, et permettent d’éviter de tomber dans la dépendance des importations étrangères :

– Dès le 31 mars 2020, Emmanuel Macron avait annoncé qu’il était d’un enjeu stratégique national de « produire plus sur le sol national pour réduire la dépendance », avec à la clé 4 milliards d’euros consacrés à la production et à l’achat de masques, médicaments et respirateurs.

– Le 18 juin, un plan visant à relocaliser en France la production de principes actifs de paracétamol a été présenté, afin d’empêcher que des médicaments se retrouvent en rupture de stock (comme ce fut le cas au début de la crise sanitaire). Aujourd’hui, près de 85% des principes actifs de nos médicaments sont fabriqués en Chine Cependant, produire ces médicaments pose le défi du respect de plusieurs étapes visant à garantir la qualité et la fiabilité de ces derniers. 

– Enfin, la relocalisation est un des axes phares du plan de relance économique présenté le 3 septembre par le premier ministre Jean Castex. Un budget de 15 milliards d’euros devrait y être consacré, afin que la France retrouve son indépendance dans des domaines où on a les compétences de produire.



2) DANS LES ÉCONOMIES ASIATIQUES : UNE FRAGILISATION DU BLOC ORIENTAL ?

Le phénomène de relocalisation concerne également les pays asiatiques : toujours afin de réduire leur dépendance à la Chine, pourtant un de leur principal partenaire commercial, la Corée du Sud ou encore Taïwan incitent leurs industries agissant dans des domaines stratégiques à revenir dans leur pays d’origine. Ils espèrent ainsi accroitre leur productivité via une intensification des activités à haute technologie.

Quelques chiffres :
130 000 emplois pourraient être créés si 5,6 % des sociétés sud-coréennes ayant des activités à l’étranger les transféraient dans le pays.
– À Taïwan, 23 milliards d’euros vont être investis, dans un pays où l’investissement industriel était jusque là insuffisant.

Avec le même objectif d’indépendance, le Japon aussi a manifesté sa volonté de relocaliser son industrie avec la pandémie, avec un plan de relance qui y consacrera 2 milliards d’euros. Deux exemples révélateurs :
Ohyama, qui fabrique ses masques chirurgicaux en Chine, va faire revenir sa production au Japon, à proximité de son siège social.
– L’entreprise Sumitomo va désormais produire ses gants en caoutchouc en Malaisie.

On voit donc que les alliances asiatiques évoluent et ne semblent plus se centrer essentiellement autour de la Chine, puisque certaines activités ne reviennent pas nécessairement dans leur pays mais dans d’autres pays asiatiques où il est aujourd’hui plus avantageux de produire.



3) BILAN ET QUESTIONNEMENTS : RETOUR DU PROTECTIONNISME ? PÉRENNITÉ DU PHÉNOMÈNE ?

Au-delà de l’enjeu productif, la relocalisation présente aussi un enjeu géopolitique : en privilégiant l’intérêt national, les pays témoignent d’une volonté de ralentir le mouvement de mondialisation, sans pour autant revenir en arrière. Les liens sont repensés, la Chine n’est plus jugée légitime d’être l’Atelier du Monde. Dans un contexte de crise à la fois sanitaire et économique, avec la montée du chômage due au ralentissement de l’activité, la priorité est donnée aux intérêts nationaux.

Certes, ces politiques peuvent s’avérer efficaces à court et moyen terme, avec des créations d’emplois au niveau local.  Cependant, alors que la relocalisation se veut une réponse structurelle à la crise, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur la durabilité de ce phénomène. Rien qu’en France, les coûts de production et la fiscalité sont toujours jugés trop élevés, le poids de la réglementation française obscurcit donc l’horizon des relocalisations.

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