En 1974, l’Inde a rejoint les rangs des puissances nucléaires. En réalisant son premier essai atomique, Bouddha Souriant, l’Inde prouve son autonomie et sa puissance au reste de la région asiatique. Dans cet environnement géographique complexe, où se mêlent tensions historiques, rivalités frontalières et alliances stratégiques, cet outil est un instrument de souveraineté pour le pays.
Une puissance nucléaire non-signataire du TNP
L’Inde est une des rares puissances nucléaires à ne pas entrer dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), avec le Pakistan, Israël et la Corée du Nord. Cette situation atypique découle d’un refus de se voir rentrer dans un ordre nucléaire jugé inégalitaire, distinguant les puissances dotées de l’arme nucléaire avant 1967 et les autres.
Son refus de signer le TNP n’exclut pas pour autant toute collaboration avec d’autres puissances. En effet, en 2008, l’Inde a signé un accord de coopération civile avec les États-Unis, permettant l’échange de connaissances dans le secteur nucléaire civil. Cet accord signe implicitement la reconnaissance implicite de l’Inde comme une puissance nucléaire, bien qu’elle ne fasse pas officiellement partie de ces dernières.
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Une doctrine de dissuasion modérée mais évolutive
La doctrine nucléaire de l’Inde repose sur l’adage du « No First Use » : l’arme est conçue comme un outil de réponse à une agression préalable, et l’arsenal est limité aux besoins de dissuasion. Cette doctrine est perçue comme modérée et responsable, en opposition à celle du Pakistan, pays voisin n’excluant pas l’utilisation de l’arme en premier recours en cas de conflit généralisé.
Cependant, cette doctrine fait débat en Inde, et certains politiques suggèrent une révision partielle du « No First Use », notamment en réponse à une hausse des tensions dans la région. Ce glissement s’explique par la modernisation des armées chinoises et pakistanaises, rivaux directs de l’Inde en Asie.
En parallèle, l’Inde consolide ses moyens de déploiement de l’arme atomique, via la terre, l’air et les mers. En 2016, l’entrée en service du sous-marin nucléaire lanceur d’engins INS Arihant, dont aucune photo n’est connue du grand public à l’heure actuelle, confirme une volonté pour l’Inde de s’imposer face aux autres puissances nucléaires régionales.
Le nucléaire comme outil de statut et d’influence
Au-delà de la stricte logique de dissuasion, le nucléaire indien a pour but de s’inscrire dans une dynamique d’influence plus large. Il permet au pays de s’imposer sur la scène internationale, notamment en matière de sécurité. New Delhi plaide régulièrement pour un désarmement collectif basé sur l’entente, tout en refusant un désarmement unilatéral.
Le rapprochement de l’Inde avec l’Occident marque également un gage de stabilité face à la Chine, brandissant de façon croissante son arsenal face à ses voisins. Paradoxalement, cette position permet à l’Inde de se rapprocher du « club des cinq » (Russie, France, États-Unis, Royaume-Uni et la Chine), sans pour autant y rentrer officiellement.
Un équilibre régional précaire : le triangle Inde-Pakistan-Chine
Enfin, le programme nucléaire indien ne peut être compris sans prendre en compte le contexte géopolitique de la région asiatique. Le pays est en conflit ouvert avec le Pakistan, pays voisin doté également de l’arme nucléaire. Cette rivalité a notamment été marquée par deux essais quasiment simultanés en 1998, officialisant la dimension nucléaire de ce conflit.
Par ailleurs, l’Inde doit également prendre en compte la montée en puissance de la Chine, avec qui elle partage une frontière source de tensions dans l’Himalaya. La tension sino-indienne est pour autant largement déséquilibrée, Pékin disposant d’un arsenal nucléaire à la fois plus moderne et plus important que l’Inde. Cette tension, marquée par des affrontements en 2020, poussent New Delhi à se positionner de façon plus agressive, non seulement par stratégie de dissuasion, mais également dans un but de conserver son influence dans la région.
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En somme, l’Inde a su bâtir une doctrine nucléaire originale, entre souveraineté, dissuasion et responsabilité. Confrontée à une double pression de la part de ses voisins – au Nord par la Chine et à l’Ouest par le Pakistan -, New Delhi tente d’imposer son soft power à l’échelle internationale, tout en restant hors du « club des cinq ». Si sa doctrine se base pour l’heure sur une utilisation modérée de l’arme, les évènements récents montrent que l’Inde se tient prêt à évoluer en fonction des évolutions du terrain et des menaces globales. Finalement, le nucléaire reste pour l’Inde un outil garant de stabilité et de souveraineté.









