RCEP : l’Asie orientale toujours plus polarisée par la Chine

         L’Asie orientale paraît toujours plus polarisée par la puissance chinoise, polarisation dont la signature du plus large accord de libre-échange au monde, le partenariat régional économique global (RCEP), paraît emblématique.

Le RCEP c’est quoi ?

Signé en novembre 2020 lors d’un sommet de l’ASEAN, ce partenariat, qui doit d’ici 20 ans éliminer 90 % des droits de douane entre les États signataires n’inclut pas moins de 15 pays (ASEAN et ASEAN +6 sans l’Inde) et représente de ce fait le plus vaste accord de libre-échange mondial. 

– Poids économique : au total, ce nouvel espace commercial représente environ 30% du PIB mondial et une part équivalente de la population de la planète (1/3 de la population mondiale).

– Poids géopolitique : il s’agit du premier accord qui lie les trois poids lourds asiatiques que sont la Chine, la Corée du Sud et le Japon.

Les acteurs 

 

Les enjeux 

– Si le RCEP est ambitieux, il n’en soulève pas moins quelques interrogations : il convient en effet de rester prudent sur la capacité de cet accord à réduire les contentieux (Chine-Japon ; Chine-Vietnam ; Japon-Corée du Sud).

– Par ailleurs, le déséquilibre entre la Chine et ses voisins constitue l’un des principaux défis du RCEP, la Chine restant la principale bénéficiaire de cet accord, avec un surplus de revenus de 85 milliards de dollars à l’horizon 2030.

– Mais d’un point de vue géopolitique, on y voit surtout la confirmation de la perte d’influence très forte de Washington en Asie. La signature de l’accord survient juste après l’élection présidentielle américaine de Joe Biden, l’ancien vice-président de Barack Obama. Dans le cadre de sa « stratégie du pivot » vers l’Asie, Barack Obama avait justement proposé un accord de libre-échange dont l’objectif non avoué était de contrer la Chine (le Trans-Pacific Partnership ou TPP). Cet accord fut enterré par Donald Trump dès son arrivée au pouvoir en 2017, favorisant ainsi la création du RCEP. 

Les conséquences 

– Le RCEP  est à double tranchant : positif pour les pays signataires et désavantageux pour l’Inde. En effet,  pourtant initialement dans le projet, celle-ci s’est retirée par crainte de voir son industrie submergée par les importations chinoises. Pourtant, Deborah Elms, directrice de l’Asian Trade Center, estime que l’Inde a perdu une immense opportunité d’être la 3ème puissance économique de l’accord, surtout dans un contexte de la Covid-19. En effet, le RCEP pourrait générer un surplus de près de 164 milliards de dollars d’ici 2030 pour les économies des pays signataires, à l’inverse de l’Inde qui pourrait subir une perte de 6 milliards de dollars d’ici 2030. Peu de doutes subsistent quant à la supériorité du « lièvre chinois » sur la «  tortue indienne » pour reprendre les mots de Dani Rodrik.

– En outre, si le RCEP remplit les objectifs qu’il se fixe, le déplacement du centre de gravité de l’activité économique mondiale vers l’Asie s’en trouverait confirmé. À travers son livre Easternization, Gideon Rachman (grand chroniqueur au Financial Times), voit dans cette orientalisation du monde la tendance déterminante de notre époque. Une Chine montante défie désormais la suprématie américaine, et a le potentiel de secouer le monde entier.

Côté chinois, cet accord qui unit Pékin et les autres pays asiatiques est la démonstration que les États-Unis sont en déclin, et que le modèle de développement autant que l’attractivité sont désormais en Chine.

– Cette polarisation chinoise apparaît ainsi source de risques et de tensions et semble de ce fait donner raison aux théories alarmistes quant à la stabilité mondiale, notamment celle de Graham Allison, dans Vers la Guerre. Les États-Unis et la Chine dans le piège de Thucydide (2017). Le professeur et historien à Harvard tirait la sonnette d’alarme sur la probabilité d’un affrontement sino-américain si des mesures importantes et structurelles n’étaient pas prises pour rectifier le tir.

Car, ce qui est inquiétant, expliquent Sophie Boisseau du rocher et Emmanuel Dubois de prisque, dans « La chine e(s)t le monde » ce n’est pas tant la  montée en puissance de la Chine et son potentiel accès au 1er rang mondial, dans la mesure où elle a déjà occupé cette place dans le passé, que le fait que pour la 1ère fois un pays non occidental et non démocratique parvienne à ce rang.

– En réaction, lors d’une rencontre du Quad (Dialogue de sécurité quadrilatéral) à Tokyo en 2020, les États-Unis et leurs alliés, les membres du Quad, (Australie, Japon, Inde, États-Unis) promeuvent la vision d’un « Indo-Pacifique libre et ouvert » comme une volonté de contenir la montée en puissance chinoise en Asie du Sud-Est. Le partenariat entend contrer l’hégémonie grandissante de la Chine dans la région et créer un contrepoids au projet mondial de la Chine que constitue celui des nouvelles routes de la soie (projet BRI) et du RCEP.

Sujets sur lesquels vous pouvez utiliser cet article en dissertation

  • Sujets sur la rivalité Etats-Unis/Chine 

Ex : Etats-Unis – Chine : Rivalités de pouvoir et d’influence ( ESCP 2018 )

  • Sujets sur la place de la Chine dans son environnement régional

Ex : La puissance chinoise en Asie orientale ( ESSEC 2019 )

  • Sujets sur la puissance chinoise

Ex : La Chine est-elle un colosse aux pieds d’argile ? ( GEM 2020)

  • Sujets sur la remise en cause de l’ordre mondial

Ex : La Chine installe-t-elle un nouvel ordre mondial ? ( Ecricome 2019)

Clementine Tahir

Actuellement à l'EDHEC après trois ans de prépa, j'espère pouvoir vous aider à intégrer l'école de vos rêves.

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