Responsabilité environnementale : une humanité, des humanités ?

1769 : James Watt dépose le brevet de la machine à vapeur, point de départ de la 1ère Révolution Industrielle. Homo Faber est désormais capable d’une force nouvelle et, non sans orgueil, il s’efforce de s’affranchir de la nature et tente même de la maîtriser.

 

Les conséquences de cet affranchissement 

Cependant, l’hybris de sa quête perpétuelle de modernité plonge l’humanité tout entière dans une crise environnementale profonde : augmentation des températures, acidification des océans, disparition de la biodiversité… Ainsi, dans les débats communs, cette crise climatique que nous traversons résulterait de la confrontation entre deux protagonistes bien définis : Gaïa d’une part, et l’humanité de l’autre. Toutefois, si elle n’est a priori pas erronée en soi, cette vision binaire est trompeuse de par son manque de discernement.

 

Qui porte le poids de la responsabilité ?

En effet, penser la crise environnementale comme la surexploitation des ressources de la Terre par l’« humanité » revient à gommer les différences entre les individus et les populations en termes d’impact écologique. Le concept englobant d’« humanité » permet, dans une perspective holistique,  de nier implicitement le rôle prépondérant d’une élite prédatrice : 90 entreprises sont responsables à elles seules de 63% des émissions cumulées de CO2 et de méthane entre 1850 aujourd’hui. De même, l’impact écologique semble corrélé au niveau de développement des Etats : alors que l’empreinte écologique par habitant du Kenya n’est que de 1 hectare, celle du Qatar atteint les 14,3 hectares globaux.

Ainsi, les débats sur la crise environnementale ne doivent pas faire fi des apports des sciences humaines et sociales, qui apportent une grille de lecture différenciée hautement plus pertinente et plus juste.

 

 

Une recherche de justice parmi les pays 

On pourrait alors saluer la création récente du « fonds de réparation des dégâts causés par le réchauffement climatique » lors de la COP27, qui prend en compte les différences d’impact des Etats, et s’inscrit dans une démarche louable de justice climatique. En effet, les Etats les plus polluants s’engageraient à apporter une aide financière aux Etats les plus touchés ou vulnérables. Malheureusement, le fond n’est pour l’instant qu’une coquille vide : n’ont été mentionnés ni le montant des aides, ni les bénéficiaires, ni les financeurs… L’identification des financeurs, si elle est triviale d’un point de vue scientifique, sera délicate en pratique de par l’enjeu géopolitique qui en résulte. Plus directement, la Chine et les Etats-Unis, responsables à eux seuls de plus de 44% des émissions de CO2 mondiales, accepteront-ils de payer en conséquence, reconnaissant ainsi explicitement leur responsabilité dans la crise environnementale, au risque de ternir leur image à l’international ? Notons en outre que, si la Chine pollue autant, c’est en partie parce qu’elle produit sur son territoire des biens pour la consommation des pays riches, qui ont « délocalisés » leurs émissions de CO2. Qui devra donc – et assumera – de porter le chapeau de la pollution qui lui revient réellement, et de payer en conséquence ?

 

Ainsi, bien que limité en pratique, il conviendra toutefois de souligner que ce fonds de réparation contraste avec la vision binaire classique de la crise environnementale. Une porte s’entre-ouvre alors timidement vers la différenciation tant nécessaire en termes de responsabilité écologique : face à Gaïa, il n’y a pas une humanité, mais des humanités, qui se doivent d’agir chacune à la hauteur de leur charge.

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