USA : La stratégie de Biden face à l’urgence climatique

                Alors que les Etats-Unis sortent de quatre années mouvementées avec le mandat de Donald Trump, Joe Biden, entré en fonction il y a à peine trois mois, commence déjà à plancher sur de grands chantiers pour le pays, en pleine crise sanitaire et économique. L’un des grands axes de sa campagne était d’ailleurs l’élaboration d’une politique environnementale ambitieuse. Joe Biden compte en effet retrouver et amplifier la diminution des émissions de CO2 américaines. Celles-ci avaient baissé de 14.4% entre 2007 et 2017, avant de connaître une hausse de 3.4% en 2018, la plus importante depuis 20 ans à l’exception du rebond post crise des subprimes en 2010, conséquence de la politique environnementale laxiste menée par Donald Trump. Entre « contre-trumpisme » et projection à long terme ambitieuse, analyse de la stratégie environnementale de Biden.

 

La stratégie du « contre », ou comment sortir du mandat environnemental de Trump

                D’abord, dans la continuité de sa campagne qui s’était en partie articulée autour d’un anti trumpisme pleinement assumé, Joe Biden compte mettre fin à la politique environnementale menée par son prédécesseur, qu’il avait qualifié de « pyromane du climat » durant sa campagne. Le président élu a promis un imminent retour des Etats-Unis au sein de l’accord de Paris sur le climat, que Trump avait quitté en 2017. De plus, le mandat de Joe Biden sonne déjà la fin de la politique énergétique du « America First », fer de lance de la politique de Trump. Dès son investiture, en janvier, Biden a enterré le projet de pipeline Keystone XL. Ce gigantesque chantier à plus de 9 milliards de dollars, né en 2008, prévoyait l’extension du pipeline de Keystone, qui relie les gisements de sables bitumeux du sud-ouest canadien aux raffineries américaines du Golfe du Mexique. Annulé en 2015 par Barack Obama, il est relancé en 2017 dès l’arrivée de Donald Trump au pouvoir.

                Mais Joe Biden ne compte pas s’arrêter à ce projet symbolique dans sa stratégie du « contre ». Fin janvier, le nouveau président signait déjà un moratoire sur les concessions de forages pétroliers dans les terres et les eaux américaines accordées par Trump, mais aussi la restauration de l’obligation pour les organismes fédéraux de diminuer leurs émissions de CO2 en 10 ans ; mesure adoptée par l’administration Obama que Trump avait suspendue. Les monuments naturels américains sont également dans le viseur de la Maison Blanche. En effet, l’administration Trump avait réduit la superficie de plusieurs d’entre elles pour les ouvrir à l’exploitation gazière et pétrolière notamment, à l’image du Bears Ears, dont la taille avait été réduite de 85%. Joe Biden promet ainsi la protection de 30% du territoire américain. Enfin, symbole du retour des Etats-Unis sur la scène internationale, le nouveau président a promis de publier des classements montrant les pays qui n’honoraient pas leurs engagements pour le climat.

 

La politique de Biden à long-terme : l’ambitieux plan d’investissement à 2000 milliards de dollars

             Outre cette intensive stratégie du « contre », portée par de nombreux décrets présidentiels, Joe Biden prévoit la mise en place d’un gigantesque plan d’investissement en infrastructure chiffré à 2 000 milliards de dollars d’ici 2050. Ce plan massif de dépenses publiques concernera, s’il est adopté, 4 grands domaines chacun regroupant plusieurs secteurs de l’économie (voir schéma). En particulier, ce plan prévoit d’allouer 621 milliards de dollars au réseau de transport américain, dont 174 milliards rien que pour la transition vers l’électrique, notamment pour le rééquipement des usines automobiles. Joe Biden ne compte donc pas lésiner sur les moyens pour transformer le secteur n°1 des émissions de CO2 aux Etats-Unis, sans compter la construction de 500 000 stations de recharges électriques pour 2030 ou le passage de 20% du réseau de ramassage scolaire à l’électrique d’ici la même année. Autre secteur cible du plan d’investissement de Biden : le secteur de l’énergie. On l’a vu avec sa politique du contre et ses nombreux décrets déconstruisant la politique énergétique de Trump, Joe Biden fait de l’énergie américaine une de ses priorités pour lutter contre le réchauffement climatique, d’autant plus que grâce à l’exploitation récente du gaz et du pétrole de schiste, les Etats-Unis sont dorénavant le premier pays producteur des deux énergies fossiles. Ainsi, d’ici 2050, Biden compte dépenser 100 milliards de dollars dans le secteur de l’énergie, principalement sous forme d’avantages fiscaux pour inciter les entreprises à utiliser des énergies « propres » et à limiter leurs émissions de CO2. D’autre part, non seulement le président élu compte mettre en vigueur une obligation d’utiliser des énergies « propres » pour les bâtiments fédéraux, mais aussi instaurer un CES (Clean Electricity Standard) au niveau fédéral. Ce système, déjà en vigueur en Californie, contraint les fournisseurs d’électricité à distribuer une certaine proportion d’électricité issue de sources « propres », comme les énergies renouvelables. L’objectif de telles mesures (CES et avantages fiscaux) est la dynamisation d’une demande de long-terme en énergies propres. D’ici 2030, la Maison Blanche se fixe par exemple comme objectif de produire 30 GigaWatts via l’éolien en mer.

            Si ce plan d’investissement ambitieux est largement salué par un consensus d’experts sur le climat, son adoption reste relativement incertaine, parce que Joe Biden est obligé de faire passer un tel projet d’investissement par le Congrès. Or, bien que la Chambre des Représentants, commandée par une majorité relativement confortable de démocrates, soit certainement favorable au projet, le Sénat, passé lui aussi sous égide démocrate début 2021, n’assure aucune garantie quant à l’adoption d’un tel plan. Effectivement, la majorité démocrate ne dispose que d’une unique voix d’avance sur les républicains, qui se montreront sûrement très réticents à l’idée de dépenser 2 000 milliards de dollars publics. Néanmoins, le récent rapport d’Amol Phadke, scientifique à l’université de Berkeley, démontre que les Etats-Unis peuvent atteindre 100% d’énergies propres d’ici 2035, dont 90% grâce à des technologies déjà existantes. D’ailleurs, 37% de l’électricité américaine est aujourd’hui déjà produite sans émissions de gaz à effet de serre, dont 20% via la technologie nucléaire.

Répartition des dépenses du plan Biden

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