Le 17 septembre 2026, les lycéens de Créteil décident de bloquer leur établissement pour mettre en lumière l’insalubrité et l’accumulation des problèmes de l’Éducation nationale, auxquels les derniers gouvernements n’ont pas su répondre. Ce mouvement s’est rapidement étendu à tout le pays par des blocus de solidarité ou motivés par les mêmes raisons. Cependant, la France n’est pas à l’origine de ce soulèvement : elle est la caisse de résonance, à travers le monde, d’une jeunesse qui se rebelle contre les institutions en Europe.
Une jeunesse qui embrase les Balkans
Les étudiants serbes à la tête du pouvoir
Le 1ᵉʳ novembre 2024, l’effondrement du toit en béton de la gare de Novi Sad, en Serbie, a causé la mort de 15 personnes et fait plusieurs blessés graves. Cet accident est un symbole fort de la corruption systémique du pays et du manque de transparence dans les dépenses publiques. En effet, cette gare avait été rénovée peu de temps avant l’incident. Depuis, la jeunesse manifeste pour réclamer des poursuites judiciaires contre les responsables politiques et les entreprises impliquées dans la rénovation. Son slogan emblématique, « Ne mentez pas à ma grand-mère », illustre une rupture générationnelle. Les jeunes protestent contre la désinformation, le contrôle des médias par le pouvoir et la fuite des cerveaux. C’est un avenir démocratique que réclame cette jeunesse serbe en descendant dans la rue.
Le 15 mars 2026, 300 000 manifestants se rassemblent à Belgrade devant les bureaux de la RTS, poussant les journalistes à délocaliser leur JT. La RTS, première télévision nationale avec 30 % d’audience, est un symbole. En 2000, la chute de Milošević avait débuté par l’invasion de la télévision d’État, et Aleksandar Vučić, l’actuel président, avait commencé sa carrière comme ministre de l’Information du dictateur. Aujourd’hui, la chaîne sert le pouvoir en discréditant le mouvement citoyen. En septembre, après la démission du président Vučić pour se présenter aux élections législatives anticipées, c’est tout le mouvement étudiant qui prend une dimension politique. Celle-ci se concrétise le 25 octobre 2026 par la victoire de la liste étudiante aux élections législatives, avec 140 sièges sur 250, et par la reconnaissance de sa défaite par Vučić, ce qui met fin à 14 ans de domination politique.
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En Albanie, le chemin est encore long pour se faire entendre
En Albanie, l’heure n’est pas encore à la fête. Les manifestations se poursuivent depuis mai contre le projet touristique de Jared Kushner (gendre de Donald Trump) sur l’île de Sazan et le site de Zvërnec. Le mouvement s’est ensuite mué en contestation générale, baptisée « révolution des flamants roses », contre la corruption et contre le Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis 2013, avec le slogan « Edi Rama, démission ! ».
Le 13 octobre, des centaines d’étudiants se rassemblent devant le ministère de l’Éducation pour une manifestation sans précédent. Les forces de police interviennent rapidement pour calmer la foule. L’UE appelle à la désescalade et à une enquête rapide sur les accusations de recours excessif à la force par la police. Ces manifestations n’ont pas abouti à une victoire de la jeunesse, bien au contraire : c’est le nouveau projet de loi d’Edi Rama qui, le 25 octobre 2026, décourage toute la jeunesse de descendre dans la rue.
Une jeunesse qui se soulève pour son avenir
Même si c’est dans les Balkans que ce mouvement démarre véritablement, les lycéens français ont posé le premier cadre de négociation avec l’État, qui a inspiré leurs voisins européens. En Allemagne, le lundi 12 octobre, environ 150 élèves du lycée français de Berlin ont bloqué leur établissement, puis, le vendredi 16 octobre, des élèves du lycée de Friedrichshain, à Berlin, ont bloqué l’accès à leur bâtiment pour réclamer plus de moyens. En Grèce, le 21 octobre 2026, 20 000 personnes ont manifesté dans plus de 50 villes, avec des banderoles reprenant des slogans français : « Étudier ou survivre ? » et « Le monde est à nous ».
Ces manifestations de solidarité portent les mêmes revendications, celles d’une jeunesse qui craint pour son avenir. Dans le secondaire grec, il reste 15 000 postes à pourvoir, selon les chiffres de l’OLME. Des toitures se sont effondrées à Korydallos, à Lamia et à Thessalonique. Le jeudi 8 octobre, des syndicats étudiants et les jeunes du Parti démocrate italien se sont investis dans les universités, d’abord milanaises et romaines, puis dans tout le pays, en plantant des tentes pour revendiquer l’abolition progressive des frais de scolarité, des transports gratuits, le plafonnement des prix des repas universitaires et un plan national pour le logement étudiant. En France et en Italie, les lycéens dénoncent les mêmes conditions d’apprentissage, dégradées et très inégales selon les villes et les établissements, ce qui révèle un malaise plus profond.
Une jeunesse qui révèle une crise sociale et politique plus profonde
En France, les manifestations des 17 et 24 octobre 2026 ont largement dépassé le cadre de l’éducation. Elles ont réuni respectivement plus de 800 000 manifestants, puis 500 000 une semaine plus tard, pour dénoncer la crise sociale et politique. À seulement six mois de la présidentielle, le mouvement ne va pas s’arrêter. La CGT appelle déjà à une grève générale le 5 novembre et à des manifestations tous les samedis.
Le malaise d’une crise sociale autour de la vie chère
La mobilisation nationale « Italia in piazza » contre la vie chère s’est poursuivie à Milan les 17 et 18 octobre 2026. Des émeutes ont aussi été signalées à Turin, à Bergame et à Bologne. La semaine suivante, une grève des routiers et des agriculteurs a bloqué toutes les autoroutes italiennes pour protester contre le prix des carburants. Ces manifestations ont déjà eu un fort impact sur l’économie italienne, avec un manque d’approvisionnement dans les supermarchés napolitains. Le gouvernement a réagi en annonçant un milliard d’euros d’aides aux transporteurs.
En Espagne, l’élément déclencheur a été l’expulsion de Maricarmen Abascal, une Madrilène de 87 ans qui vivait dans son appartement depuis sept décennies, après que la société immobilière propriétaire a voulu augmenter son loyer de 275 %. Par la suite, un campement de centaines de personnes sur la Puerta del Sol, à Madrid, à l’initiative du Syndicat des locataires, a fait connaître son histoire et déclenché une protestation devenue virale depuis. En effet, la crise du logement en Espagne est grave : selon la Banque d’Espagne, il manquerait 700 000 logements dans le pays. Athènes connaît aussi cette crise, avec une hausse des loyers de plus de 115 % en dix ans, ce qui a conduit à des manifestations dans la capitale.
Les manifestations ont poussé les pouvoirs publics dans leurs retranchements
Face à la montée des extrêmes en Europe, à Magdebourg, la manifestation s’est transformée en marche pour la démocratie, à la veille des élections régionales de Saxe-Anhalt, qui ont tourné à l’avantage de l’AfD. Ces manifestations ont aussi poussé les gouvernements à prendre des décisions pour calmer la ferveur populaire.
Pourtant, ces décisions n’ont pour l’instant pas convaincu. En Espagne, le 2 octobre 2026, le Congrès a rejeté, par 184 voix contre 16 seulement, un décret qui prévoyait de prolonger jusqu’en 2030 la protection contre les expulsions des ménages vulnérables, d’encadrer davantage les locations saisonnières et de chambres, de limiter les achats de logements par les fonds d’investissement et de prolonger certains contrats de location. Ce rejet a conduit à la convocation d’élections législatives anticipées, fixées au 29 novembre. En France, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation, a proposé de nouvelles mesures, comme la suppression de Parcoursup, qui n’ont pas fait l’unanimité.
Est-ce un printemps européen qui se profile ?
Il est très tôt pour nommer ainsi ce phénomène ; pourtant, il présente des similitudes avec ce qu’ont connu les pays arabes et du Maghreb au début des années 2010. Tout d’abord, la violence exacerbée dans les deux camps rappelle ces évènements. Le gouvernement français annonce 2 513 interpellations et près d’un millier de membres des forces de l’ordre blessés. De plus, la réponse de l’exécutif a été sécuritaire : couvre-feux dans plusieurs régions du pays et interdictions de manifester dans les centres-villes. En Italie, plus de 5 000 policiers et 500 soldats ont été mobilisés, et pourtant, à Milan, les associations d’entreprises chiffrent les dégâts à un demi-milliard d’euros. Giorgia Meloni a réagi aux manifestations par un nouveau décret sécuritaire prévoyant la détention préventive dès 14 ans et des amendes pour les parents de mineurs auteurs de dégradations.
Une deuxième similitude est notable : l’ingérence étrangère. L’UE la soupçonne et mène une enquête sur d’éventuelles campagnes de désinformation en ligne autour des émeutes françaises et d’épisodes similaires ailleurs en Europe. Des comptes prorusses et d’extrême droite, déjà liés à des campagnes passées, auraient diffusé des vidéos violentes. L’Iran et l’Algérie seraient aussi soupçonnés. D’après le service diplomatique de l’UE, la France est le deuxième pays d’Europe continentale le plus visé par des manipulations de l’information soutenues par des États, après l’Ukraine. Le ministre de la Défense italien Guido Crosetto parle d’une « guerre hybride » menée via les réseaux sociaux, sans que l’Occident ne la voie ni ne réagisse. En Albanie, le Premier ministre Edi Rama a dénoncé une ingérence étrangère. Cependant, certains journaux, comme La Republica en Italie, évoquent un adversaire sans tête, issu d’un mouvement social né spontanément et amplifié par les réseaux sociaux.
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