Comprendre la situation géopolitique de l’Afghanistan en 6 questions

De multiples articles ont déjà été publiés sur l’Afghanistan ces derniers jours, souvent développant une unique question en profondeur. L’article ci-dessous a au contraire vocation à offrir une approche moins pointue mais plus générale.

 

Qui sont les Talibans ?

A l’origine, les Talibans sont des « étudiants » (talib) pakistanais et afghans issus d’écoles coraniques. Les premiers d’entre eux se sont élevés contre les forces d’occupation soviétiques durant la guerre d’Afghanistan (1979-1989). Le mouvement prend de l’ampleur en 1994 quand le mollah Omar en prend les commandes, les Talibans parviennent à s’armer de manière conséquente et jouissent notamment du soutien des services secrets pakistanais. Ils font la conquête de Kaboul, la capitale afghane, en 1996 et sous leurs commandes l’Afghanistan devient un émirat islamique jusqu’à l’intervention américaine de 2001. Le mollah Omar décède en 2013 et depuis 2016 le mouvement est dirigé par Haibatullah Akhundzada.

 

Comment les Talibans ont-ils pris le contrôle de l’Afghanistan ?

Alors que les Talibans n’avaient la main que sur quelques provinces lors du retrait américain en mai 2021 ceux-ci se sont emparés du reste du pays en moins de deux mois face à une armée afghane totalement dépassée. Pourtant, l’armée afghane est quatre fois plus nombreuse et bénéficie du soutien financier et logistique des Etats-Unis. Les trois causes principales à cette déroute seraient le manque de munitions dû à des difficultés d’approvisionnement, l’absence de soutien aérien ainsi qu’une profonde corruption : les effectifs de l’armée afghane auraient été gonflés pour accroitre l’aide perçue par les E-U d’une part, et des soldats de l’armée afghane auraient accepté de poser les armes sans combattre en échange d’argent de la part des Talibans d’autre part.

 

Quel est l’objectif des Talibans ?

Traditionnellement, ils revendiquent une application ferme de la charia (loi islamique) dans la vie quotidienne, restreignant en particulier les droits des femmes : interdiction de poursuivre des études dans le secondaire, de travailler, ou de sortir sans être intégralement voilée et accompagnée d’un homme. Mais face à la montée des contestations, les Talibans prétendent cette fois instaurer un régime davantage inclusif, qui sauvegarderait notamment la plupart des droits des femmes. Les Talibans ne cherchent pas pour le moment à étendre leur influence au-delà des frontières de l’Afghanistan contrairement aux organisation terroristes comme Daesh ou Al-Qaida.

 

D’où vient l’argent des Talibans ?

Les Talibans parviennent à récolter des sommes colossales, jusqu’à 1,6 milliard de dollars par an. Dans un rapport de juin 2021 l’ONU révèle que « la majeure partie de cet argent provient d’activités criminelles telles que la production d’opium, l’extorsion et les enlèvements contre rançon”. Par ailleurs, les Talibans ont annoncé qu’ils interdiraient le commerce de l’héroïne et de l’opium qui les a pourtant financé pendant de longues années. Mais pour compenser la perte de cette rente ils peuvent compter sur l’exploitation des gisements de lithium dont ils se sont emparés, estimés à 1000 milliards de $. Le lithium étant en particulier utilisé pour confectionner des batteries de voiture et de smartphone.

 

Quels sont les principaux changements induits par ce nouveau régime ?

Dans un premier temps, un conseil de coordination s’est formé entre les Talibans et les anciens membres du gouvernement afghan afin de réaliser un transfert pacifique du pouvoir. Dans une conférence de presse tenue le 17 aout, le porte-parole des Talibans Zabihullah Mujahid a affirmé que l’Afghanistan ne représenterait une menace pour aucun pays, que les droits des femmes seraient respectés dans le cadre de l’Islam, elles pourront étudier et travailler, et que les médias subsisteront pourvu qu’ils respectent la charia. Pour autant, le New York Times rapporte que selon des témoignages plusieurs femmes ont été forcées de quitter leur bureau et le site afghan Gandhara affirme que les Talibans ont fermé de nombreux médias à travers le pays. Il semble donc y avoir un décalage conséquent entre les promesses des Talibans et la pratique.

 

Comment a réagi la communauté internationale ?

L’UE a reconnu la victoire des Talibans mais dénonce la terreur qu’ils font peser sur la population et craint une nouvelle crise migratoire similaire à celle de 2015 puisqu’un demi-million de personnes pourraient quitter l’Afghanistan. Au niveau des évacuations, la priorité est donnée aux ressortissants et aux Afghans qui ont collaboré avec les Occidentaux. Pour autant, les récents attentats suicides commis par Daech à l’aéroport de Kaboul et qui ont fait plus de 100 victimes dont 13 soldats américains pourraient changer la donne mais pour le moment le président américain Joe Biden a confirmé le retrait total des troupes avant la date butoir du 31 août et a promis des représailles contre l’EI.

L’Europe a également exprimé sa volonté de tout mettre en œuvre pour exhorter les Talibans à respecter les droits de l’homme. Un sommet virtuel du G7 s’est normalement tenu cette semaine afin de réfléchir à une stratégie commune vis-à-vis du régime des Talibans. Mais si les pays occidentaux fuient le danger notamment en fermant leurs ambassades, la Russie et la Chine au contraire courtisent les Talibans afin d’implanter leur influence dans la région et de mettre la main sur les précieuses ressources naturelles du pays.

 

Conclusion

L’Afghanistan est au cœur d’un jeu d’influence entre les grandes puissances qui pourrait donner lieu à des basculements géopolitiques considérables. Ce qui ressort par-dessus tout c’est bien évidemment une perte de prestige des E-U, qui laissent le pays au mains des Talibans 20 ans après leur première intervention, face à une Chine toujours plus opportuniste qui y voit une occasion de s’implanter en Afghanistan et éjecter définitivement les Américains du pays.

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