Liban : Guerre d’influence

Liban : Guerre d’influence

Étudier le cas du Liban est primordial pour celui qui cherche à comprendre la nouvelle guerre froide à laquelle se livrent l’Arabie saoudite et la république islamique d’Iran au Moyen-Orient. Les montagnes de ce pays ont servi de refuges aux minorités religieuses persécutées à travers l’Histoire, cela explique, en partie, la présence d’une multitude de confessions religieuses sur le territoire.  

Ce petit pays d’une superficie de 10 452 km² est, depuis l’Antiquité, l’objet des convoitises de puissances régionales et mondiales. C’est sur les côtes de l’actuel Liban que les phéniciens ont construit les ports de Byblos, Sidon et Tyr. Les conquêtes d’Alexandre le Grand portèrent l’hellénisme jusqu’au Levant. L’empire romain édifia de nombreux monuments sur les terres du mont Liban datant de l’époque d’Auguste. Puis vint le temps de l’expansion de l’Islam au Moyen-Orient à travers les multiples empires musulmans : Omeyyade, Abbasside, Fatimide puis Ottoman. Après la Première Guerre mondiale, la France obtient de la Société des Nations un mandat sur la Syrie et le Liban. Le recensement de la population de 1932 a permis de créer « le pacte national » qui répartit le pouvoir entre musulmans sunnites, musulmans chiites et chrétiens maronites. La présidence de la République a été accordée aux chrétiens maronites, le poste de premier ministre aux sunnites, et la présidence de l’assemblée nationale aux chiites. Au Liban, le marqueur de l’identité est la communauté à laquelle on appartient plus que la nation.

Aujourd’hui secoué par une contestation populaire d’une ampleur sans précédent, il serait judicieux de revisiter le cas du pays cèdre pour étudier pourquoi cet État n’a, en réalité, jamais été indépendant.

Si le Liban fait aujourd’hui office d’État tampon entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, il a longtemps dû subir les conséquences tragiques de la guerre Israélo-palestinienne et du conflit Israélo-syrien. Tout d’abord, Il y a l’exode des palestiniens qui se réfugient au Liban après la première guerre israélo-palestinienne. Après la guerre des 6 jours de 1967, le sud du Liban est devenu une base arrière pour les combattants palestiniens et le parti palestinien Fatah devient un véritable État dans l’État au Liban. Israël réplique en installant une armée de supplétifs chrétiens libanais au sud du Liban. Puis, l’armée d’Israël, Tsahal, marche jusqu’à Beyrouth en 1982 ce qui contraint Yasser Arafat à l’exil en Tunisie. Par la suite, des troupes syriennes sont installées dans le Liban pour mettre fin à la guerre civile mais c’est aussi la création du Hezbollah chiite qui ne cessera de grandir pour devenir l’une des forces politiques et militaires les plus importantes du pays.

Voyant dans le Hezbollah un simple pantin dans les mains de l’Iran, Ryad s’inquiète de voir le Liban échapper à sa zone d’influence. Si le Hezbollah est considéré comme étant une organisation terroriste par les États-Unis, la France fait la distinction entre sa branche armée et le parti politique. Les élections législatives du 6 mai 2018 au Liban étaient très attendues, tant par la population que par les observateurs et puissances régionales. Le Hezbollah en est sorti plus puissant, c’est un parti très populaire auprès des populations chiites grâce à ses multiples actions sociales : construction d’écoles et d’hôpitaux, elle dispose de ses propres médias et crée des universités. Mais, évidemment, c’est l’Iran qui s’occupe du financement. Le Hezbollah a aussi été un acteur très important dans la guerre civile syrienne : grand allié du régime dans la lutte contre Daesh. Le Hezbollah s’oppose farouchement à Israël. L’État hébreu a même construit un mur à son frontière nord pour faire face au parti chiite. De son côté, l’Arabie Saoudite exerçait son influence sur le Liban à travers l’ex premier ministre Saad Hariri. Ce dernier est un musulman sunnite possédant la double nationalité saoudienne et sa famille possède une société de BTP qui siège à Riyad. Mais dans le sillage des manifestations qui secouent le pays, Saad Hariri a dû démissionner et la famille royale saoudienne craint de perdre son influence sur le pays. C’est à la base une simple taxe sur … Whatsapp qui fit sortir les libanais, exaspérés, dans la rue. Les participants au soulèvement populaire réclament un changement de classe politique par la nomination d’un gouvernement de transition, constitué de technocrates, et l’annonce d’élections anticipées. En effet, le système politique qui réparti le pouvoir selon les confessions religieuses favorise le clientélisme et la corruption et nuit grandement au développement du pays.

Le Liban depuis son indépendance… n’a jamais été réellement indépendant. Emporté malgré lui dans le conflit Israélo-palestinien, contraint de jouer l’État tampon entre Israël et la Syrie pour, finalement, se retrouver au milieu des ambitions saoudiennes et iraniennes, Le Liban trouvera-t-il,  l’élan libérateur loin des influences et ingérences étrangères ?

Khalil Lbadaoui

Je m'appelle Khalil, passé par une prépa ECS et aujourd'hui étudiant à NEOMA BS campus de Reims. Passionné de géopolitique, j'ai à coeur de vous donner une approche synthétique des grands enjeux de cette matière et de vous aider à bétonner votre méthode.

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