L’Afrique Subsaharienne: vers un futur décollage économique ?

L’Afrique subsaharienne est la partie du continent située au Sud du Sahara et qui abrite 48 États. C’est la région la plus pauvre d’Afrique, et la plus pauvre du monde avec un  PIB par habitant moyen de 3 800 $ contre une moyenne mondiale de 17 000 $. En effet, cette région du monde abrite la moitié des pauvres de la planète. L’espérance de vie y est de 60 ans contre 71 ans en moyenne et 83 ans en France.  Bien qu’étant le berceau de l’humanité, cette région du monde est longtemps restée à l’écart du reste du monde, ce qui s’explique par sa situation géographique complexe (le désert du Sahara ralentit fortement les échanges) et son héritage historique. Pourtant, cette Afrique semble aujourd’hui commencer à s’intégrer dans le processus de mondialisation comme toutes les parties du monde ce qui laisse présager une éventuelle croissance et un développement.
 
Mais entre des retards conséquents dans de nombreux domaines, des problèmes d’insécurité et d’infrastructures, l’Afrique Subsaharienne peut-elle vraiment espérer un décollage économique et une croissance soutenue dans les années à venir ? 

1. Les sociétés africaines font face à des difficultés qui entravent la croissance et le développement…

A. Une transition démographique tardive et incontrôlée

  • Explosion de la population africaine subsaharienne, avec une multiplication par 5 depuis 1950. L’Afrique Subsaharienne concentre aujourd’hui plus d’1 milliard d’habitants.
  •  Des grossesses souvent trop précoces qui constituent un frein à l’éducation des jeunes filles.
  • La transition démographique très rapide qui s’opère depuis 1950 a créé des problèmes de chômage et limite les opportunités offertes.

B. Des conséquences déstabilisantes

  •  Une population très jeune, la plus jeune du monde, avec un âge médian de 15 ans.
  • Classes surchargées, manque de cadres, chômage rural, chômage urbain.
  • Des villes qui explosent avec exode rural et accroissement naturel. 50% de la population urbaine vit dans des bidonvilles. Un monde de bidonvilles , Julien Damon

C. L’émigration: une bonne solution pour la région

  • Les transitions démographiques s’accompagnent historiquement de mouvements d’émigration, comme en Europe au XIXe siècle.
  • Des migrations essentiellement de voisinage qui déstabilisent et créent des tensions. Des départs, mais moindre ruée vers l’Europe aujourd’hui qu’auparavant.
  • Conséquences : négatives avec un brain drain, mais aussi positives avec les remises en devises.

2. ... Mais cela n'empêche pas une croissance et un enrichissement sous le signe de la dépendance

A. Des économies de rente

  • Un continent exportant des matières premières et des produits agricoles (origine coloniale de cette orientation).
  •   D’où un enrichissement dans le contexte de la croissance mondiale depuis les années 2000, notamment pour les produits pétroliers et ceux de la révolution numérique (cuivre zambien, coltan du Kivu.…).
  •  D’où les investissements des grandes puissances industrielles : Chinafrique, présence française et américaine qui demeure, intérêts allemands et russes.

• Problème : la maladie de la rente (Dutch disease).

B. Des démarrages industriels réels et porteurs d’espoir

  •  Les pays non rentiers s’orientent peu à peu vers l’industrie.
  •  L’Ethiopie, une industrialisation rapide – le nouveau Bangladesh ?
  • Le Rwanda, un enrichissement et un développement rapide
  • Problèmes : des coûts élevés (risques politiques et infrastructures peu fiables)

C. Le numérique : secteur de l’avenir pour  l’Afrique Subsaharienne ?

  •  L’« Avantage de l’arriération » (Alexander Gerschenkron) – Ainsi le fait d’avoir pris du retard permet de sauter certaines étapes et d’adopter immédiatement des technologies plus avancées, en dépassant ainsi les populations qui ont, elles, un héritage technique.
  •  Dynamisme nouveau au niveau du numérique (55% de la population possède désormais un smartphone)
  • Des applications innovantes avec M Pesa ou Cardiopad. Le Kenya a le premier inauguré le paiement par smartphone

3. Les sociétés africaines font face à des difficultés qui entravent la croissance et le développement…

A. Politique du ventre

  • Richesses accaparées par les élites, “politique du ventre“ (Jean-François Bayart, L’Etat en Afrique : la politique du ventre, Paris, Fayard, 2006) utilisant les richesses de l’État à des fins privées.
  •  Exemples de Mobutu, de José Eduardo Dos Santos en Angola.
  • Etat non légitime aux yeux des citoyens.

B. La guerre, une entrave réelle pour la croissance

  •  Des guerres civiles, qui ont touché tous les pays africains depuis les années 1990, la mondialisation ayant complexifié la situation avec l’assainissement des finances publiques des années 1990 (FMI) et la révélation de scandales.
  • Espaces touchés aujourd’hui : Sahel, Soudan du Sud, Somalie, Cameroun, RDC.
  • Spirales de violence sans fin avec des sociétés « brutalisées » : enfants soldats africains Allah n’est pas obligé, Ahmadou Kourouma
  • Ces guerres sont un frein au développement (sous-investissement, ressources humaines détruites) 

C. Mais si des changements majeurs s’opèrent alors un décollage est envisageable

  • Encouragement à la bonne gouvernance par la Mo Ibrahim Foundation.
  • Le Rwanda, bon élève malgré la politique controversée de Paul Kagame. Pas de politique du ventre, plutôt un despotisme éclairé d’inspiration singapourienne (accent sur l’éducation) mais censure et opposition réduite au silence.
  • Autres transitions bien orientées : Ethiopie d’Abilly Ahmed (prix Nobel de la paix 2019), Angola de João Lourenço.

Conclusion: La mondialisation a nécessairement un impact sur chaque région du monde. Ainsi, elle connecte les territoires mais dans un même temps elle fragmente et crée des clivages. En Afrique subsaharienne, pauvre et longtemps à l’écart du monde, les effets de la mondialisation sont également bien réels. Malgré une croissance permettant l’espoir (abaissement de la pauvreté de 60 à 40% depuis 1990, progrès au niveau de l’éducation,  émergence d’une petite classe moyenne), les difficultés demeurent réelles avec des sociétés qui font face à une pauvreté extrême et qui manquent d’opportunité pour l’avenir… Les pays d’Afrique subsaharienne sont donc porteurs d’espoir mais des progrès majeurs doivent s’opérer pour espérer un décollage économique et un développement à la hauteur du potentiel de cette région du monde. 

Solène Delhaye

Après avoir fait deux ans de classe préparatoire au lycée Montaigne à Paris, j'ai intégré l'EDHEC et je souhaite maintenant mettre à profit mes connaissances pour la rédaction d'articles en géopolitiques et en langues. J'espère pouvoir aider nombreux d'entre vous !

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