Qu’est-ce que la théorie quantitative de la monnaie ?

La théorie quantitative de la monnaie constitue un pilier essentiel de la pensée économique moderne. Développée par des éminents économistes tels qu’Irving Fisher, Milton Friedman et John Maynard Keynes, cette théorie explore la relation entre la masse monétaire d’une économie et le niveau général des prix. Fondée sur l’équation de Fisher (MV = PQMV = PQ), cette théorie offre un cadre conceptuel pour comprendre comment les variations de la quantité de monnaie peuvent influencer l’économie dans son ensemble.

Compréhension des termes clés

La masse monétaire (MM) représente la quantité totale de monnaie en circulation, incluant les espèces, les dépôts bancaires et autres formes de monnaie. 

La vélocité de la monnaie (V) mesure la rapidité avec laquelle la monnaie change de mains sur une période donnée. 

Le niveau des prix (P) correspond au niveau moyen des prix des biens et services dans l’économie, tandis que la production totale (Q) représente la quantité totale de biens et services produits.

Hypothèses sous-jacentes

Deux hypothèses clés sous-tendent la théorie : la stabilité de la vélocité de la monnaie à court terme et l’idée d’une économie à plein emploi, où toutes les ressources productives sont utilisées.

1. Stabilité de la Vélocité de la Monnaie

L’hypothèse de la stabilité de la vélocité de la monnaie suggère que la rapidité avec laquelle la monnaie change de mains, ou sa vélocité (V), reste relativement constante à court terme. En d’autres termes, la manière dont les individus et les entreprises utilisent la monnaie pour effectuer des transactions ne varie pas significativement sur de courtes périodes.

Cette hypothèse repose sur l’idée que les comportements des agents économiques, tels que la fréquence des transactions monétaires, restent constants dans un contexte donné. Si la vélocité de la monnaie demeure stable, alors l’équation de Fisher (MV = PQMV = PQ) suggère qu’une augmentation de la masse monétaire (MM) entraînera directement une augmentation proportionnelle du niveau des prix (P).

Cependant, dans la réalité, la stabilité de la vélocité de la monnaie peut être contestée. Les changements dans les préférences des consommateurs, les évolutions technologiques, ou les chocs économiques peuvent influencer la manière dont la monnaie est utilisée. Par exemple, l’avènement des technologies financières et des paiements électroniques a considérablement modifié les schémas traditionnels de la vélocité de la monnaie.

 

2. Économie à Plein Emploi

Une autre hypothèse fondamentale de la théorie quantitative de la monnaie est celle d’une économie à plein emploi. Cette hypothèse suppose que toutes les ressources productives de l’économie sont utilisées de manière optimale, et que le niveau de production totale (Q) est maximal sans pression à la hausse sur les prix due à un manque de capacité.

Dans une économie à plein emploi, la principale conséquence de l’augmentation de la masse monétaire serait une augmentation de la demande globale de biens et services, car les agents économiques auraient plus de monnaie pour effectuer des transactions. Cependant, en raison de la pleine utilisation des ressources, cette augmentation de la demande se traduirait principalement par une augmentation des prix plutôt que par une augmentation de la production.

L’hypothèse d’une économie à plein emploi a été critiquée en raison de son éloignement de la réalité économique. Les économies peuvent connaître des périodes de sous-emploi, où des ressources productives restent inutilisées, remettant ainsi en question la validité de cette hypothèse dans tous les contextes.

Implications de la théorie

L’une des implications principales de la théorie est liée à l’inflation. Selon cette approche, une augmentation de la masse monétaire, tout en maintenant la vélocité et la production constantes, entraînera inévitablement une augmentation du niveau des prix. Cette idée forme la base de l’association entre la création monétaire et l’inflation.

Sur le plan de la politique monétaire, les responsables économiques utilisent la théorie pour guider leurs décisions. Par exemple, ajuster l’offre monétaire peut être une stratégie pour maintenir la stabilité des prix dans une économie.

Limites et Critiques

Cependant, la théorie quantitative de la monnaie n’est pas sans critiques. Certains économistes tels que John Maynard Keynes ou Milton Friedman contestent l’idée que la vélocité de la monnaie soit stable, soulignant qu’elle peut varier en fonction de divers facteurs économiques et sociaux tels que le niveau des prix, le taux d’intérêt et la confiance des agents économiques.

D’autres, tels qu’Irving Fisher ou James Tobin, insistent sur l’importance de la demande de monnaie, affirmant que les variations de la demande peuvent également influencer les prix. De plus, la théorie ne prend pas toujours en compte les changements structurels de l’économie moderne, tels que l’innovation technologique et les évolutions dans les comportements financiers.

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En conclusion, la théorie quantitative de la monnaie demeure un cadre analytique important pour comprendre la dynamique entre la masse monétaire et le niveau des prix. Son utilisation pratique est toutefois complexe, en raison des nombreux facteurs qui influent sur l’économie. Malgré ses critiques et les nuances introduites au fil du temps, elle demeure un élément central de la réflexion économique. 

Cette théorie fournit aux décideurs économiques un outil essentiel pour équilibrer la croissance économique et la stabilité des prix dans une économie donnée. Ainsi, bien qu’elle ne soit pas une solution universelle, la théorie quantitative de la monnaie demeure un guide précieux dans la compréhension des mécanismes économiques fondamentaux.

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