Passer au contenu principal

Misterprepa

La Turquie: entre puissance et crises ?

Sommaire

La Turquie est un pays de 85 millions d’habitants situé à cheval entre deux continents et aux portes de plusieurs zones de tension majeures, ce qui lui confère une importance géostratégique essentielle pour l’UE. Elle agit comme un tampon contre les instabilités du Moyen-Orient tout en étant une voie d’accès vers l’Asie. La Turquie dispose d’une superficie de 783 562 km², soit un territoire environ deux fois plus vaste que celui de l’Allemagne, id est un atout majeur pour rayonner, d’autant plus en raison de sa position géographique. La Turquie a été fondée en 1923 par Mustafa Kemal sur les ruines de l’Empire ottoman (1299-1922, avec un apogée sous le règne de Soliman le Magnifique).

Une position géostratégique

La position géographique de la Turquie lui confère de multiples avantages. Par exemple, le pays est traversé par des infrastructures énergétiques majeures qui permettent à l’Union européenne de diversifier ses approvisionnements en gaz. Le gazoduc TANAP (Trans-Anatolian Natural Gas Pipeline), mis en service en 2018, achemine le gaz naturel d’Azerbaïdjan jusqu’à l’Europe en passant par la Turquie et renforce ainsi son rôle de pays de transit énergétique. De plus, la Turquie contrôle deux passages maritimes essentiels : le Bosphore et les Dardanelles. Ces détroits sont d’autant plus importants qu’ils constituent les seules voies d’accès maritimes entre la mer Noire et la Méditerranée. Ce passage est particulièrement stratégique pour la Russie, puisqu’il lui permet d’accéder aux mers chaudes, notamment à la Méditerranée. Cette maîtrise des détroits confère ainsi à la Turquie un levier d’influence diplomatique et militaire majeur, lui permettant de jouer un rôle central dans les rapports de force.

 

Lire plus : La Turquie procède à sa première hausse de taux d’intérêt depuis deux ans !


Vers une crise démocratique ?

La Turquie est une République constitutionnelle régie par une Constitution adoptée en 1982 à la suite du coup d’État de 1980. Initialement dotée d’un régime parlementaire, elle est devenue un régime présidentiel à la suite de la réforme constitutionnelle de 2017, entrée en vigueur en 2018. Toutefois, une dérive autoritaire semble se dessiner depuis de nombreuses années, avec Recep Tayyip Erdoğan en chef d’orchestre. Cette évolution s’est notamment accentuée après la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, lorsqu’une partie de l’armée a tenté de renverser le président Erdoğan. L’échec du putsch a ouvert la voie à une vaste purge institutionnelle, accompagnée de restrictions des libertés et d’un renforcement du pouvoir présidentiel. Plus récemment, le 19 mars 2025, le maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, a été arrêté dans le cadre d’une enquête portant notamment sur des soupçons de corruption. Il était considéré comme le principal opposant de Recep Tayyip Erdoğan en vue des prochaines élections présidentielles. Cette arrestation, dénoncée par l’opposition, soulève ainsi des interrogations sur l’état de la démocratie au sein même du pays et sur le fonctionnement de son régime républicain. Cette dérive autoritaire semble être l’une des principales raisons de l’éloignement persistant de la Turquie vis-à-vis de l’Union européenne et constitue un frein majeur à son adhésion. Ainsi, alors que la Turquie et l’UE partagent des intérêts stratégiques communs, leurs différends politiques continuent de fragiliser leurs relations. Cette situation illustre le paradoxe turc : un pays géostratégiquement incontournable pour l’Europe, mais dont l’évolution politique compromet son rapprochement avec celle-ci. Ce qui explique d’ailleurs peut-être le rapprochement avec l’Asie et l’Afrique, comme nous pourrons le voir ci-dessous.

 

Lire plus : Les relations entre la Turquie et l’Europe


Une industrie lourde qui se spécialise

En raison de sa position géostratégique, au carrefour de nombreuses tensions internationales, notamment au Moyen-Orient, en Ukraine et en Méditerranée, la Turquie ambitionne de devenir une puissance tant industrielle que militaire. C’est ainsi qu’elle investit massivement dans son industrie de défense, au point de mettre en avant un véritable « Made in Türkiye ». Pour illustrer cette ambition, nous pouvons prendre l’exemple de Baykar, une entreprise turque qui occupe une place de plus en plus importante sur le marché international de l’armement, à l’heure où les drones deviennent des instruments stratégiques majeurs dans les conflits contemporains, comme l’analyse Grégoire Chamayou dans son ouvrage Théorie du drone. Grâce à des coûts de production compétitifs, le drone Bayraktar TB2 constitue une alternative moins coûteuse à certains équipements américains, notamment le MQ-9 Reaper, bien que leurs capacités soient différentes. La Turquie exporte ainsi ses drones vers plusieurs pays, dont l’Ukraine, la Pologne et la Roumanie. Parallèlement, le pays a considérablement réduit sa dépendance aux équipements militaires étrangers, passée d’environ 70 % à 30 %, tandis que son industrie de défense emploie près de 100 000 salariés et exporte vers environ 170 pays.

 

Lire plus : La Turquie, une diplomatie à 360 degrés


Un rapprochement avec l’Afrique ?

Au-delà de son voisinage immédiat, la Turquie contemporaine fait preuve d’un activisme renouvelé sur le continent africain. Elle se présente comme un partenaire alternatif pour ce continent en plein décollage économique. L’envergure des ambitions turques dans la sous-région est mise en évidence par son implication au Sénégal, sa tête de pont pour l’Afrique de l’Ouest. Les investissements turcs tous azimuts dépasseraient 775 millions d’euros en 2020, ce qui représente un montant élevé, en croissance exponentielle. De grandes entreprises turques participent à des projets d’infrastructures, comme la construction de la ville nouvelle de Diamniadio, près de Dakar, et celle d’une ligne ferroviaire vers l’aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), lui-même achevé par le consortium turc Summa et Limak. La Turquie se rapproche également de l’Asie, comme en témoigne la présence de Recep Tayyip Erdoğan à Tianjin, du 31 août au 1er septembre 2025.

Newsletter
Image de Louis Dubois
Louis Dubois