Transition énergétique, rapports de force mondiaux et hiérarchie des puissances

Alors qu’historiquement la transition énergétique était uniquement vue comme un problème économique et non comme un problème géopolitique, les questions écologiques et la transition énergétique deviennent aujourd’hui des sujets centraux dans les choix économiques et politiques des puissances.

Le rapport Meadows dans les années 70 est à l’origine d’une prise de conscience des enjeux économiques des problèmes écologiques. Les années 2000 accélèrent cette dynamique et marquent ainsi le début de la recherche de solutions technologiques pour pallier les problèmes environnementaux. Cependant, cela reste un problème secondaire car les questions liées à la sécurité et au terrorisme prenaient le dessus durant les années 2000. Les années 2010 marquent, elles, l’émergence d’une vraie compétition entre les acteurs au sujet de la transition énergétique. Cette tendance est accentuée aujourd’hui notamment car la transition énergétique se pose vraiment comme un enjeu géopolitique majeur.

 

Les questions environnementales constituent un sujet qui crée des tensions entre les pays et accentue les rapports de force mondiaux

Il existe une prise de conscience des potentialités géopolitiques des risques environnementaux. Plusieurs organismes mondiaux tels que les ONG insistent sur la nécessité de considérer le problème écologique de manière urgente. De ce fait, ces organismes font pression et en font un sujet géopolitique. Les ONG et les opinions publiques exigent une vraie prise en compte de cet enjeu environnemental même au prix de tensions géopolitiques. En effet, les pressions de WWF ou encore de Greenpeace sont à l’origine de tensions géopolitiques. Le sabotage du navire Rainbow Warrior appartenant à Greenpeace en est un exemple. En effet, ce sabotage a été opéré par les services secrets français en 1985 car ce navire avait pour but de protester contre les essais nucléaires français.

 

Par ailleurs, les questions environnementales liées à l’accentuation des différentiels de climat vont générer des tensions dans les pays du Sud. En effet, comme le souligne Robert KAPLAN dans The Revenge of the Geography : what the map tells us about coming conflicts and the battle against Fate, 2013, les questions géographiques liées à ces problèmes environnementaux vont redevenir centrales dans la géopolitique mondiale. Selon Kaplan, les enjeux environnementaux sont aujourd’hui des enjeux géopolitiques.

 

Les puissances peinent à trouver des compromis et à mettre en place des réglementations respectées par l’ensemble des pays en termes de transition énergétique

Certaines puissances ne respectent pas les normes et les réglementations instaurées pour favoriser la mise en place de la transition énergétique. Ceci est notamment illustré par le fait que Barack Obama a dénoncé la Chine comme premier polluer mondial ou encore par les tensions entre le Japon et le reste du monde autour de la pêche balnéaire. De même, les tensions autour du nucléaire français comprenant la pression allemande sur Fessenheim et la pression belge montrent cette difficulté à trouver des compromis et à mettre en place des réglementations respectées.

 

Cette difficulté à trouver des compromis s’illustre notamment par la compétition que se livrent les puissances pour le leadership de la transition énergétique ainsi que par la réactivation de la course au leadership technologique dans ce domaine. Plus encore, les puissances cherchent à se fragiliser mutuellement dans ce domaine comme en témoigne la tentative chinoise de fragiliser l’investissement européen dans le solaire

 

La transition énergétique semble d’une part difficilement applicable pour certains pays et semble d’autre part rendre plus rigide la hiérarchie actuelle des puissances

La transition énergétique pose un problème de soutenabilité morale pour les pays en développement. En effet, ces derniers cherchent à favoriser leur croissance et acceptent difficilement de sacrifier cette dernière pour adopter la transition énergétique.

Plus encore, la transition énergétique semble rendre plus rigide la hiérarchie actuelle des puissances. En effet, tous les pays ne parviennent pas à avoir la même cadence sur la question de la transition énergétique. Cette différence de rythme s’observe aussi d’un point de vue régional dans la mesure où l’Europe, par exemple, est très avancée sur le marché du bio par rapport aux autres régions.

 

Conclusion

Finalement, la transition énergétique réactive la frontière Nord Sud dans la mesure où cette dernière requiert d’importants investissements dont ne disposent pas tous les pays. De plus, la transition énergétique nécessite l’utilisation de minerais stratégiques inégalement répartis sur la carte. Ainsi, la transition énergétique libère les acteurs du nord de la dépendance mais affirme la dépendance des pays du Sud vis-à-vis des pays du Nord. Il y a donc le risque d’une nouvelle fracture de la carte liée à la transition énergétique. Cependant, il n’en demeure pas moins que les enjeux environnementaux ne sont pas majeurs ou décisifs aujourd’hui.

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