Les maras comptent parmi les gangs les plus redoutés du continent américain. Elles ont vu le jour à Los Angeles, puis elles ont imposé leur loi au Salvador, au Guatemala et au Honduras. Pendant des années, elles ont fait de ces pays les plus meurtriers de la planète.
Aujourd’hui, la situation varie fortement selon les pays. Le Salvador affiche des taux d’homicides historiquement bas. En revanche, le Guatemala et le Honduras subissent encore une violence persistante. Cette réussite apparente a toutefois un coût élevé pour les libertés publiques.
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Qui sont les maras ?
Des gangs nés aux États-Unis
Le mot « mara » désigne un gang de rue en Amérique centrale. Deux organisations dominent : la Mara Salvatrucha (MS-13) et le Barrio 18. Toutes deux ont vu le jour à Los Angeles. Des jeunes Salvadoriens, arrivés pendant la guerre civile (1980-1992), y cherchaient à se protéger d’autres bandes.
Ensuite, la politique migratoire américaine a changé la donne. Les maras se sont installées au Salvador surtout après 1996, quand Washington a lancé un programme d’expulsion des criminels. Les États-Unis ont ainsi renvoyé des milliers de membres vers des pays sortant de la guerre. Or ces États manquaient de police, de justice et d’emplois. Les gangs s’y sont donc implantés très vite.
Un modèle fondé sur le contrôle du territoire
Les maras fonctionnent comme des organisations hiérarchisées. Elles contrôlent des quartiers, imposent leurs règles et vivent surtout de l’extorsion. De plus, elles pratiquent le sicariat et le trafic de drogue. Contrairement aux grands cartels, elles restent surtout des acteurs locaux.
Par ailleurs, elles recrutent des jeunes en situation de précarité. L’appartenance au gang offre protection, revenus et sentiment d’identité. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène, car ils diffusent une image de rébellion et de réussite rapide.
Le Salvador : la « mano dura » comme modèle
Des années de politiques en échec
Pendant vingt ans, les gouvernements salvadoriens ont alterné répression et négociation. Les plans «Mano Dura » (2003) et « Super Mano Dura » (2004) ont rempli les prisons. Pourtant, les gangs s’y sont renforcés. En 2015, le pays a enregistré 6 656 meurtres, soit 103 homicides pour 100 000 habitants.
2022 : le régime d’exception
Nayib Bukele arrive au pouvoir en 2019 avec son « Plan de Contrôle Territorial ». Plusieurs spécialistes y voient toutefois une négociation discrète avec les maras. En mars 2022, ce pacte présumé se rompt: le pays compte environ 80 homicides en trois jours, dont 62 en une seule journée. Le gouvernement réagit aussitôt. Le 27 mars, l’Assemblée décrète le régime d’exception. Cette mesure suspend certaines garanties constitutionnelles et autorise la police à arrêter sans mandat. Prévu pour 30 jours initialement, il dure encore: le Congrès l’a renouvelé pour la 51e fois en mai 2026.
Le CECOT, vitrine de la politique carcérale
Le gouvernement a aussi bâti le CECOT, une méga-prison de près de 40 000 places inaugurée en 2023. Elle symbolise la stratégie du « tout carcéral ». En mars 2025, Washington y a même expulsé plus de 200 migrants vénézuéliens. Cet épisode a donc donné à la prison une portée internationale.
Un bilan sécuritaire spectaculaire
Les chiffres officiels impressionnent. En 2025, le Salvador a recensé 82 homicides, soit un taux de 1,3 pour 100 000 habitants. Les autorités ont arrêté 90 844 personnes accusées d’appartenir à des gangs. D’ailleurs, elles n’attribuent aucun de ces meurtres à l’action des gangs.
La population soutient massivement cette politique: environ 85 % des Salvadoriens approuvent le régime d’exception.
Ce soutien s’explique en partie par le « populisme punitif ». Ce terme désigne une stratégie politique qui promet des peines très dures pour répondre à la peur de la population. Au Salvador, cette peur était réelle et quotidienne. C’est pourquoi beaucoup d’habitants acceptent de sacrifier des libertés en échange de la sécurité. Toutefois, cette logique laisse de côté les causes sociales de la violence. Bukele a ainsi obtenu sa réélection immédiate malgré l’interdiction constitutionnelle. Une réforme de 2025 a ensuite supprimé la limite de mandats présidentiels.
Le prix payé par l’État de droit
Toutefois, ce succès soulève de vives critiques. Human Rights Watch demande la fin du régime, un contrôle judiciaire rapide et des procès équitables. De leur côté, les ONG dénoncent des arrestations arbitraires. En avril 2026, une audience collective visant plus de 400 détenus a d’ailleurs relancé les protestations.
En effet, prévu pour durer 30 jours, le régime d’exception dure pourtant depuis 2022, car le Congrès le renouvelle chaque mois. Les critiques y voient donc un pouvoir d’exception devenu permanent. À l’inverse, les partisans de Bukele répondent que cette politique a permis de reprendre aux maras le contrôle de nombreux quartiers. Le débat reste donc ouvert.
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Guatemala et Honduras : des maras toujours puissantes
Le Guatemala durcit le ton
Le Guatemala compte environ 22 000 membres du Barrio 18 et 10 000 de la MS-13, selon son ministère de l’Intérieur. Ces gangs vivent d’extorsion, de sicariat et de trafic de drogue.
En janvier 2026, une vague d’attaques a visé les forces de sécurité et plusieurs policiers ont perdu la vie. Le président Bernardo Arévalo a alors décrété l’état de siège pour 30 jours. Le Congrès l’a ensuite ratifié en le modifiant. Parallèlement, le pays a adopté une loi antigangs. Elle qualifie le Barrio 18 et la MS de groupes terroristes, alourdit les peines et ordonne la construction d’une nouvelle prison.
Le Honduras et la pression américaine
Le Honduras reste lui aussi sous tension. Il applique déjà, depuis fin 2022, un régime d’exception partiel. En mai 2026, des membres de la Mara 18 ont tendu une embuscade à des policiers et tué un agent et un civil.
Washington pèse de son côté sur toute la région. L’administration Trump a classé la MS-13 parmi les organisations terroristes étrangères en février 2025, puis le Barrio 18 en septembre. Cette qualification ouvre la voie à des sanctions et à une coopération sécuritaire renforcée.
Enfin, la « mano dura » dépasse désormais les maras. En Équateur, le président Daniel Noboa a ainsi déclaré 22 bandes terroristes. Une même logique répressive gagne donc l’Amérique latine.
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Les enjeux à retenir pour les concours
Les grands débats
Pour construire une problématique, retenez quatre axes de réflexion qui pourront vous aider:
- Efficacité contre libertés: la baisse des homicides justifie-t-elle la suspension de garanties constitutionnelles ?
- Causes structurelles : la pauvreté, l’exclusion et la migration alimentent les gangs. La répression seule peut-elle donc suffire ?
- Durabilité : un régime d’exception permanent repose largement sur un seul dirigeant. Que se passera-t-il après lui ?
- Dimension transnationale : les États-Unis ont exporté les gangs, puis ils les combattent aujourd’hui comme des terroristes.
Vocabulaire espagnol utile
- la mara / la pandilla : le gang
- el pandillero : le membre de gang
- el estado de excepción : le régime d’exception
- la mano dura : la politique de fermeté
- la extorsión : le racket
- el sicariato : les assassinats sur commande
- la detención arbitraria : l’arrestation arbitraire
- la tasa de homicidios : le taux d’homicides
Conclusion : un modèle efficace mais contesté
Les maras illustrent les échecs de l’État en Amérique centrale. Le Salvador a rétabli le monopole de la violence légitime, mais il l’a fait par l’exception plutôt que par le droit. Le Guatemala et le Honduras, eux, hésitent entre fermeté et prudence. Reste donc une question centrale: ce modèle sécuritaire est-il exportable, et à quel prix pour la démocratie ?












