Taïwan : Les États-Unis et la Chine, se lancent-ils dans une guerre pour le contrôle de l’île ?

Alors que les tensions dans le détroit de Taïwan ont atteint leur niveau le plus élevé depuis des décennies, la Chine a fait une démonstration de sa puissance militaire au monde entier.
En effet, à la suite de la visite d’un groupe de législateurs américains sur l’île, la RPC a riposté en déployant ses manœuvres militaires les plus importantes de son histoire pour intimider Taïwan et ses partisans.

Mais le message que la Chine a cherché à transmettre va bien au-delà des navires de guerre et des avions de chasse.

« Il s’agit d’une dissuasion solennelle contre les États-Unis et Taïwan qui continuent à jouer des tours politiques et à saper la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan », a déclaré Shi Yi, porte-parole du Eastern Theatre Command, promettant de « défendre résolument la souveraineté nationale. »

Dès lors, comment la crise au sujet de Taïwan va-t-elle redéfinir les relations sino-américaines ?

 

Retour sur l’histoire des relations États-Unis – Chine au sujet de Taïwan

En janvier 1950, trois mois après la victoire des communistes dans la guerre civile en Chine, le président Harry Truman émit une déclaration. Il déclare que les États-Unis n’interviendront pas militairement pour aider les nationalistes chinois vaincus, qui se sont réfugiés sur l’île de Taïwan.

Mao Zedong préparait déjà une invasion et aurait probablement réussi si la guerre de Corée n’avait pas éclaté en juin de la même année. Le conflit incite Truman à changer d’orientation, à soutenir la Corée du Sud et à ordonner à la Septième flotte de défendre Taïwan afin de tenter d’enrayer la propagation du communisme en Asie.

Quatre ans plus tard, lorsque les forces chinoises ont attaqué certaines îles périphériques de Taïwan, les représentants américains ont menacé la Chine de frappes nucléaires, obligeant Mao à faire à nouveau marche arrière.

Rétrospectivement, il s’agissait de la première d’une longue série de frictions militaires au sujet de Taïwan, qui ont défini les relations sino-américaines et ont eu des conséquences sur le monde entier.

Sept décennies plus tard, la quatrième crise de ce type est en cours, cette fois-ci déclenchée par une visite à Taïwan de la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, les 2 et 3 août.

Mme Pelosi était la plus haute responsable politique américaine à se rendre sur l’île, toujours revendiquée par la Chine, depuis que l’un de ses prédécesseurs, Newt Gingrich, s’y était rendu en 1997.

Bien que la crise soit loin d’être terminée, elle semble déjà devoir ouvrir une nouvelle ère dangereuse d’hostilité entre la Chine et l’Amérique. 

 

Les répercussions de la visite de Nancy Pelosi à Taïwan

La visite de Mme Pelosi est un acte « maniaque, irresponsable et hautement irrationnel », a déclaré la Chine. Ses diplomates ont accusé l’Amérique de violer les engagements pris lorsqu’elle a reconnu pour la première fois la République populaire de Chine (RPC) en 1979.

Depuis que Mme Pelosi a quitté Taïwan, la Chine a tiré des missiles balistiques au-dessus de l’île pour la première fois, envoyé un nombre record de navires et d’avions militaires sur la ligne médiane du détroit de Taïwan et effectué des exercices de tir réel autour de l’île en guise de répétition d’un barrage.

La Chine a également imposé des sanctions économiques à Taïwan et réduit la coopération militaire et les autres formes de relations avec les États-Unis.

Jusqu’à présent, la réponse de la Chine semble calibrée pour faire part de son profond mécontentementet de ses nouvelles capacités, tout en évitant la guerre. Pourtant, il ne s’agit probablement que des premières salves.

Xi Jinping, le dirigeant chinois, semble vouloir éviter une confrontation militaire directe avec les États-Unis.

En même temps, il ne peut pas paraître timide, après s’être présenté comme un homme fort et avoir promis de progresser vers la réunification. Sur les réseaux sociaux chinois, des fanatiques s’indignent déjà que la Chine n’ait pas abattu l’avion de Mme Pelosi.

Les enjeux pour Xi Jinping sont particulièrement élevés à l’approche du congrès du Parti communiste qui se tiendra plus tard dans l’année et au cours duquel il devrait obtenir un troisième mandat de cinq ans à la tête du parti, violant ainsi les normes récentes.

Les contre-mesures de la Chine sont donc susceptibles de se dérouler sur plusieurs fronts, au fil des semaines, des mois ou des années. Elles comprendront probablement davantage de sanctions économiques visant le Parti démocrate progressiste au pouvoir à Taïwan.  

 

Les moyens militaires de la RPC dépassent largement ceux de Taïwan

La RPC a largement l’avantage par rapport à Taïwan en termes d’outils militaires.

  • Le personnel Chinois compte 2.035.000 soldats contre seulement 169.000 pour Taïwan.
  • La RPC comptabilise 400 chars de combat frontal contre seulement 750 pour Taïwan.
  • La RPC dispose également de 65 sous-marins lanceurs d’engins contre seulement 4 pour Taïwan.
  • La marine chinoise possède à son tour 86 navires de guerre, soit trois fois plus que Taïwan qui ne dispose que de 26
  • Enfin, le budget militaire de la RPC est en 2021 de 270 milliards de dollars contre seulement 12.1 pour Taïwan.

 

Le défi américain est donc d’aider Taïwan à maintenir la tête hors de l’eau 

Le défi pour les États-Unis et leurs alliés sera de résister à ces efforts chinois sans provoquer une nouvelle crise. Ils ont jusqu’à présent essayé d’éviter l’escalade. Le vol de Mme Pelosi vers Taïwan a emprunté un itinéraire détourné qui a contourné la mer de Chine méridionale contestée.

 Les États-Unis ne semblent pas avoir envoyé de nouveaux navires de guerre dans la région. Le Pentagone a également déclaré le 4 août qu’il avait reporté le lancement d’un test de routine d’un missile balistique intercontinental cette semaine-là. 

Les États-Unis sont également susceptibles de renforcer les défenses de Taïwan en lui vendant davantage d’armes offensives, en formant un plus grand nombre de ses troupes. Ainsi qu’en lui prêtant ou en lui donnant de l’argent pour acheter davantage de matériel, notamment des armes légères et mobiles comme celles qui se sont avérées si efficaces en Ukraine.

« La confrontation va passer à la vitesse supérieure », prédit Shi Yinhong de l’Université Renmin à Pékin.

Les Etats-Unis doivent, d’une manière ou d’une autre, adapter leur stratégie pour éviter de mettre davantage Taïwan en danger et pour maintenir la cohésion avec leurs alliés et partenaires.

Le G7 a condamné les exercices de la Chine, tout comme le Japon et l’Australie. Mais la Corée du Sud, autre alliée des États-Unis, ne l’a pas fait. Les nations d’Asie du Sud-Est ont également été réticentes à prendre parti, comme beaucoup l’ont été après la première crise de 1954-55. 

Lire plus : États-Unis / Chine : Rivalités de pouvoir et d’influence. 

 

Conclusion

Pour conclure, les conséquences de cette dernière épreuve de force pourraient ne pas apparaître clairement avant des années. À court terme, on peut encore espérer une issue pacifique si chaque partie fait une démonstration de force, puis se retire en criant victoire, comme en 1996. Mais à plus long terme, la Chine étant désormais déterminée à consolider.

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