Tourisme au « Bel paese » : problème ou solution ?

S’il est indéniable que le tourisme soit facteur de croissance et d’emploi, il peut aussi être source d’un certain nombre de déséquilibres, nécessitant donc des mesures efficaces. Regardons de plus près ce phénomène au cœur des controverses.

 

La dolce vita : entre art et gastronomie

Il faut dire que la « dolce vita » à l’italienne attire tous les ans beaucoup de touristes au pays des pâtes et des pizzas. L’année 2023 n’a fait que le confirmer : selon l’Istat, entre le mois de janvier et avril, une hausse de 43% de touristes étrangers par rapport à la même période en 2022 a été constatée. Il faut préciser que cette reprise était appréhendée suite au confinement dû à la pandémie mondiale, mais il semble que cette crainte soit désormais loin des esprits.

Mais pourquoi s’inquiéter ? L’Italie est le pays qui compte le plus de patrimoines UNESCO, avec plus de 58 sites, qui émerveillent tous les ans les touristes : Venise et sa lagune, la Piazza del Duomo à Milan, les trulli d’Alberobello… la liste est très longue ! Ces merveilles attirent tous les ans des touristes du monde entier, ce qui est bien évidemment une belle opportunité pour l’économie locale. Les hôtels, les restaurants ou encore les services de transports profitent de ce tourisme, représentant une véritable source d’emploi et donc de croissance : un rapport de l’Eurostat a montré que l’Italie est le pays européen dont le tourisme génère le plus de postes. Pas moins de 15% des emplois concernent les activités touristiques. 

 

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Des déséquilibres qui créent débat dans la botte

Malheureusement, qui dit opportunité dit également limites, pouvant souvent créer des déséquilibres et des problématiques. D’un point de vue économique, il est important de préciser que le secteur touristique est certes source de croissance, mais il faut également questionner la nature de cette croissance. La pandémie mondiale a montré à quel point c’est un secteur peu indépendant et qui peut donc être facilement fragilisé par les événements exogènes. En 2020, les recettes directement liées aux activités touristiques ont chuté de 60%, ce qui a profondément touché l’économie italienne. Les jeunes et les familles travaillant dans ce secteur ont vu leur pouvoir d’achat baisser de plus en plus, menant beaucoup d’italiens à la précarité et l’insécurité. Selon l’Istat, en 2020, 9,4% de la population était en situation de « pauvreté absolue », ce qui représente environ 5,6 millions de personnes. De plus, le secteur tertiaire ne contribue pas à une croissance sur le long terme, puisqu’il crée peu de valeur ajoutée, en comparaison à d’autres secteurs tels que l’industrie, où le progrès technique et l’innovation garantissent une croissance durable et surtout endogène.

D’un point de vue social, le tourisme peut générer beaucoup de mécontentement et de problèmes parmi les habitants. Si nous prenons l’exemple de Venise, souvent comparée à Disneyland, le tourisme de masse transforme le quotidien des locaux, voyant les prix monter (notamment pour le logement), les rues pleines, mais également leur ville détériorée. Ceci oblige certains habitants à fuir leur ville natale afin de pouvoir prétendre à une ville tranquille, ce qui crée des agitations sociales.

 

Alors, comment faire ?

La conclusion que nous pouvons en tirer n’est pas d’éviter ou de limiter ce tourisme étant donné ces côtés négatifs, bien au contraire. Pour espérer en garder les côtés positifs, il faut un encadrement efficace de la part de l’État et une réelle volonté de faire de cette force un véritable levier pour l’économie italienne. Le PNRR(Piano Nazionale di Ripresa et Resilienza) prévoit une partie des fonds pour le développement du tourisme. En effet, ce ne sont pas moins de 40 milliards d’euros qui concerneront la digitalisation, l’innovation, la compétitivité, la culture et le tourisme. C’est une belle opportunité pour améliorer les infrastructures des villes concernées par le tourisme de masse, en proposant également une meilleure gestion des flux de personnes.

La réglementation a également un grand rôle à jouer. Si nous reprenons le cas de Venise, l’arrivée de vagues de touristes mais aussi des « Grandi Navi » a toujours créé beaucoup d’agitations au sein des locaux. La mairie de Venise a donc décidé de mettre en place des règles à partir de 2024 : premièrement, la ville interdit les groupes de plus de 25 personnes ; une autre mesure, plus controversée, est l’instauration d’une taxe de visite de cinq euros. La question n’est pas de savoir si ces mesures sont justes, mais de montrer que l’État et les institutions possèdent des outils qu’ils peuvent utiliser afin de mieux encadrer ce phénomène. Le défi est à présent de trouver des mesures suffisamment contraignantes pour que cela puisse être efficace, sans désinciter les personnes voulant venir visiter le pays.

 

Lire plus : Le plan italien de 191 milliards : tout savoir du PNRR

 

Un bon équilibre est possible ! 

Le tourisme en Italie est véritablement un atout pour l’économie nationale, puisqu’il génère des emplois et permet une véritable croissance économique. Cependant, il faut également avoir à l’esprit que ce phénomène peut être source de déséquilibres et de problèmes, qui peuvent faire débat au sein de la population. Tout de même, avec un bon encadrement et les bonnes mesures étatiques, il est envisageable de les limiter, afin de mieux maîtriser les dérives du tourisme. La mairie de la capitale italienne a, par exemple, renforcé le contrôle et les amendes pour incivilités, donc attention à vous si vous décidez de vous baigner dans la Fontaine de Trevi !

 

Vocabulaire

Turismo = tourisme

Déséquilibre = squilibrio

Population = popolazione

Étranger = straniero

Vacances = vacanze

La ville = la città

Un site touristique = un sito turistico

Voyage = viaggio

 

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