La théorie des choix publics : preuve de l’inefficience de l’État ?

Le paysage économique mondial est parsemé de mécanismes complexes et d’interactions subtiles entre les acteurs économiques et politiques. Au cœur de cette réalité se trouve un concept intrigant et peu exploré : le capitalisme de connivence. Pour saisir pleinement ce phénomène, nous allons plonger dans l’univers de la théorie du Public Choice, avec James M. Buchanan comme guide.

 

Le capitalisme de connivence : une collusion entre le secteur privé et le secteur public

Le capitalisme de connivence se caractérise par une étroite collaboration entre les entreprises privées et les acteurs publics, tels que les gouvernements et les régulateurs. Cette collaboration peut prendre différentes formes, notamment des dons politiques, des activités de lobbying intensives et des relations personnelles étroites entre les dirigeants d’entreprises et les décideurs politiques. L’un des aspects les plus préoccupants du capitalisme de connivence est la capture réglementaire. Les grandes entreprises utilisent leur influence pour façonner les lois et les réglementations à leur avantage. Cela peut se traduire par l’élaboration de règles qui créent des obstacles pour les concurrents potentiels, réduisent la responsabilité en cas de comportement répréhensible ou accordent des avantages spéciaux à certaines entreprises.

Les entreprises qui bénéficient du capitalisme de connivence peuvent ériger des barrières à l’entrée sur leurs marchés, limitant ainsi la concurrence. Ces barrières peuvent être financières (grâce à des avantages fiscaux), réglementaires (par le biais de réglementations complexes qui découragent de nouveaux arrivants) ou même culturelles (en entretenant des relations étroites avec les décideurs politiques qui découragent la contestation). Lorsque le capitalisme de connivence est à l’œuvre, la concurrence n’est plus équitable. Les entreprises qui bénéficient de relations spéciales avec le gouvernement ont un avantage déloyal, ce qui nuit aux entreprises plus petites et plus innovantes qui sont incapables de rivaliser à armes égales.

En fin de compte, le capitalisme de connivence peut entraîner des conséquences économiques néfastes. Il peut inhiber l’innovation en empêchant de nouvelles entreprises de prospérer. De plus, il peut favoriser la concentration du pouvoir économique entre les mains d’une élite, ce qui peut conduire à une augmentation des inégalités économiques.

« L’intérêt général n’est qu’une fiction utilisée par ceux qui ont le pouvoir pour contrôler ceux qui ne l’ont pas. » souligne Buchanan (« The Limits of Liberty: Between Anarchy and Leviathan, » publié en 1975)

 

Un exemple concret et actuel ? La NRA (National Rifle Association) aux États-Unis

Pour mettre en lumière le capitalisme de connivence, prenons l’exemple frappant du lobby de la NRA (National Rifle Association) aux États-Unis et son influence significative auprès des membres du Parti Républicain. Ce cas particulier offre un exemple concret de la manière dont une organisation puissante peut façonner la politique en utilisant des moyens financiers considérables.

Au cœur de cette illustration se trouve un chiffre époustouflant : la NRA a dépensé plus de 54 millions de dollars en contributions politiques, campagnes de lobbying et publicités électorales lors des élections de mi-mandat de 2016 aux États-Unis. Cela représente une somme massive qui a été injectée pour influencer les politiques en matière de contrôle des armes à feu et pour soutenir les candidats républicains favorables à une réglementation moindre.

« Les politiciens ont besoin de financement, et nous leur donnons de l’argent » Wayne LaPierre, le directeur exécutif de la NRA, résume parfaitement l’influence de l’organisation.

En examinant de plus près le rôle de la NRA, nous pouvons voir comment cette influence financière a conduit à une résistance tenace à la réforme du contrôle des armes à feu aux États-Unis. Malgré une série d’incidents tragiques impliquant des armes à feu, la NRA a réussi à maintenir une forte opposition à toute législation visant à renforcer les contrôles sur la vente d’armes à feu.

Des mesures telles que la vérification des antécédents des acheteurs d’armes à feu, qui bénéficient d’un large soutien au sein de la population américaine, ont été bloquées ou retardées grâce à l’influence de la NRA sur les membres du Parti Républicain. Cette résistance persistante est souvent perçue comme une illustration frappante du capitalisme de connivence, où les intérêts financiers d’une organisation privée prévalent sur la volonté populaire et la sécurité publique.

 

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