Taïwan : la zone géopolitique la plus sensible au monde ?

Le 2 août dernier, Nancy Pelosi, la Présidente de la Chambre des Représentants des Etats-Unis s’est rendue à Taïwan. Cette visite avant tout symbolique avait pour but de réaffirmer le soutien américain à ce pays dont la reconnaissance internationale continue à être source de vives tensions géopolitiques. En effet, l’existence de la République de Chine, nom officiel de Taïwan, a toujours attisé l’ire de la République Populaire de Chine (RPC), c’est-à-dire la Chine Continentale, pour laquelle Taïwan n’est en rien un pays indépendant, mais bien une région chinoise.

Revenons sur l’histoire de ce petit pays controversé pour comprendre son importance capitale dans la géopolitique d’aujourd’hui.

La naissance de Taïwan

Gouvernée successivement par la Chine impériale et le Japon, l’île est rendue à la Chine en 1945 après la défaite japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale. En 1949, la guerre civile opposant communistes et républicains prend fin suite à la victoire des communistes, et le Guomindang, organisation des républicains, se réfugie à Taïwan. Dès lors, la République Populaire de Chine communiste entame un développement compliqué par une place de paria au sein de la communauté internationale, qui considère la République de Chine taiwanaise comme la « vraie Chine ». Ainsi, au Conseil de Sécurité de l’ONU, c’est naturellement Taïwan qui occupe le siège de la Chine.

Le développement des deux Chines

Tout au long du 20ème siècle, la RPC se développe pour devenir le géant que l’on connaît aujourd’hui. Devenant un acteur incontournable de la scène géopolitique mondiale, elle développe des relations diplomatiques et économiques avec de nombreux pays, jusqu’à prendre la place de Taïwan au Conseil de Sécurité de l’ONU en 1971.

Pour autant, Taïwan n’a pas à rougir de son propre développement : l’île devient pendant la seconde moitié du 20ème siècle un des quatre dragons asiatiques, un pays industrialisé, développé et démocratique dont le niveau de vie est comparable à celui des pays occidentaux. C’est le « miracle taïwanais ». Aujourd’hui, Taïwan fournit une grande partie des composants électroniques du monde. Champion des semi-conducteurs, le fabricant taïwanais TSMC est ainsi le seul au monde à pouvoir fabriquer des puces électroniques de dernière génération (inférieures à 10nm) utilisées dans tous les appareils high-techs. En outre, l’île occupe la 15ème place mondiale en termes de PIB par habitant.

Depuis la création de la République de Chine à Taïwan, la RPC revendique la souveraineté sur l’île, tout comme cette dernière sur la Chine continentale. Cette situation n’a depuis jamais cessé d’influer sur la géopolitique mondiale.

Taïwan, futur point de départ d’une guerre sino-américaine ?

L’existence même de Taïwan est souvent décrite comme la raison susceptible de déclencher une guerre entre la Chine communiste et les Etats-Unis. En effet, bien que les Etats-Unis aient officiellement reconnu la RPC en 1979, le Congrès Américain a adopté la même année le Taiwan Relations Act, afin de marquer la continuité du soutien américain à la Chine républicaine, notamment en cas d’attaque chinoise contre l’île. La loi stipule précisément : « Les Etats-Unis mettront à la disposition de Taiwan les articles et services de défense en quantité suffisante pour permettre à Taiwan de maintenir des capacités suffisantes en matière de légitime défense. » Depuis 1979, ce texte préserve un statu quo : la RPC n’a jamais envahi Taïwan et l’île n’a jamais déclaré complètement son indépendance.

Pour autant, ce statu quo semble aujourd’hui extrêmement fragile. Depuis 2016 et l’arrivée de la présidente du Parti Démocrate Progressiste Tsai Ing-Wen, Taïwan défend son indépendance face au régime chinois. La RPC, quant à elle, effectue de plus en plus d’exercices militaires autour de l’île et dans le détroit de Taïwan.

Dans ce contexte, la récente visite de Nancy Pelosi à Taïwan, alors même que les Etats-Unis ne sont pas censés entretenir de relations diplomatiques officielles avec la République de Chine, a été considérée par la RPC comme une véritable provocation américaine. Depuis quelques jours, la Chine continentale mène ainsi dans le détroit de Taïwan les plus importants exercices militaires jamais menés dans la zone avec des avions de chasse, des navires de guerre, des drones et des tirs de missiles balistiques. En réaction, l’armée de Taïwan a débuté le 9 août des exercices simulant la défense de l’île face à une invasion chinoise, dont l’éventualité est plus que jamais redoutée par les autorités taïwanaises. Ces exercices ont ainsi lieu alors même que la RPC a rappelé qu’il ne faudrait pas s’opposer au sens de l’Histoire, c’est-à-dire la réunification de l’île à la Chine continentale.

Conclusion

En somme, Taïwan se pose aujourd’hui la question du soutien de son allié américain en cas d’invasion. Si le Taiwan Relations Act assure un soutien à l’île, il ne garantit en effet pas pour autant une défense militaire automatique dans l’hypothèse d’une invasion. Et alors que Taïwan est aujourd’hui plus que jamais en effervescence pour assurer sa protection, Joe Biden de son côté dit ne pas être inquiété par les récentes actions chinoises dans le détroit.

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