L’origine de la violence dans le Léviathan d’Hobbes

Le thème au programme cette année pour l’épreuve de culture générale pour les classes préparatoires commerciales est “la violence”. Cette notion est intéressante dans la mesure où elle peut recouvrir des actes, des situations plurielles et avoir un impact sur l’individu. Un des auteurs les plus intéressants concernant la notion de violence est Hobbes, et notamment son ouvrage Le Léviathan (1651) qui traite de la formation de l’Etat et de la souveraineté. 

Dans cet article, nous te proposons un résumé du chapitre 13, intitulé “De la condition du genre humain à l’état de Nature concernant sa félicité ou sa misère” dans lequel il expose son idée selon laquelle la violence est liée à l’état de nature, où s’exerce la « théorie du droit naturel » : c’est le moment d’une guerre de chacun contre chacun, qui conduira à l’instauration de l’Etat par le contrat mais que l’Homme n’oubliera jamais réellement, restant toujours sur ses craintes.

 

Le principe d’égalité

Ce chapitre entier repose sur le principe de l’égalité par nature des humains entre eux. Un homme faible physiquement peut aussi bien tuer un homme fort, par des manœuvres secrètes ou en faisant des alliances. L’égalité de l’esprit est ainsi plus grande que celle de la force. On peut prendre l’exemple de la prudence qui est

« l’égale expérience que tous les hommes ont, en temps égale, de ces choses dans lesquelles ils s’impliquent également ».

Cette égalité peut être difficile à voir à cause de la nature humaine : chacun voit sa propre intelligence de près et celle des autres de loin  on s’estime toujours plus sage que les autres. Mais cela prouve, dans cette perspective, que les humains sont plus égaux qu’inégaux. (Si ce n’est seulement égaux dans leur vanité). 

 

L’égalité engendre la défiance

La vanité dans l’esprit engendre une égalité dans l’espérance de parvenir à nos fins. Donc si deux hommes désirent une seule et même fin (leur conservation ou leur jouissance en général), ils deviennent ennemis et s’affrontent pour obtenir cette fin. Il y a toujours le même danger de se faire prendre son bien par un ou plusieurs autres. 

 

Lire plus : Interview avec Anne-France Grenon sur le thème de la violence

 

La défiance engendre la guerre 

A cause de cette défiance, l’homme anticipe raisonnablement sa sécurité par la force et la ruse, il se fait maître du plus grand nombre de personnes possibles, afin de contrer les potentielles puissances qui pourraient le mettre en danger. Il agit dans l’intérêt de sa propre conservation, ce qui est permis. 

Cependant certains apprécient le sentiment de puissance et continuent d’attaquer pour l’augmenter. Par extension, les autres augmentent leurs propres puissances en attaquant à leur tour (car rester sur la défensive n’apporte rien).

« Une telle augmentation du pouvoir sur les autres étant nécessaire à la conservation de soi, il faut qu’elle soit permise. »

De même, pour Hobbes la présence d’autrui est cause de déplaisir et donc pas moyen de vivre entre hommes sans une puissance capable de « les tenir tous en respect ». De fait, chacun se mesure à autrui, et la présence du regard d’autrui sur soi est considérée comme un défi. A la première trace de mépris, l’homme tente d’imposer sa puissance à l’autre. 

Ainsi, il y a trois causes principales de conflits pour Hobbes : 

  • La compétition, attaquer pour le profit, la violence pour se rendre maitre 
  • La défiance, attaquer pour la sécurité, la violence pour se défendre
  • La gloire, attaquer pour la réputation, la violence pour des détails et signes de sous-estimation soit sur la personne, soit par extension (sur famille, amis, nation, etc.)

 

Hors des états civils, il y a toujours une guerre de chacun contre chacun

Ainsi, tant qu’il n’y a pas de puissance commune pour imposer respect et effroi, la condition des hommes est celle de la guerre de chacun vs chacun. 

La guerre selon Hobbes n’est pas seulement dans la bataille ou l’acte de combattre, mais u 

« espace de temps au cours duquel la volonté d’en découdre par un combat est suffisamment connue ».

Il faut donc prendre en compte la notion de temps dans la nature de la guerre. Il y a une analogie avec le mauvais temps : on parle de mauvais temps en général, pas juste à chaque averse. Un tout autre temps que celui de la guerre est celui de la paix.



Inconvénients d’une telle guerre 

Les conséquences du temps de guerre sont les mêmes que dans l’absence d’une puissance commune sur les hommes : il n’y de place pour aucune entreprise car « le bénéfice en est incertain ». Plus de commerce, d’échanges, d’agriculture, de voyages, plus de mesure du temps ou de travail de connaissance du monde, plus de société + le pire :

« il règne une peur permanente, un danger de mort violente. La vie humaine est solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève ».



Thèse fondamentale

Sa thèse fondamentale est que la nature dissocie les humains. Si la vie civique est la vie de paix, elle est artificielle. La vie naturelle est celle de la défiance et de la guerre, due à la vanité. 

Cela peut paraitre étrange et il faudrait le confirmer par l’expérience  regarder la manière dont on ferme à clef nos maisons ou nos coffres forts etc. tout en sachant qu’il y a des lois pour pallier aux torts potentiels. Ces actions sont parlantes du regard que porte l’homme sur l’homme. 

Ce n’est pas la peine pour autant d’accuser la nature : Il n’y a pas de péché dans la nature (humaine). Tant qu’il n’y a de loi faite, on ne peut les connaitre. Et on ne peut faire de loi tant qu’on ne s’est pas mis d’accord sur la personne qui la fera. 

Puisque par définition il n’y a pas de loi ni de puissance commune à l’état de nature, il ne saurait donc y avoir de péché ou d’injustice. 

On peut supposer que ce temps sans puissance commune n’a jamais existé. Mais il n’en reste pas – que de tous temps, rois et détenteurs de l’autorité souveraine, par leur indépendance, s’envient en permanence le pouvoir des uns et des autres et se mettent « dans l’état et l’attitude des gladiateurs » en pointant les armes. CEPENDANT, ils protègent ainsi leurs sujets, donc cela n’engendre pas de ruine provoquée par la liberté d’individus particuliers. 



Dans une telle guerre, rien n’est injuste 

La conséquence de cette guerre de chacun contre chacun est que rien n’est injuste. Les notions du bon, du mauvais, du juste, de l’injuste n’ont pas leur place. Là où pas de puissance commune, pas de loi. Là où pas de loi, rien n’est injuste. Justices et injustice sont des qualités relatives à l’humain en société et non à l’humain solitaire. Dans cet état il n’y a pas non plus ni propriété, pouvoir, ni tien ou mien. C’est dans cet état que l’homme se retrouve par nature et il peut pourtant en sortir par les passions ou par la raison. 

Les passions qui poussent les humains à faire la paix sont la peur de la mort, le désir des choses nécessaires à une existence confortable et l’espoir de les obtenir par les activités. La raison suggère des articles de paix adéquats sur lesquels on se met d’accord. Ces articles sont appelés Lois de nature.

La raison pour Hobbes est alors le calcul suscité par la peur de la mort. Elle consiste à se représenter l’avenir, à faire le calcul des conditions nécessaires à l’obtention d’un bien dans l’avenir. La notion de raison est ainsi  liée à celle de puissance. 

 

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En conclusion, ce chapitre est très intéressant pour étudier la notion d’état de nature chez Hobbes afin de comprendre ce qui peut être à l’origine de la violence entre les Hommes, à savoir un état de guerre permanent sans puissance commune, et donc expliquer sa célèbre formule « l’homme est un loup pour l’homme ».

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