Les Semi-conducteurs, les nouveaux rois du monde

Résumé du podcast de France culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent

Les semi-conducteurs sont aujourd’hui au centre de la mondialisation et le cœur de rapports de force majeurs dans le monde. Au milieu de ces conflits de puissance on retrouve la Chine et les Etats -Unis : l’un y voit le moyen de sortir de sa dépendance aux importations freinant son développement tandis que pour l’autre, les semi-conducteurs sont le garant de leur contrôle sur les chaines de production.

 

Les semi-conducteurs, c’est quoi ?

De manière générale on désigne au travers l’appellation semi-conducteurs les industries de processeurs. Mais en réalité, les semi-conducteurs sont des matériaux indispensables au fonctionnement des circuits intégrés. C’est un marché extrêmement dépendant de la Recherche et Développement et extrêmement risqué, ce qui explique pourquoi les capacités de productions de semi-conducteurs restent limitées. En effet les entreprises de production de semi-producteurs ont tendance à favoriser la production en flux tendu pour faire face aux fortes fluctuations de demande de ce produit.

Par ailleurs, la complexité du marché des semi-conducteur s’est accentuée avec l’apparition d’une dé-verticalisation de la production des semi-conducteurs qui s’explique notamment par les fonds d’investissements vertigineux mobilisés pour développer ces produits. De fait, de plus en plus d’entreprises font aujourd’hui le choix de se concentrer soit sur la conception soit sur la fabrication des semi-conducteur selon leur budget financier. Cette fracture entre fabrication et conception est également visible à l’échelle géographique, avec une surreprésentation des entreprises asiatiques dans le secteur de fabrication des semi-conducteurs.

 

Les semi-conducteurs au cœur d’une compétition mondiale

 

Les 4 acteurs majeurs dans ce secteur sont les Etats-Unis, la Chine mais également Taiwan et la Corée du Sud. Également appelée la course à la miniaturisation, la maitrise des semi-conducteur en terme de conception et de fabrication est un objet de lutte sans fin entre ces 4 pays.

Dès le début de son mandat Joe Biden a donné le ton quant à l’importance des semi-conducteurs dans la stratégie économique américaine. En effet, le président a proposé d’investir près de 180 milliards de dollars de Recherche et Développement dans le secteur des semi-conducteur mais a également créer un fond de financement de 50 milliards de dollars dédié uniquement à cette branche de l’industrie ( le Chips for America Act). Mais cette lutte pour maitriser les semi-conducteurs va bien au-delà de simples investissements, puisque c’est une véritable guerre qu’a déclaré les Etats-Unis vis-à-vis de la Chine. En effet, Biden a décidé de maintenir les sanctions à l’encontre des entreprises chinoises, avec par exemple l’obligation pour les entreprises américaines de posséder une licence d’exportation vers les entreprises chinoises telles que Huawei ou SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corporation), qui est le plus gros fabricant chinois de puces électronique.

Le but de cette manœuvre ? Empêcher la Chine d’utiliser les semi-conducteurs pour sortir son épingle du jeu, à une période où le dirigeant Chinois souhaite faire du XXIème siècle le « siècle Chinois ». En effet, depuis les années 90 la Chine s’est faite remarquée pour ses investissements de plus en plus massifs dans des secteurs d’activité à valeur ajouté grandissante. Depuis 2010, ses efforts sont concentrés sur les nouvelles technologies et les semi-conducteurs, en témoigne le trillion de dollars qui a été investi dans le secteur grâce au plan China 2025 de Xi Jinping. En réalité, les semi-conducteurs seraient la voie royale pour rattraper le retard du pays vis-à-vis de l’Occident.

En parallèle de cette lutte sans merci entre les Etats-Unis et la Chine, deux autres pays ont réussi à se retrouver en position dominante dans cette compétition : Taiwan et la Corée du Sud. En effet Taiwan est aujourd’hui le leadeur mondial sur le marché des semi-conducteur. Ceci s’explique avant tout par une intervention étatique majeur, au travers de subventions vertigineuses dans le secteur mais également par les investissements massifs. L’entreprise emblématique de ce leadership est TSMC, notamment en ce qui concerne la miniaturisation des semi-conducteurs (en nanomètres). De son coté, l’entreprise coréenne Samsung s’est également révélée très compétitive dans ce secteur.

 

Quel rapport avec la crise actuelle des semi-conducteurs ?

Sans surprise, l’une des premières cause de la crise des semi-conducteurs est la complexité de sa chaine de production ainsi que sa localisation géographique. En effet, l’Asie a connu plusieurs épisodes malencontreux au cours de l’année qui sont venus altérer la fluidité de la production.

D’une part le maintien des restrictions commerciales vis-à-vis de la Chine a provoqué un appauvrissement en terme d’approvisionnement qui a ralenti le rythme de production des entreprises puisque le géant asiatique a répondu à cette sanction en augmentant de manière gargantuesque ses réserves de semi-conducteurs d’un coup.

D’autre part, la crise du Covid a eu plusieurs impacts néfastes sur le secteur. En effet, le confinement en Asie a été une source de ralentissement de production dans de nombreuses entreprises chinoises et taiwanaises. Par ailleurs, le confinement a également provoqué une explosion de la demande d’objets/gadgets électroniques, face à laquelle les entreprises de fabrication ont été incapables de faire face. Ce premier goulot d’étranglement a créé un effet domino sur de nombreux autres secteurs industriels qui utilisent les semi-conducteurs dans leur chaine de production, notamment le secteur automobile. En effet, pour faire face à cette demande exponentielle, les fournisseurs de semi-conducteurs ont fait le choix de favoriser les producteurs de téléphones/ordinateurs plutôt que le secteur automobile, conduisant au chômage technique de nombreuses entreprises comme Audit, qui se sont retrouvées à court de matériel.

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