Le 25 octobre, Luiz Inácio Lula da Silva a renversé une élection que beaucoup croyaient perdue. Au premier tour, Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président, était arrivé en tête avec 47,03 % des voix, devant Lula (45,16 %). Trois semaines plus tard, le président sortant l’a emporté avec près de 51,8 % des voix contre 48,2 %, obtenant à presque 81 ans un quatrième mandat inédit. C’est la première fois depuis le retour à la démocratie qu’un candidat battu au premier tour gagne le second.
Pourtant, cette victoire ressemble moins à un plébiscite qu’à un sursis. Flávio Bolsonaro refuse de reconnaître le résultat et annonce vouloir demander l’annulation du scrutin. Donald Trump a qualifié l’élection de « truquée ». Le Congrès sort des urnes très à droite, après un raz-de-marée conservateur aux législatives trois semaines plus tôt. Un président très âgé, élu de justesse, sans majorité, contesté chez lui comme à Washington : Lula a gagné, mais avec quels moyens d’agir ? Ce quatrième mandat lui permettra-t-il de tenir ses ambitions et de peser sur la scène internationale ?
Une économie prisonnière de sa dette
Le principal obstacle de Lula n’est pas la croissance, mais le coût de la dette. Le déficit nominal approche 10 % du PIB et la dette atteint 82 %. Les taux directeurs, à 13,75 %, creusent encore le déficit, et la crainte d’un dérapage budgétaire pousse à les maintenir hauts. Ce cercle explique pourquoi la croissance reste attendue autour de 2 % par an. Lula s’est pourtant engagé à respecter le cadre budgétaire de 2023 tout en maintenant l’exonération d’impôt sur le revenu jusqu’à 5 000 réais par mois. Ces deux promesses ne sont pas forcément compatibles, et c’est le Congrès qui arbitrera : il faudra négocier avec le Centrão, un bloc de centre-droit qui monnaie souvent son soutien. La marge de Lula dépend donc moins de ce qu’il veut que de ce que les marchés et les parlementaires tolèrent.
Le choc extérieur aggrave ce dilemme. La part des États-Unis dans les exportations brésiliennes est passée de 12,1 % à 9,4 % entre les premiers semestres 2025 et 2026, et Lula a répondu par une ligne de crédit pour les secteurs touchés. Cette aide soulage les entreprises sans régler le fond : le Brésil doit trouver d’autres débouchés, et d’abord auprès de son premier client.
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La Chine, un partenaire indispensable mais déséquilibré
La relation est asymétrique. La Chine est de loin le premier client du Brésil, qui fournissait 70 % du soja qu’elle importait en avril 2025, alors que le Brésil n’est que la 17e destination des exportations chinoises, à peine 2 % du total. Pékin peut donc se passer de Brasília plus facilement que l’inverse. Face à ce constat, la stratégie de Lula consiste à monter en gamme. Il a dit ne pas vouloir que son pays se limite à exporter du soja et du fer, et l’usine BYD de Camaçari, en Bahia, devait être pleinement opérationnelle d’ici fin 2026. Surtout, juste avant le scrutin, il a cité la Chine comme partenaire possible pour ses minerais critiques, à condition de les transformer sur place plutôt que d’exporter le minerai brut. Son adversaire, lui, proposait les terres rares à Donald Trump. La campagne a donc opposé deux options : la Chine ou les États-Unis comme partenaire industriel. Lula répète que le Brésil ne sera pas contraint de choisir entre les deux, mais Washington pourrait lire chaque accord avec Pékin comme un alignement.
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La sécurité, là où l’intérieur rejoint l’international
Sur la sécurité, Lula est attendu au tournant, car c’est le terrain préféré de l’opposition. Sa réponse est financière : un plan de 11 milliards de reais, lancé par décret en mars, pour frapper les gangs au portefeuille plutôt que sur le terrain. La limite apparaît vite : des sociétés écrans liées au PCC auraient investi dans la Bank Master, et le succès du paiement instantané Pix complique la régulation.
Le dossier a aussi une dimension diplomatique. Le 28 mai, après une demande de Flávio Bolsonaro, Washington a classé le Comando Vermelho et le Primeiro Comando da Capital comme organisations terroristes, malgré l’opposition de Brasília, qui craignait une intervention militaire américaine. Pour Lula, c’est une atteinte à la souveraineté, d’où son refus que le Brésil soit la cour arrière de qui que ce soit. Cette crispation rejoint le débat sur la Chine : le président résiste aux pressions américaines sur la sécurité comme aux tentations d’alignement commercial, au risque de voir Washington durcir sa position.
Social et écologie : préserver l’essentiel
Dans ce contexte budgétaire, Lula choisit de défendre ses acquis plutôt que d’élargir les programmes. La Bolsa Família, qui lie l’aide aux familles à la scolarisation et à la vaccination des enfants, et l’exonération d’impôt en sont les piliers. Sur l’écologie, il vise la déforestation zéro d’ici 2030, mais si elle a reculé de 29 % en Amazonie depuis 2023, la pression semble se déplacer vers le Cerrado et le moratoire sur le soja reste menacé. Le succès dépendra autant de la sécurité que des discours, car le CV et le PCC figurent parmi les gangs qui progressent dans les crimes environnementaux en Amazonie.
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Lula a les moyens de défendre ses acquis, mais pas de les amplifier. Son mandat sera moins celui de nouvelles réformes que d’arbitrages entre des contraintes liées : tenir le budget sans sacrifier le social, s’appuyer sur la Chine sans en dépendre, défendre sa souveraineté sans rompre avec Washington. Sur la scène mondiale, il peut devenir le porte-voix d’un Sud qui refuse de choisir entre Washington et Pékin, ou se retrouver isolé si la tension avec les États-Unis s’aggrave. À près de 81 ans, avec un mandat annoncé comme le dernier, la question de sa succession à gauche se posera dès les premiers mois.

















