Quel est le bon taux de change de l’euro ?

 

Accroche : La légitimité de l’Euro n’est plus aussi acquise que leur de sa mise en place, en effet alors que lors de sa mise en place l’Euro était censée apporter prospérité à la zone euro, elle est aujourd’hui considérée par certains économistes et notamment Joseph Stiglitz dans son ouvrage L’Euro : Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe, 2016 comme une menace pour la prospérité économique de la zone euro et proposait même la mise en place d’un euro du sud et d’un euro du nord étant donné l’hétérogénéité des structures productives des pays de cette zone, certains pays ayant besoin d’un taux de change bas (pays du sud bénéficiant principalement d’une compétitivité prix) alors que d’autres ont besoin d’un taux de change élevé (principalement pays du Nord avancés dans le processus de DIPP) ainsi quel est le bon taux de change de la zone euro ?

 

Analyse des termes du sujet :

« le bon taux de change »

  • D’après la définition du taux de change d’équilibre fondamental (TEF) de Williamson, un bon niveau de taux de change est celui qui permet de maintenir un équilibre extérieur (balances des opérations courantes) tout en maintenant un équilibre interne (au sein des pays de la zone en question) à un niveau soutenable.
  • Outre l’aspect économique c’est également un taux de change qui permet une certaine stabilité monétaire mais également qui est acceptée par les marchés financiers comme le bon taux de change sous risque d’une crise de première génération théorisée par Krugman.

 

« Zone euro » : 19 pays => point important : structures économiques divergentes

D’un côté certains pays comme l’Allemagne => compétitivité prix et hors-prix + économie de bazar (processus qui consiste à produire une partie d’un produit la où les avantages en termes de cout unitaire salariaux (CSU), qui prennent en compte le coût de production par rapport à la productivité, sont les plus faibles => Ainsi ces pays préfèrent posséder un taux de change élevé qui cela réduit la valeur réel de leur importation.

D’un autre côté => Certains pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie possèdent principalement d’une compétitivité prix et avait pour habitude de dévaluer leur monnaie afin de bénéficier des avantages de la courbe en J de Lerner et Robinson. => Ainsi ces pays privilégieraient un euro faible qui leur permettrait de relance leurs exportations.

 

Elément à souligner => – La mise en place de l’euro et donc de changes fixes a conduit les pays à perdre à al fois leur politique monétaire autonome et leur politique de change de ce fait un bon taux de change de la zone euro est un taux de change qui permet de faire coexister des pays avec des situations économiques divergentes qui ne disposent plus de politiques pour répondre à des chocs asymétriques mise à part la politique budgétaire néanmoins limitée (du moins sur le papier) par le traité de Maastricht de 1992.

  • Marché des changes => marché hautement spéculatif (95% des opérations), ainsi un bon taux de change est celui qui donne confiance aux marchés des changes.

 

Problématique : Ainsi, au vue de la divergence des structures économiques au sein de la zone euro et de l’importance des marchés financiers dans les économies d’aujourd’hui, quel est le bon taux de change de la zone euro ?

 

Plan :

Le bon taux de change de l’euro est celui qui permet de faire coexister au sein de la zone euro des pays économiquement différents (I). De plus, le bon niveau de taux de change de l’euro est celui qui empêche la spéculation sur l’euro et assure une certaine stabilité internationale monétaire (II).

 

A) Pour les pays engagés dans le processus de DIPP, une monnaie forte, c’est-à-dire un taux de change élevé est un bon niveau.

 

En effet, le schéma est le suivant : Le pays fait produire à l’étranger afin de bénéficier de cout moindre => il importe ces produits à bas cout du fait d’une monnaie forte ce qui réduit le prix réel des importations pour finir le processus d’assemblage => il exporte les produits bénéficiant à la fois d’une compétitivité hors-prix mais également d’une compétitivité avantageuse grâce à l’importation de produit bon marché en termes de CSU.

Exemple : L’Allemagne a mis en place une économie de bazar en installant des filiales de production dans les PECO du fait de la présence dans ces pays de CSU plus faibles qu’ailleurs.

Ainsi, les pays comme l’Allemagne bénéficie d’un euro fort et c’est ce qu’a montré le Centre de politique Européenne dans une enquête intitulé « 20 ans d’euro : gagnants et perdants, une enquête empirique » selon laquelle sur la période 1999-2015 l’Allemagne aurait gagné 1 600 milliards d’euros soit 23 000 euros par habitant.

De plus ces pays ne disposent d’une somme des élasticités critiques (et notamment la France) supérieure à 1 ainsi une baisse du taux de change leur serait négatif pour leur économie car l’effet prix l’emporterait sur l’effet volume.

 

B) Mais en contrepartie les pays disposant d’une compétitivité prix et de la condition Marshall Lerner, le bon niveau de taux de change de l’euro est un niveau plus faible c’est-à-dire une monnaie moins forte voire faible qui rend inférieur à 1 la somme des élasticités critiques (Condition Marshall Lerner)

 

Du fait de l’épisode de l’euro fort sur la période 2001-2015 avec un point culminant à 1 euro pour 1,6 dollar, les pays comme l’Espagne, l’Italie ont perdu une grande partie de leur compétitivité prix et cela a conduit à une désindustrialisation de ces pays du fait du manque de compétitivité (Crise de l’Euro, P.Gravet, 2002) => L’Italie aurait perdu près de 73 000 euros par habitant sur la période 1999-2015 selon le centre de politique européenne. En plus de cela la somme des élasticités critiques de la zone euro était de 1,2 en 2002  ainsi une dévaluation aurait permis un effet positif sur les balances courantes car l’effet volume l’aurait emporté sur l’effet prix à long terme. Ainsi, pour ces pays le bon niveau de taux de change est celui qui permet une somme des élasticités critiques inférieures à 1.

 

C) Le bon taux de change de l’euro est donc celui qui avantage les deux différentes économies

 

              Pour cela, il faut que le taux de change de l’euro varie aux alentours de 20% de sa PPA (concept théorisé par G.Cassel dans son ouvrage Money and foreign exchange after 1914, 1922). En effet selon Béatrice Majnoni d’Intignano, si l’euro varie aux alentours de 20%  de sa PPA c’est-à-dire par rapport au dollar entre 1,35 et 0,9 dollars pour 1 euro alors il n’y aura pas de grosses conséquences pour les différents pays de la zone euro => Ce taux de change permettrait ainsi aux pays utilisant le processus de DIPP de continuer de bénéficier de leurs avantages tout en permettant aux économies des pays du sud de prospérer grâce à un euro plus faible.

 

II)

A) Néanmoins l’importance des marchés des changes et plus précisément de la spéculation fait émerger d’autres critères pour déterminer le bon niveau du taux de change de l’euro. En effet, le bon niveau du taux de change de l’euro est celui qui rentre en adéquation avec la situation économique de l’euro sous risque d’une crise de 1ière génération théorisée par Krugman.

 

En effet, si sur les marchés des changes l’euro est fort alors que sa situation économique se dégrade, les spéculateurs vont spéculer à la baisse de l’euro ce qui va entrainer un choc pour la zone euro du fait d’une part d’une hausse des prix des importations mais également de la hausse relative des dettes émises dans d’autres monnaies entrainant un risque de crise systémique => Illustration avec la crise Thaïlandaise de 1992 = En effet, le baht était dans un système du Currency board avec le dollar, c’est-à-dire que le bath évoluait comme le dollar jusque dans les années 70 tout se passe bien le dollar n’est pas trop fort et permet ainsi à la Thaïlande de bénéficier d’une compétitivité hors-prix et d’une stabilité attirant les capitaux étrangers. Mais dès la fin des années 70 et les politiques restrictives des Etats-Unis, le dollar s’apprécie  dégradant ainsi la situation économique de la Thaïlande, de ce fait les spéculateurs vont anticiper le fait que cette hausse du dollar (et donc du baht) ne pourra pas être supportée par la Thaïlande et donc conduire à l’effondrement du bath entrainant une crise de 3ième génération (Théorisée par Michel Aglietta)

 

B) De plus, le bon niveau du taux de change de l’euro est celui qui assure une stabilité monétaire en évitant une guerre des monnaies.

 

De plus, dans un contexte de concurrence commerciale de plus en plus poussée, le bon niveau du taux de change de l’euro est celui qui ne doit pas être perçu comme une dévaluation ou appréciation visant à doper les exportations ou amoindrir celle des autres pays sous peine d’engendrer une guerre des monnaies. En effet si le taux de change de l’euro est sous-évalué cela va doper les exportations de la zone euro en baisse les prix à l’étranger exprimés en euro et cela peut être perçu comme du protectionnisme gris par ses partenaires commerciaux et entrainer une guerre des monnaies => C’est notamment la thèse de Jacques Mistral dans son ouvrage Guerre et paix entre les monnaies publié en 2014 dans sa phrase « Donnons un avantage de prix à nos producteurs, pénalisés par une parité surévaluée, et les choses iront mieux ». Mais en guise de contre-exemple il prend par la suite l’exemple de la guerre commerciale entre l’Irlande et la Nouvelle-Zélande => La Nouvelle-Zélande avait décidé de dévaluer sa monnaie pour doper ses exportations mais l’Irlande a ensuite répondu par une vague de dévaluation ce qui finalement a entrainé une hausse des couts de transactions supérieure à celle des gains de compétitivité. Le bon niveau du taux de change de l’euro est donc celui qui est considéré comme logique par ses partenaires commerciaux et non pas comme une menace assurant ainsi une stabilité monétaire or selon l’indice Big Mac paru dans The Economist, l’euro est sous-évalué de 20% ce qui pourrait entrainer des ripostes de la part de ses partenaires commerciaux.

 

Conclusion : Pour en revenir à la proposition de Stiglitz de mettre en place un euro plus fort pour les pays du nord et plus faible pour les pays du sud certains économistes ont pointé du doigt le fait d’instaurer deux Euro notamment Michel Aglietta dans son ouvrage La monnaie entre dettes et souveraineté publié en 2016 car celle-ci augmenterait considérablement les couts de transactions et pourrait davantage freiner les échanges plutôt que de les dynamiser

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