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Misterprepa

L’actualité pertinente sur l’Europe

Sommaire

L’Europe est un chapitre cardinal et transversal qui l’est indispensable de maîtriser sur le bout des doigts pour les concours. Cependant, en ESH comme en HGG, le chapitre sur l’UE peut être moins digeste car très technique. Mais, vous le savez, il ne faut pas faire d’impasse et encore moins sur l’Europe car plus que jamais l’Europe est au coeur de l’actualité et un sujet sur l’Europe en ESH HEC en 2027 est, soit dit en passant, très probable. Voilà pourquoi MisterPrépa vous propose d’aborder trois aspects incontournables de l’Europe par trois exemples marquants qui reflètent directement les problèmes et les aspects saillants du fonctionnement de l’UE.

En effet, faisons un point méthode, les correcteurs critiquent (et déplorent) systématiquement dans les rapports du jury, années après années, l’absence d’exemples concrets et d’analyses concrètes. Ainsi, le meilleur conseil que nous puissions vous prodiguer est de lire cet article jusqu’au bout et de vous approprier ces exemples. Par exemple, en lieu et place d’arguments désincarnés sur les difficultés de coopération au sein de l’UE, fondez votre argumentation sur l’exemple du SCAF (voir infra) et illustrez point par point.

 

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L’échec du SCAF : symptôme d’une coopération européenne à bout de souffle

Le Scaf est le système de combat aérien du futur, un projet franco-allemand lancé il y a bientôt dix ans, en 2017, et qui a été abandonné par l’Allemagne et donc par la France il y a de cela maintenant deux mois.

Le projet

Le SCAF, censé devenir le fleuron de la défense européenne, illustre aujourd’hui les tensions entre la France et l’Allemagne. Ce programme lancé en 2017 vise à créer, d’ici 2040, un avion de combat de 6e génération et tout un système connecté de défense. Le projet de SCAF reposait sur la coopération entre Dassault, qui représente les intérêts français, et Airbus, qui pour sa branche Defense and Space représente les intérêts espagnols et européens. Le projet a été sollicité, soutenu et maintenu en état de soins palliatifs par le président Emmanuel Macron, qui tenait énormément à ce projet.

La mésentente

Si le projet allait avoir dix ans, il stagnait en réalité en raison de la mésentente entre Airbus et Dassault. Dans les coulisses, la rivalité entre Dassault (France) et Airbus (Allemagne/Espagne) bloquait le projet : partage des tâches contesté, conflits sur la propriété intellectuelle, désaccords sur la direction technique. Mais les tensions concernaient principalement la répartition des tâches.

En effet, le SCAF n’est pas seulement un projet d’avion de chasse nouvelle génération, mais il repose sur trois piliers : un avion de chasse nouvelle génération, un système de drones accompagnateurs et un écosystème de combat – un « cloud de combat ». Si Dassault était chargé du premier pilier, les deux derniers incombaient à Airbus. Or les deux entreprises considéraient cette répartition injuste.

C’est donc naturellement qu’est mort le projet de SCAF, tué par les tensions entre les deux entreprises qui représentaient les intérêts divergents de la France, l’Allemagne et l’Espagne. L’Allemagne menace de poursuivre seule, tandis que la France affirme pouvoir développer son propre avion. Le projet, estimé entre 80 et 100 milliards d’euros, symbolise désormais autant l’ambition que les limites de la coopération européenne en matière de défense.

Que faut-il en retenir ?

Si l’échec est en apparence dû uniquement à un désaccord industriel, le réduire à cela serait une erreur. L’échec du SCAF sonne en réalité de le glas de deux idées :

  • L’idée d’une Europe stable de la défense qui ne pourrait être fragilisée que par des crises extérieures est désormais irréaliste puisque les parties prenantes européennes n’ont pas su s’entendre. Le problème est donc encore et toujours un problème de coopération européenne. En effet, les volontés d’une coopération renforcée se heurtent encore une fois aux intérêts nationaux.
  • L’idée d’une France qui serait le leader du réarmement de l’Europe et de l’émergence de l’Europe de la défense tant attendue, bien que séduisante, ne tient plus la route. En effet, malgré le leadership incontestable de Dassault dans le secteur de l’aviation de combat, Airbus a refusé de ne pas participer à la construction de l’avion en dépit de l’évidence de son retard.

 

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La taxe sur les petits colis : l’Europe ou la tentation de stratégies individualistes

Entre 2020 et 2025 le nombre de petits colis importés en Europe a été multiplié par dix (de 630 millions à 5,9 milliards). Cette inflation extraordinaire du nombre de petits colis majoritairement expédiés par des plateformes comme Temu, Shein, Amazon et consorts représente un désastre écologique, humain et industriel. Pour faire face à cette submersion d’articles bas de gamme (bien souvent de la fast-fashion) la loi de finances pour 2026 avait instauré la création d’une taxe nationale provisoire dite « taxe sur les petits colis », d’un montant de deux euros par article.

La taxe nationale provisoire mise en échec par des stratégies non coopératives

La loi de finance de 2026 espérait que la taxe provisoire sur les petits colis rapportât 400 millions d’euros par an soit environ 33 millions d’euros par mois. Pourtant, la réalité fut toute autre : les entreprises qui importaient les petit colis changèrent très rapidement leurs chaînes d’approvisionnement en exportant les biens vers Espagne ou vers la Belgique avant de les réexporter vers la France. Ainsi, loin des 33 millions espérés, la taxe sur les petits colis rapporta environ 2 millions d’euros par mois.

Cette situation est évidemment une situation de dilemme du prisonnier : la France décide d’agir contre les petits colis (dans le dilemme du prisonnier nous pouvons dire qu’elle se tait, qu’elle ne dénonce pas), tandis que les autres pays européens ne font rien et profitent des retombées en termes d’exportations vers la France (disons qu’ils dénoncent la France).

 

Lire plus: La France peut-elle survivre sans l’Europe ? 

 

Un nouvel effet Rotterdam ?

Or cette situation n’est pas nouvelle et est notamment responsable de la désindustrialisation de l’Europe. En effet, l’Europe favorise la course à la domination entre ses membres. L’effet Rotterdam est de ce point de vue marquant : d’après Eurostat, les Pays-Bas ont un déficit commercial avec la Chine immense qui est dû à une stratégie mortifère des Pays-Bas qui s’accommodent de ce déficit car ils ont un excédent commercial avec le reste de l’Europe. Dit autrement, les Pays-Bas servent de cheval de Troie aux produits chinois, qui envahissent le marché européen, pour assurer leur excédent interne.

Ainsi, avec la taxe provisoire sur les petits colis, l’effet Rotterdam devient seulement un effet Madrid ou un effet Bruxelles, mais le problème reste le même : des pays européens croient qu’il est bon d’accepter un déficit extra-UE s’il leur permet de tailler des croupières à leurs voisins et d’obtenir in fine un excédant intra-UE.

La bonne réaction européenne

La nouvelle taxe européenne sur les petits colis importés est entrée en vigueur le 1er juillet 2026. Fixée à 3 euros par type d’article (la taxe n’est pas de 3 euros mais bien de 3 euros par type d’article), elle remplace l’exemption de droits de douane qui bénéficiait jusqu’ici aux envois de moins de 150 euros.

L’Europe s’est décidée à agir car maintenant, l’exemption de droits de douane sur les colis de moins de 150 euros n’est plus justifiée car ils posent de graves problèmes de concurrence déloyale (60 % des petits colis ne respectent pas les normes européennes) et d’équité. La taxe est aussi particulière car elle sera centralisée par le EU tax data hub, un système informatique qui centralisera les données douanières sans que chaque pays ait à le faire. La taxe est donc un pas franchis vers un système administratif européen véritablement unifié.

Que faut-il retenir ?

La coopération européenne progresse et ce grâce aux initiatives nationales comme celle de la France qui a décidé d’instaurer sa propre taxe sur les petits colis afin de susciter un débat européen. On comprend donc bien que le dilemme du prisonnier n’est pas une fatalité car contrairement au modèle de Nash (Essays on Game Theory 1950), dans la réalité les parties prenantes ont la possibilité de discuter entre elles et de négocier. Ainsi, si la tentation de stratégies non-coopératives existe, elle n’est pas une fatalité te un débat sain et européen permet d’y faire face.

Les débats actuels sur la préférence européenne

Le 4 mars 2026, la Commission européenne a présenté son projet de loi sur l’accélération industrielle, appelé Industrial Accelerator Act. Il est question d’accorder une priorité européenne dans le cadre législatif européen, afin de sauvegarder les secteurs industriels stratégiques les plus exposés à la compétition internationale, tout en maintenant l’ouverture envers les partenaires commerciaux.

La proposition de règlement

La proposition de règlement introduit :

  • Des critères spécifiques « made in Europe » : seuils de production en Europe, y compris un critère de 70 % de contenu européen pour les véhicules électriques, 25 % pour l’aluminium et 25 % pour le ciment, priorité dans les attributions de marchés publics… ;
  • des critères de performance en matière de carbone pour certains marchés publics ;
  • des exigences fixées pour les investissements étrangers, portant sur l’intégration de contenus européens dans les chaînes de valeur, l’emploi local et les transferts de technologies.

En l’état, l’IAA ne cherche donc non pas à fermer le marché européen, mais à empêcher que des fonds publics européens, nationaux ou locaux ne servent à doper les entreprises de pays tiers sans valoriser la base industrielle européenne.

L’IAA : un changement de doctrine

La Commission Européenne a introduit avec l’IAA pour la première fois le principe de « préférence européenne » dans la législation européenne. Elle l’a fait dans la continuité des travaux qui sont les siens : améliorer la compétitivité européenne, favoriser le made in Europe…

Or, cette reconnaissance de la préférence européenne marque un changement important de doctrine et ce sur plusieurs plans :

  • Le plan commercial : l’Europe reconnaît que sa doctrine libre-échangiste semble être dépassée et commence enfin à vouloir protéger ses marchés.
  • Le plan environnemental : l’Europe s’engage par-là encore davantage à la décarbonation de son industrie.

La difficulté de la définition du Made in Europe

Cependant, l’IAA ne fait nécessairement consensus notamment en raison des nombreux débats qui ont reporté à maintes reprises le dévoilement de l’IAA. Les débats portaient sur la définition même du made in Europe :

  • UE ou Europe ? Les premiers débats ont portés sur l’intégration des pays non membres de l’UE mais géographiquement européens : Norvège, Suisse, Liechtenstein, Islande, Royaume-Uni…
  • Quid du Made with Europe ? La question a ensuite été élargie aux partenaires commerciaux de l’Europe. Et là le consensus a été difficile à trouver notamment parce que certains membres sont en faveur d’une souveraineté stricte, tandis que d’autres sont ouverts à une intégration des partenaires commerciaux.

Ainsi, si l’Europe souhaite avancer vers plus de souveraineté et de décarbonation de son économie, les différents règlements comme ceux de l’IAA achoppent encore contre sa volonté de s’ouvrir à ses partenaires commerciaux pour se protéger contre la Chine et les États-Unis.

Un petit bonus

Pour finir, il peut-être très valorisé sur un sujet sur l’Europe de mentionner des rapports effectués sur le sujet. Et s’ils sont mobilisés de manière pertinente et précise, ce sera un gros plus dans vos copies. Je vous en propose donc un qui s’inscrit dans cette idée de préférence européenne et de sursaut face à la concurrence chinoise et qui s’intéresse justement aux effets de la concurrence chinoise sur l’industrie européenne : Le rapport du Haut Commissariat à la stratégie et au plan de Thomas Grjebine publié en février 2026 intitulé « L’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois ».

Ainsi, vous n’avez maintenant plus d’excuses sur un sujet sur l’Europe, vous disposez de trois exemples d’actualités qui illustrent les grands débats européens et qui peuvent vous servir d’exemple, de sous-partie, d’accroche ou d’ouverture. Mais par dessus tout, n’oubliez pas d’êtres précis et concret, allez dans les détails de vos exemples et ne vous contentez pas de mentionner votre exemple rapidement en fin de partie, vos correcteurs ne pourront qu’apprécier un propos clair, structuré et illustré. Il vaut parfois mieux développer un exemple pertinent qu’épiloguer sur les problèmes de coordination en Europe sans exemple.

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Sacha Valette