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Les Kurdes: un peuple sans État.

Sommaire

Introduction : L’actualité brûlante de la question kurde et les fondements démographiques

Le 25 août 2026, le général Mazloum Abdi a officiellement annoncé à Damas la dissolution des Forces démocratiques syriennes (FDS), marquant leur intégration définitive au sein de l’armée nationale syrienne. Cet événement géopolitique majeur clôture plus d’une décennie de gouvernance autonome kurde dans le nord-est syrien et replace la question kurde au cœur de l’analyse internationale. Estimée en 2026 entre 30 et 45 millions d’individus, la population globale des Kurdes représente aujourd’hui le plus grand exemple contemporain de nation sans État. Ce peuple majoritairement sunnite partage un territoire historique continu mais politiquement morcelé : le Kurdistan.

L’analyse de cette minorité révèle une répartition inégale entre la Turquie (14 à 20 millions de personnes), l’Iran (8 à 12 millions), l’Irak (5 à 8 millions) et la Syrie (1,7 à 3,6 millions). La géographie montagnarde du Taurus et du Zagros a historiquement fait office de refuge naturel, protégeant l’identité et la langue kurdes contre les projets d’assimilation des empires voisins. Cependant, ce relief accidenté a aussi favorisé un fractionnement féodal et tribal structurel, faisant obstacle à l’établissement d’une organisation étatique unifiée. Dès lors, la question kurde se pose comme un défi géopolitique central au Moyen-Orient : comment cette communauté si résiliente a-t-elle été privée de souveraineté et comment s’oriente son avenir à l’aune de la transition de 2026 ?

 



L’histoire géopolitique du Kurdistan : de la partition de Zuhab au déni de Lausanne

La partition géopolitique du Kurdistan s’inscrit dans le temps long. Le premier jalon historique remonte au Traité de Zuhab, signé le 17 mai 1639 entre l’Empire ottoman et la Perse safavide. Cet accord a divisé le pays kurde (70 % sous suzeraineté ottomane, 30 % sous contrôle safavide) sans le consentement des populations locales. Cette fracture territoriale a fait germer une première conscience proto-nationaliste, illustrée par le poète mystique Ehmedê Xanî (1650-1707). Dans son épopée Mem et Zin (1692), l’auteur utilise l’allégorie de deux amants séparés pour critiquer l’asservissement des siens et conceptualiser un État kurde reposant sur l’unification politique, la force armée et l’éducation en langue kurmanji.

Après la Première Guerre mondiale, la dissolution de l’Empire ottoman ranime l’espoir d’indépendance sous l’impulsion des principes d’autodétermination. Le Traité de Sèvres, signé le 10 août 1920, propose la création d’un territoire autonome kurde avec une option de souveraineté complète. Néanmoins, les nationalistes turcs dirigés par Mustafa Kemal Atatürk font voler en éclats ces promesses lors de la Guerre d’indépendance turque. Le Traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923, consacre la nouvelle République de Turquie mais passe sous silence absolu l’existence d’un territoire pour les Kurdes. Restreignant la protection aux seules minorités non musulmanes, le traité légitime des décennies de Turquification forcée et la négation d’une identité kurde assimilée à celle de simples « Turcs des montagnes ».

 

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Les Kurdes face aux États-nations : des luttes autonomistes irakiennes à la dissolution syrienne

Contraints de vivre sous la tutelle de régimes centralisateurs, les Kurdes ont développé des modèles divergents. En Irak, après la campagne génocidaire de l’Anfal et le massacre chimique de Halabja en 1988, l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne en 1991 a permis la création du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK). Consacré par la Constitution de 2005, ce quasi-État prospère géré par les familles Barzani et Talabani traverse aujourd’hui une crise de légitimité. Les élections de 2024-2025 ont révélé une abstention historique alors que Bagdad asphyxie financièrement Erbil, la Cour suprême ayant invalidé la législation kurde sur les hydrocarbures.

En Syrie, profitant du chaos de la guerre de 2011, les Kurdes ont établi en 2012 une autonomie au Rojava (la DAANES) inspirée du confédéralisme démocratique d’Abdullah Öcalan (fondateur du PKK). Ce modèle rejetait l’État-nation au profit d’assemblées directes, de la parité homme-femme (la « jinéologie ») et d’une économie coopérative. Cependant, la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 et la prise de pouvoir d’Ahmed al-Sharaa ont scellé sa perte. L’offensive militaire gouvernementale en janvier 2026 a acculé les forces du général Mazloum Abdi, contraint d’annoncer la dissolution complète des FDS le 25 août 2026 en échange d’une intégration dans l’État unitaire syrien. En contrepartie, le kurde devient langue officielle, la citoyenneté est rendue aux apatrides du recensement de 1962 et l’enseignement maternel en kurde est garanti.

 

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La Realpolitik internationale : les Kurdes comme éternels sacrifiés du grand jeu des puissances

La trajectoire des Kurdes souligne les écueils d’une dépendance militaire soumise à la Realpolitik. Contre l’État islamique (Daech) à partir de 2014, les combattants kurdes (YPG) ont été le fer de lance terrestre de la coalition. Une fois l’ennemi vaincu, la gratitude occidentale s’est effacée devant les intérêts stratégiques. Pour préserver les relations avec la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan, les États-Unis ont toléré l’invasion d’Afrine en 2018 et de Ras al-Ayn en 2019.

La question kurde sert d’exutoire transfrontalier face à la grève générale au Kurdistan d’Iran (Rojhilat) en janvier 2026, réprimée violemment par Téhéran (plus de 240 morts civils). En réponse, l’alliance de la Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien (CPFIK) créée en février 2026 pour ouvrir un front armé s’est heurtée à la géopolitique régionale. Redoutant un corridor d’indépendance incontrôlable, la Turquie a imposé son veto catégorique à tout projet américain d’armement de la CPFIK, prouvant que les minorités kurdes restent tributaires du veto des États souverains.



Le Kit Concours Mister Prépa : fiches de révision indispensables sur les Kurdes

Pour briller lors des épreuves de géopolitique contemporaine (HGG) des concours d’entrée aux grandes écoles de commerce, voici les données fondamentales à maîtriser sur les Kurdes :

  • 3 chiffres clés incontournables :
    1. 30 à 45 millions : L’estimation de la population globale des Kurdes au Moyen-Orient, confirmant leur statut de première nation sans État.
    2. 1639 : L’année de signature du Traité de Zuhab, scellant la partition historique pérenne du pays kurde.
    3. 1923 : L’année du Traité de Lausanne, texte d’effacement juridique qui enterre les espoirs d’indépendance de Sèvres.
  • 2 auteurs / concepts théoriques :
    1. Ehmedê Xanî (1650-1707) : Père spirituel du proto-nationalisme kurde littéraire et politique, auteur de l’épopée Mem et Zin.
    2. Le confédéralisme démocratique : Concept théorique de démocratie sans État, fondé sur la souveraineté locale des assemblées populaires, l’écologie sociale et l’émancipation paritaire des femmes.
  • 1 citation de référence à replacer dans une copie : Elle est extraite de l’introduction de Mem et Zin (1692) rédigée par Ehmedê Xanî : « Si nous pouvions former une union par accord / Et qu’à cette union nous nous soumettions tous, / Les Turcs, les Arabes et les Perses / Seraient tous à notre service ».


Conclusion : Quelle perspective prospective pour le peuple sans État des Kurdes ?

En définitive, la partition historique de 1639 consolidée par l’injustice institutionnelle de 1923 a durablement scellé le destin géopolitique des Kurdes. Pris en étau entre la brutalité des régimes centralisateurs régionaux et la versatilité des puissances de la Realpolitik, les Kurdes ont payé le tribut le plus lourd de la construction de l’État-nation au Moyen-Orient. L’effondrement récent de l’autonomie territoriale syrienne du Rojava en 2026 et l’asphyxie budgétaire du gouvernement d’Erbil mettent en exergue l’impasse stratégique du séparatisme armé au sein de frontières régionales cadenassées.

Pour l’avenir, le salut de la minorité des Kurdes ne réside probablement plus dans les armes, mais dans la transition vers une lutte civique et constitutionnelle. Comme l’illustrent les concessions linguistiques de 2026 concédées par Damas, la quête d’une reconnaissance formelle des droits d’éducation, de citoyenneté et de décentralisation administrative au sein même des frontières existantes constitue l’unique voie prospective de pacification durable. C’est en devenant des acteurs constitutionnels de premier plan que les Kurdes cesseront d’être les victimes perpétuelles des découpages géopolitiques pour s’imposer comme des partenaires de la stabilité du Moyen-Orient.

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Aymane Ait Zhirra
Ex-CPGEiste désormais à TBS Education, je transmets des repères et des analyses utiles aux étudiants qui préparent leurs concours.