Assiste-t-on à un retour des politiques budgétaires ? (2/2)

II) Un retour des politiques budgétaires contraignant : la nécessité de reconsidérer leur rôle

a) Le retour des politiques budgétaires s’accompagne de contraintes

  • Un effet multiplicateur largement remis en cause et limité

Bien que les politiques budgétaires expansionnistes puissent initialement stimuler l’économie, leur effet multiplicateur est remis en question par des auteurs et à cause de plusieurs facteurs.

L’effet d’éviction fait référence au phénomène selon lequel l’augmentation des dépenses publiques peut entraîner une hausse des taux d’intérêt. Ce qui à son tour peut décourager les investissements privés. Cette concurrence pour les ressources financières peut réduire l’impact positif de la politique budgétaire sur l’activité économique.

L’équivalence Ricardienne, de Ricardo et Barro. Selon cette théorie, les agents économiques anticipent les futurs impôts nécessaires pour financer la dette publique accrue due à la politique budgétaire expansionniste. Par conséquent, ils ajustent leur comportement en épargnant davantage, ce qui annule l’effet positif attendu de la relance budgétaire.

Le risque de surchauffe économique et d’inflation. Théorie développé par Larry Summers dans le cas où la politique budgétaire n’est pas bien coordonnée avec la politique monétaire.

La fuite des importations. Une part des dépenses publiques peut être utilisée pour l’importation de biens et de services, réduisant ainsi l’impact sur l’économie nationale.

Les frottements sur les marchés. Des rigidités sur les marchés du travail et des biens peuvent entraver la transmission fluide des effets de la politique budgétaire, limitant ainsi l’amplification des dépenses publiques.

L’incertitude. L’incertitude économique et politique peut inciter les agents économiques à adopter des comportements prudents. Réduisant ainsi leur réaction aux mesures de relance budgétaire

  • L’endettement

La soutenabilité de la dette et la question de l’espace budgétaire sont des éléments essentiels qui peuvent freiner la mise en place de politiques de relance budgétaire. Lorsque la dette publique atteint des niveaux élevés et devient insoutenable. Les gouvernements peuvent être contraints de réduire leurs dépenses publiques ou d’augmenter les impôts pour rétablir la stabilité financière. Ce qui limite leur capacité à mettre en œuvre des mesures de relance.

Un exemple concret de cette problématique est la crise de la dette souveraine en Europe. Notamment dans les pays tels que la Grèce, l’Espagne et le Portugal, qui ont dû faire face à des niveaux élevés de dette publique et à des contraintes budgétaires importantes. Des mesures d’austérité ont vues le jour. Limitant ainsi leur capacité à mener des politiques de relance budgétaire pour stimuler la croissance économique.

b) Reconsidérer le rôle des politiques budgétaires

  • Prendre en compte l’effet d’hystérèse pour un retour plus efficace :

Il est essentiel de prendre en compte l’effet d’hystérèse lors de la mise en place d’une politique budgétaire. Cela permet de comprendre comment les chocs économiques passés peuvent avoir des effets durables sur l’économie à long terme. L’effet d’hystérèse fait référence à la persistance des effets négatifs d’une crise ou d’une période de faible activité économique au-delà de la résolution de la crise elle-même.

Olivier Blanchard, économiste renommé, a souligné l’importance de l’effet d’hystérèse dans son article intitulé « The hysteresis effect of economic downturns ». Il explique comment les périodes prolongées de chômage élevé ou de faible investissement peuvent entraîner une baisse de la productivité, une détérioration des compétences et une baisse de la capacité productive de l’économie à long terme.

Un exemple concret de l’effet d’hystérèse est la crise financière mondiale de 2008. Les pays qui ont connu une forte contraction de leur activité économique ont fait face à des taux de chômage élevés pendant une longue période. Cela a entraîné une détérioration des compétences des travailleurs, une baisse de la productivité et une perte de capacité productive de l’économie. Ce qui limite la croissance économique future.

En prenant en compte l’effet d’hystérèse. Les décideurs politiques peuvent mieux comprendre les conséquences à long terme des crises économiques et adapter leurs politiques budgétaires en conséquence. Cela peut inclure des mesures visant à favoriser la création d’emplois, à soutenir la formation et l’éducation, et à stimuler l’investissement afin de contrer les effets négatifs persistants des chocs économiques passés et de favoriser une reprise durable.

Pour comprendre les enjeux de l’effet d’hystérèse…

  • Axer les politiques budgétaires sur les défis du futur

De nos jours, les relances budgétaires doivent être orientées vers les défis de demain, tels que l’écologie et la transition numérique. Plusieurs auteurs soutiennent cette approche et mettent en avant l’importance de diriger les investissements publics vers des secteurs clés pour assurer une croissance durable.

Joseph Stiglitz, économiste et lauréat du prix Nobel, souligne dans son livre « Creating a Learning Society » que les politiques budgétaires doivent être axées sur l’innovation et la création d’une économie verte. Il met en évidence les avantages économiques à long terme de la transition vers des technologies propres et durables.

En intégrant les enjeux écologiques et numériques dans les politiques budgétaires, les pays peuvent non seulement contribuer à la résolution des défis mondiaux. Tels que le changement climatique, mais aussi stimuler l’innovation, favoriser la création d’emplois dans des secteurs d’avenir et assurer une croissance économique durable à long terme.

Sur le numérique

Par exemple, la France avec son plan « France Relance ». Le gouvernement français a alloué des ressources financières significatives pour stimuler la transformation numérique de l’économie.

Une mesure clé de ce plan est l’investissement dans le déploiement de la fibre optique à haut débit dans tout le pays. Cela vise à garantir l’accès à Internet à haut débit pour tous les citoyens, ainsi qu’à renforcer l’infrastructure numérique du pays. Cet investissement contribue à favoriser le développement de l’économie numérique. Et ce en soutenant la création d’entreprises innovantes, l’essor du commerce en ligne et l’amélioration de la productivité des entreprises.

De plus, le plan « France Relance » comprend également des mesures de soutien aux entreprises innovantes dans le domaine du numérique. Telles que des incitations fiscales, des subventions pour la recherche et développement, ainsi que des programmes de formation pour développer les compétences numériques.

Sur la transition écologique

L’Allemagne avec son programme « Energiewende ». Ce programme vise à promouvoir la transition vers une économie basée sur les énergies renouvelables et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Dans le cadre de ce programme, le gouvernement allemand a alloué des ressources financières importantes pour soutenir la production d’énergie renouvelable. Telle que l’énergie éolienne et solaire. Des incitations fiscales, des subventions et des tarifs de rachat avantageux ont été mis en place pour encourager les investissements dans les énergies propres. Ces mesures ont permis de stimuler le développement des industries des énergies renouvelables en Allemagne. Créant ainsi des emplois et favorisant la croissance économique.

De plus, l’Allemagne a également mis en place des politiques visant à améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments, des transports et de l’industrie. Des incitations financières ont été accordées aux entreprises et aux particuliers pour encourager l’adoption de technologies plus propres et la réduction de la consommation d’énergie.

Conclusion

OUI, la politique budgétaire est de retour. Les leçons tirées de la crise financière de 2008 et des crises ultérieures ont conduit de nombreux pays à adopter des mesures budgétaires expansionnistes pour relancer l’économie, stimuler la croissance et atténuer les effets négatifs des chocs économiques.

Cependant, il est important de reconnaître que l’efficacité des politiques budgétaires dépend de plusieurs facteurs. La dynamique de productivité, la réaction des marchés financiers et de la politique monétaire, ainsi que la soutenabilité de la dette et la question de l’espace budgétaire, sont autant de considérations essentielles.

De plus, il est crucial d’intégrer l’effet d’hystérèse et de tenir compte des défis de demain. Tels que la transition écologique et la transition numérique. En adoptant une approche proactive et en investissant dans des secteurs clés, nous pouvons stimuler la croissance économique tout en atténuant les risques environnementaux et en favorisant l’innovation.

Les politiques budgétaires deviennent un outil puissant pour façonner l’avenir. En soutenant des initiatives qui contribuent à un développement durable, à la création d’emplois verts et à la résilience économique.

Ainsi, le retour des politiques budgétaires doit s’accompagner d’une prise de conscience croissante de l’importance de promouvoir une croissance économique inclusive, durable et résiliente. Les décideurs politiques doivent continuer à explorer de nouvelles avenues et à adopter des politiques budgétaires novatrices pour faire face aux défis actuels et futurs et façonner un avenir prospère pour tous.

Martin Guerville

Je m'appelle Martin Guerville, je suis passionné d'économie et j'ai à coeur de transmettre ce savoir aux étudiants de prépa !

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