Une semaine, un film sur le thème Aimer #1

Voici le début de notre série hebdomadaire “Une semaine, un film pour Aimer”, cette dernière vous permettra de travailler le thème de culture générale tout en vous octroyant un moment de plaisir. Vous y découvrez par la même occasion des références originales vous permettant, si elles sont bien maîtrisées de vous démarquer au concours !

 

L’exemple de Taipei Story, Yang, 1985

Les exemples cinématographiques autour de la notion d’aimer sont multiples, le cinéma regorge de baisers en tous genres, de sentiments et d’intrigues amoureuses. Cependant, pour marquer la différence lors du concours, il convient de proposer des références originales qui se démarquent des films hollywoodiens un poil clichés. Pour ce faire, la Nouvelle Vague Taiwanaise (1982-2000) propose des exemples pertinents et hétéroclites.

Contexte du mouvement  

Ce mouvement est né d’un :

  • renouveau politique (détente du gouvernement autoritaire et de la censure),
  • culturel (mouvement sous-terrain d’affirmation d’une identité taiwanaise depuis les années 60),
  • industriel (ouverture à l’activité industrielle développée dans les années 80 et explosant dans les années 90)
  • social (le modèle traditionnel éclate, des crises surviennent au sein des familles, les jeunes se constituent en bandes) et
  • commercial (l’industrie cinématographique étatique est en crise, donc le directeur de l’époque militaire décide de faire appel à de jeunes artistes peu payés pour renouveler la production).

 

Caractéristiques esthétiques 

La Nouvelle Vague se caractérise par sa lenteur de rythme et de longs plans fixes, les films durent facilement trois ou quatre heures. En outre, les mouvements de caméra sont distendus et le montage minimaliste, les scènes sont souvent peu coupées. On peut également souligner que le spectateur est un témoin à qui les scènes sont données à voir sans explications. En effet, on note une propension à filmer de loin, ce qui invite le spectateur à se désimpliquer émotionnellement de l’action. 

Quant au niveau sonore, le silence appelle au détachement et contribue à la dédramatisation. Les films sont rarement accompagnés de musique, ou alors de mélodies plutôt simples. Les dialogues sont parcimonieux et n’ont pas une très grande importance dans l’intrigue.

 

Taipei Story, Edward Yang, 1985

Topos

Chin et Lon veulent s’installer ensemble et franchir une nouvelle étape dans leur relation qui a débuté par une idylle lycéenne. Cependant leur inscription à deux dans un appartement de la grande ville moderne n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le penser.

En effet Lon est obsédé par ses souvenirs d’université glorieux (il était un glorieux joueur de baseball) et Chin quant à elle est confrontée à des incertitudes lorsqu’elle perd son emploi d’assistante.

 

Extrait (scène d’introduction) : 

Les deux amoureux visitent le nouvel appartement qu’ils s’apprêtent à louer = utilisation des lieux pour suggérer le vide sentimental qui se créé dans la relation des personnages.

 Chin et Lon visitent un appartement vide où ils sont censés vivre et se projeter ensemble. En tant qu’architecte, Chin doit aménager des espaces ; la maison, ses bureaux, la ville. Cependant, dans l’extrait elle marche dans le lieu sans parvenir à le remplir. Elle est coupée du monde qui l’entoure, le port de ses lunettes de soleil apparait comme une barrière entre elle et l’appartement, mais également entre elle et Lon. En effet, les deux protagonistes sont éloignés géographiquement et sentimentalement.

 

Description

Au niveau visuel, le réalisateur alterne des plans sur Chin et des plans sur Lon à travers des cadres divisés et séparés. Les personnages errent dans les lieux à tour de rôle, tandis que la multiplication des portes, embrasures, et donc des sur-cadrages traduit visuellement un enfermement présent. Au niveau sonore, le silence pèse dans l’appartement, et renforce l’impersonnalité des lieux et l’éclatement du couple.

La première scène est emblématique et signe visuellement la rupture dans le couple : tous deux à contre-jour, d’un côté et de l’autre de la fenêtre, ils regardent chacun devant eux et la femme finit par partir lentement. Les deux êtres sont dans le même cadre, mais tout indique qu’ils sont séparés. Durant la suite de la visite, ils ne seront d’ailleurs plus présents à deux dans le même cadre, jusqu’à ce qu’ils referment finalement ensemble la porte d’entrée de l’appartement. 

 

Analyse

Il s’agit d’incommunicabilité : le couple se parle peu et seulement de choses banales. Alors que la première visite de l’appartement est censée être un événement joyeux et symboliser la naissance d’une nouvelle vie commune, cette visite semble signer la mort de leur couple. Les deux personnages ne se touchent pas, ne se parlent pas et ne se regardent même pas. La désintégration de leur amour se marque donc à l’image et par le son, de manière figurée mais également très concrète. L’enfermement des deux personnages dans l’appartement symbolise également leur enfermement dans leur couple et leur absence de projection vers un ailleurs.

Apolline Faber

Intégrée à Audencia après une prépa A/L à Paul Valéry (Paris 75012) où j'ai suivi la spécialité cinéma ! J'ai maintenant à coeur d'aider les littéraires qui veulent entrer en école de commerce.

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