Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, Washington multiplie les initiatives pour desserrer l’emprise chinoise sur les minerais critiques : capture d’un chef d’État au Venezuela, réserve stratégique de 12 milliards de dollars, sommet international, accords miniers en Amérique latine et en Afrique. En un peu plus d’un an, une question technique de matières premières est devenue l’un des grands fronts de la politique étrangère américaine.
Comment les États-Unis comptent-ils rattraper l’avance chinoise sur les minerais critiques ? Jusqu’où sont-ils prêts à aller pour sécuriser ces ressources en Amérique latine et en Afrique ? Et cette course profite-t-elle vraiment aux pays qui détiennent ces minerais ?
Le nœud du problème : le raffinage, pas les réserves
La Chine assure environ deux tiers de la production mondiale de terres rares, mais surtout plus de 90 % du raffinage, étape cruciale sans laquelle le minerai brut reste inexploitable. Cet avantage s’est mué en arme diplomatique ( licences d’exportation sur sept terres rares dès 2024 par exemple) provoquant l’arrêt temporaire de chaînes automobiles occidentales.
Une riposte américaine accélérée
Face à ce levier, Washington a mobilisé 25 milliards de dollars en 2025 pour des programmes d’extraction et de stockage, puis a lancé en février 2026 le « Project Vault » (de 12 Md$) pour constituer une réserve stratégique. Le même mois, un sommet ministériel réunit plus de 50 pays, dont la RDC qui reste à ce jour premier producteur mondial de cobalt.
L’épisode le plus spectaculaire reste celui qui frappa le Venezuela le 3 janvier dernier, un commando américain capture le président Nicolás Maduro à Caracas. Dès le lendemain, Washington évoque publiquement le potentiel minier du pays( notamment or, diamant, nickel bauxite et j’en passe) ; des accords sont signés dans les mois suivants.
Lire plus : Les relations internationales à l’ère Trump : un nouvel ordre mondial sous tension
L’Amérique latine, chasse gardée réactivée
Cependant Trump réactive des offensives stratégiques afin de ralentir l’expansion chinoise. Le cas argentin illustre bien cette logique. À la mi-octobre 2025, à quelques jours des élections législatives de mi-mandat, D. Trump propose 20 milliards de dollars pour soutenir le peso argentin en pleine crise de liquidité. Mais il conditionne ouvertement ce soutien au résultat électoral de son allié Javier Milei : « S’il gagne, nous restons avec lui, et s’il ne gagne pas, nous partons. »
Ce précédent éclaire la logique appliquée depuis à la Colombie de La Espriella comme au Venezuela post-Maduro : l’aide américaine n’est plus distribuée selon des critères multilatéraux, mais comme récompense directe à des gouvernements alignés sur Washington, dans une région où la Chine avait patiemment construit ses propres réseaux d’investissement( exemple du port de Chancay au Pérou )
En Afrique, la RDC a signé en décembre 2025 un partenariat stratégique : accès garanti aux minerais critiques contre soutien militaire contre les groupes armés, on constate un modèle « sécurité contre ressources » devenu la référence.
Le pari « trade, not aid » en Afrique
Ce pivot minier s’accompagne d’un désengagement assumé de l’aide humanitaire. L’USAID a vu son budget réduit d’environ 83 %, au nom d’une doctrine officielle : le commerce plutôt que l’assistance.
Derrière ce discours économique se cache cependant un double objectif bien plus stratégique : freiner l’influence des puissances concurrentes, la Chine en tête, et verrouiller l’accès à des ressources critiques comme le cobalt, le coltan, le platine ou le lithium. Un changement de méthode, donc, mais pas de finalité : la lutte antiterroriste et la gestion des flux migratoires demeurent, comme avant ce virage transactionnel, les deux autres grands moteurs de l’engagement américain sur le continent.
Le cas de la RDC illustre les limites de ce calcul. Pays pourtant central dans la stratégie minière de Washington, il a vu son financement contre l’épidémie d’Ebola chuter de 1,4 Md$ à seulement 21 millions de dollars. Une contradiction selon le Stimson Center, loin d’affaiblir la Chine, ce retrait de l’aide pourrait au contraire lui laisser le champ libre.
Pékin garde la main : le sommet de mai à Beijing
Les 13-15 mai 2026, Trump effectue sa première visite d’État en Chine depuis 2017. Dès l’ouverture, Xi met en garde contre un risque de « conflits » sur Taïwan. Trump reste évasif : il refuse de confirmer la vente d’armes de 14 Md$ à Taïwan, pourtant votée par le Congrès en décembre 2025, et déclare vouloir éviter « une guerre à 9 500 miles »( Soit 15 000Km) de distance. À son retour, il reconnaît avoir longuement discuté du dossier avec Xi — une rupture avec la règle américaine historique de ne jamais consulter Pékin sur ces ventes d’armes( Les Six assurances 1982). Plusieurs analystes y voient une victoire tactique pour la Chine : en laissant planer le doute sur Taïwan, Trump préserve la marge de négociation nécessaire pour obtenir des concessions chinoises sur le commerce et les terres rares.
Les limites d’une course accélérée
Le rapport de force reste structurellement favorable à la Chine, verrouillé par le raffinage. La suspension par la RDC de ses exportations de cobalt pendant 10 mois en 2025, provoquant une flambée des cours, a aussi rappelé que les pays producteurs disposent de leviers de négociation réels. Le sommet de Busan (octobre 2025) n’a offert qu’un répit d’un an ; de nouvelles négociations sino-américaines sont attendues d’ici novembre 2026.
À retenir
La course engagée par Trump n’est pas d’abord technologique, mais géographique et diplomatique. Ne pouvant rattraper le verrou chinois du raffinage à court terme, Washington sécurise au plus vite l’Amérique latine et l’Afrique quitte à mobiliser des instruments inédits (opération militaire, réserve stratégique, coupes d’aide humanitaire) et à mettre en retrait des dossiers sensibles comme Taïwan pour préserver le dialogue avec Pékin. Mais cette urgence a un prix : elle donne aussi, paradoxalement, plus de poids de négociation aux pays détenteurs des ressources. La vraie question des prochaines années n’est donc pas seulement de savoir si les États-Unis rattraperont la Chine, mais si cette course profitera durablement aux pays qui possèdent ces minerais, ou si elle ne fera que déplacer, une fois de plus, le terrain d’une rivalité qui se joue au-dessus d’eux.
Lire plus : La “république bananière” : un néo-impérialisme américain
