Les mutations démographiques dans l’UE

Selon le rapport annuel d’Eurostat sur la démographie européenne publié mi-2022, l’UE compte 278 000 personnes en moins pour atteindre 447,2 millions d’habitants. Cette baisse de la population intervient après environ deux décennies de croissance. En 2001, l’Union comptait 429 millions d’habitants.

L’évolution naturelle de la population – la différence entre les naissances et les décès – a chuté en 2020. Cette tendance est probablement due à l’épidémie covid-19, la pandémie a officiellement coûté jusqu’à présent la vie à environ 1,09 million de personnes dans l’UE.

Comme le dit le commissaire à l’économie de la Commission européenne, Paolo Gentiloni :

 

« L’évolution démographique dans l’Union européenne est un thème politique essentiel pour cette Commission. La pandémie a rappelé à quel point il est important que nos politiques trouvent un écho auprès des citoyens et les protègent. Ce qui distingue cette nouvelle publication d’Eurostat, c’est sa manière simple et interactive d’apporter des informations sur la démographie européenne à nos citoyens. »


Dès lors, quels sont les enjeux derrière les mutations démographiques au sein de l’UE ?

 

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1/La démographie européenne au 20e siècle, entre convergence et divergence

  •  A/ Un décalage de la transition démographique au début du XXe siècle qui donne naissance à deux Europes. En effet, l’Europe du N/O a connu une baisse de la mortalité puis de la natalité et est à 3 enfants/femme alors que l’Europe du Sud et Centrale est en moyenne toujours à 4,5 enfants/femme.
  • B/ Après 1945, une divergence démographique qui recoupe la division Est/Ouest : Jusqu’à la fin des années 1960 l’Ouest connait un baby-boom, puis dans les années 1980 les modèles démographiques du Nord et du Sud convergent. Cependant, l’Europe atteste d’une divergence avec les PECO qui sous l’URSS ont dû mener des politiques natalistes, alors qu’après 1991, ils connaissent un effondrement de la natalité́ (dû à l’incertitude face à l’avenir).
  • C/ Aujourd’hui la démographie européenne est en panne de croissance : l’accroissement naturel est faible (0,04%) sur un continent où seules la France et l’Irlande atteignent le seuil de renouvellement puis où l’immigration est cruciale en apportant 80% de l’accroissement. On distingue d’ailleurs, plusieurs Europe avec un Nord-Ouest plus dynamique et un Est qui perd de la population (fécondité à 1,8 vs 1,4). L’Europe est ainsi le continent à la plus faible en natalité et en fécondité (1,6).

 

2/Une Europe confrontée au défi du vieillissement démographique

  • Le vieillissement, véritable révolution démographique : avec un vieillissement « par le bas » et « par le haut » (espérance de vie 81 ans) emmené par le passage à la retraite des baby-boomers, l’Europe est à l’avant-garde du vieillissement (plus vieux continent au monde avec 18 % de sa population dont l’âge dépasse les 65 ans). Il s’agit en effet, d’une situation inédite de déclin de la population avec des plus de 65 ans souvent plus nombreux que les moins de 15 ans, d’où le développement d’un 4ème âge.
  • Un enjeu économique et social majeur pour les pays européens : des défis économiques de taille : remise en question du dynamisme de la consommation, diminution de la population active et apparition de dangers pour l’innovation. Auxquels s’ajoutent des défis sociaux : problème du modèle de l’Etat-Providence (2 actifs pour 1 retraité en 2050) ainsi que l’inexorable augmentation du coût du système de santé pour les seniors.
  • Un vieillissement qui modifie les rapports de force politique externes et internes de l’UE. En effet, il participe à la construction d’une image d’une « vieille Europe » repliée sur elle alors que le monde émergent tire profit de sa jeunesse. La démographie représente des enjeux géopolitiques pour l’UE : vision plus conservatrice et sécuritaire de l’électorat âgé et le sentiment d’insécurité qui en découle. Ainsi que des enjeux territoriaux : zones de déprise humaine, héliotropisme qui s’accompagnent de la formation de « gated communities ».

 

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3/ Des pays engagés dans la voie de réformes pour prévenir les effets du vieillissement

  • Des pays engagés dans la voie des réformes économiques et sociales : Politiques d’encouragement aux naissances : allocations familiales, mais aussi un contexte socio-culturel déterminant permettant ou non aux femmes de concilier travail et enfants. Des divergences sont à remarquer entre la Suède dont le système social accorde des formes élargis de congés paternité, et l’Allemagne moins favorable aux femmes. Politique agissant sur la durée du travail : afin d’augmenter le travail des seniors, et des politiques de réformes des systèmes de retraites avec un allongement des périodes de cotisation (France passe de 37 à 42 ans).
  • Une Europe qui redécouvre qu’elle a besoin de l’immigration : Immigration massive pendant les 30 Glorieuses et dans les années 1990, devenue aujourd’hui une nécessité pour certains États même si l’UE est très divisée à ce sujet.
  • Une Europe, laboratoire du vieillissement : Il faut nuancer les visions alarmistes comme celle d’un « péril vieux » (Alfred Sauvy) alors que le vieillissement peut être ralenti et que les émergents vont y être confrontés à leur tour. Le vieillissement peut être vu comme un défi positif pour l’économie et la société européenne qui pourraient y voir une fenêtre d’opportunité avec le développement des « gérontechnologies. »

 

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Conclusion 

À l’instar du Japon, l’UE est confrontée à son tour au vieux dilemme démographique. Ce dernier risquerait d’anéantir la « puissance douce » (Zaki Laïdi) européenne et de la contraindre à recourir à l’immigration non choisie. Cela dit, il faudrait nuancer, car l’Europe est plurielle et une analyse multiscalaire est requise pour affiner le raisonnement.

Dans la suite de cette réflexion, le politologue Bulgare Ivan Krastev évoque dans son essai After Europe le phénomène d’« anxiété démographique.» Celui-ci peut être illustré à travers la crise migratoire de 2015 qui a créé au sein de l’UE une véritable peur d’être submergée par des migrants qui risqueraient de remplacer les européens natifs.

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