Vers un retour de la stagflation ?

Alors que les conséquences de la crise du Covid-19 commencent à s’estomper, un retour de la stagflation inquiète de plus en plus. Nous nous appuierons dans cet article sur les travaux des économistes du CEPII dans L’économie mondiale 2023 (2022).

Pour rappel, la stagflation correspond à une situation où, dans une économie, faible croissance et forte inflation cohabitent.

 

Un retour de l’inflation aux différentes origines

Si l’inflation trouve son origine dans des phénomènes conjoncturels (guerre en Ukraine, crise du Covid…), des phénomènes structurels permettent toutefois de l’expliquer.

 

Une inflation conjoncturelle déjà constatée avant le déclenchement de la guerre

Si la guerre en Ukraine a joué le rôle d’accélérateur de l’inflation, elle était déjà constatée dès fin 2021. En effet, le prix de l’énergie avait augmenté de 45% sur 2 ans en décembre 2021 pendant que le prix des denrées alimentaires avait augmenté de 40%.

Cette inflation semblait provenir d’effets purement conjoncturels. Tout d’abord une forte demande alimentée par de multiples plans de relance. Parmi eux, on peut citer les deux plans américains : celui de fin 2020 qui a injecté 900 Milliards de dollars dans l’économie et celui de mars 2021 dont le montant a atteint les 1700 Milliards de dollars.

Ensuite, une faible offre. Elle provenait notamment des multiples dysfonctionnements des chaînes de valeur, des confinements, des accumulations de stocks en tant de crise (la Chine détenait 50% des réserves mondiales de blé en 2022).

La combinaison de tous ces éléments ont débouché sur une hausse générale du niveau des prix.

 

Une inflation structurelle révélée par la guerre

Toutefois, ce phénomène d’inflation persiste et semble s’installer sur le long terme pour devenir un phénomène structurel.

On observe en effet plusieurs nouveaux facteurs pour cette inflation renaissante. Tout d’abord, le ralentissement de la mondialisation, freinée par des tensions géopolitiques (avec la guerre en Ukraine notamment) en explique une grande partie. La mondialisation exerce de fait une pression à la baisse sur les prix. Toutefois, cette pression est de moins en moins forte, générant ainsi de l’inflation.

D’autre part, le réchauffement climatique et la transition écologique pourraient amener à faire augmenter le niveau général des prix sur une période assez longue. Enfin, les tensions croissantes autour des demandes de hausse des salaires constituent elles aussi un accélérateur de l’inflation. L’indexation automatique de la hausse des salaires sur l’inflation pourrait être la source d’une boucle prix-salaire. Cette boucle alimente alors un cycle de forte inflation.

 

Un ralentissement de la croissance mondiale

En parallèle de cette inflation, la croissance mondiale ralentit de plus en plus. Les tentatives de relance par les États donnent des résultats moins importants que ce qui était escompté.

De plus, les prévisions de croissance sont revues à la baisse. L’OCDE prévoit une croissance mondiale de +3% pour 2022 (soit 1,5 point de moins que prévu en décembre 2021). La Banque mondiale évalue que la croissance mondiale sera inférieure de 0,6 point dans les années 2020 en moyenne par rapport à celle des années 2010 (alors que cette décennie était traversée par des crises : dettes souveraines 2010-2012 en Europe, rouble russe en 2014…)

Cela s’explique par de nombreux facteurs. D’abord, un essoufflement de la Chine. Cette dernière était un mastodonte de la croissance, représentant à elle seule près de 25% de la croissance mondiale au cours des 20 dernières années. Cela provient de facteurs conjoncturels (comme la politique zéro Covid qui grippe la production) mais aussi structurels. En effet, la population en âge de travailler a atteint son pic en 2010 en Chine et diminue depuis. Par ailleurs, la Chine rattrape son retard sur les économies développées. Elle connaît en conséquence des gains de productivité toujours moins élevés.

D’autres part, l’Europe court le risque d’être frappé par une crise énergétique de grande ampleur. Un arrêt des exportations énergétiques russes à destination de l’Europe en réponse aux sanctions prises par les pays de l’Union Européenne serait lourd de conséquences. D’après l’OCDE, cet arrêt total amènerait à une baisse de 3% de la production dans les secteurs de l’industrie manufacturière et des services marchands en Europe. Tom Krebs évoque ce problème dans un article (2022). Il évalue que l’arrêt total des importations de gaz en provenance de la Russie pourrait amener à une chute du PIB allemand de 3% à 8%.

 

Un retour de la stagflation ?

Ainsi, avec une inflation structurelle et un ralentissement de la croissance, l’économie mondiale plonge dans une période de stagflation.

 

Source : L’économie mondiale 2023 (2022)

 

Lire plus : Les Banques Centrales et le climat

Martin Durroux

Etudiant à HEC Paris après une prépa ECE au lycée Sainte-Marie à Lyon, j'aide les préparationnaires en ESH et en maths.

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