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Le scandale Enron : chronologie des évènements

Sommaire

 

Elle a été élue « best of the best » par Goldman Sachs, elle est restée six années de suite en tête du classement des entreprises les plus innovantes de Fortune et elle a eu près de 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Impressionnant, n’est-ce pas ? Et pourtant, tout cela n’était qu’artifice. Le scandale d’Enron est l’une des plus grandes fraudes comptables de l’histoire du XXIe siècle. On vous explique cela en détail.

 

Naissance d’Enron

L’entreprise Enron reposait d’abord fondamentalement sur l’énergie. Tout commence en 1985 au Texas, avec la fusion de deux compagnies gazières, Houston Natural Gas et InterNorth. A la tête de l’entreprise, Kenneth Lay, un économiste qui avait l’habitude de travailler dans le domaine pétrolier. A ce moment de la fusion, le contexte aux États-Unis lui est favorable : il y a une dérégulation sur le marché du gaz, et les prix, jusque-là fixés par l’État, deviennent libres.

Enron décide de se concentrer sur la vente de gaz plutôt que sur sa logistique et de là, est lancée la « Gas Bank » : On achète le gaz aux producteurs, pour le revendre aux distributeurs et leur garantir un prix fixe sur la durée.

 

Comment la richesse d’Enron a été crée ?

En 1990, Lay recrute Jeffrey Skilling, un ancien consultant de McKinsey. A partir de ce moment, Enron va prendre une autre tournure. On ne se concentrera plus uniquement sur l’énergie mais on va étendre l’entreprise à l’électricité, puis à des produits de plus en plus variés : dérivés météo, bande passante internet, et même du papier ou des métaux.

En 1999, EnronOnline lui donne l’image d’une entreprise high-tech.

Cette illusion de croissance s’est établie grâce à un outil comptable décisif : le mark-to-market, autorisé par la SEC en 1992.

Cette règle permettait à Enron d’inscrire immédiatement en bénéfice la valeur estimée de ses contrats, avant même d’attendre que l’argent rentre. Et parfois, ces contrats étaient étalés sur dix ou vingt ans. Sur le papier, les profits explosent et Enron semble être l’entreprise qui a le mieux réussi de son époque. En réalité, ces profits ne sont que des bénéfices fictifs : l’argent n’est jamais entré dans les caisses, et l’entreprise s’endette de plus en plus pour continuer à faire perdurer l’illusion.

 

Lire plus: un rappel des théories de la croissance 

Les mécanismes de fraude de la société Enron

Enron a bien conscience de la fragilité de ses résultats mais l’entreprise veut continuer d’afficher au monde une bonne image avec des chiffres toujours fructueux. On rappelle que c’est la 7e entreprise américaine par son chiffre d’affaires et de nombreux investissements reposent sur sa stabilité.

Pour dissimuler tout cela, elle s’appuie sur son auditeur historique, Arthur Andersen, qui va certifier son bilan. Le cabinet valide les montages d’Enron, y compris les sociétés écrans sorties du bilan, alors qu’il est censé vérifier que les comptes reflètent la réalité.

Qu’est-ce que les sociétés écrans ? Ce sont des sociétés juridiquement distinctes d’Enron. À l’époque, la règle comptable américaine voulait qu’une société détenue en partie par des investisseurs indépendants (au moins 3 % du capital) n’ait pas à être intégrée aux comptes du groupe. Enron en profite pour transférer ses dettes et ses actifs qui perdent de la valeur. Résultat, ils disparaissent de son bilan, qui paraît beaucoup plus sain qu’il ne l’est en réalité.

Le problème, c’est que l’indépendance d’Andersen est compromise. En 2000, Enron lui verse environ 52 millions de dollars d’honoraires. Les dirigeants, de leur côté, entretiennent du mieux qu’ils peuvent leur image pour rassurer le public. Les banques d’affaires participent elles aussi aux opérations et en tirent de belles commissions, tandis que de nombreux analystes continuent de recommander l’action, ce qui rassure les investisseurs et fait monter le cours.

Au final, chacun y gagne et personne ne souhaite que la faille soit dévoilée.

 

La chute finale d’Enron

Enron étant coté en bourse, l’entreprise était obligée de présenter ses comptes du 3eme trimestre. Le 16 octobre, l’entreprise annonce une perte de 618 millions de dollars et une réduction de ses fonds propres d’environ 1,2 milliard, liées aux sociétés écrans créées par Andrew Fastow, notamment les fonds LJM et les structures Raptors. La SEC ouvre une enquête et le 8 novembre, Enron reconnaît avoir gonflé ses bénéfices depuis 1997. Le rachat par son concurrent Dynegy échoue fin novembre, la note de crédit passe en catégorie spéculative, et plus personne ne veut lui prêter d’argent.

 

Lire plus: un exemple de crise financière 

Pour conclure

Le 2 décembre 2001, Enron est considérée comme la plus grande faillite de l’histoire américaine. Le fondement de son succès reposait sur la confiance et un cours de bourse élevé.

Dates clés :

  • 1985 : naissance d’Enron, après la fusion de Houston Natural Gas et d’InterNorth.
  • 1990 : arrivée de Jeffrey Skilling, qui lance l’idée d’une entreprise de négoce de contrats.
  • 1992 : la SEC autorise le mark-to-market.
  • 1998 : Andrew Fastow devient directeur financier.
  • août 2000 : l’action Enron atteint plus de 90 dollars, au sommet de sa gloire.
  • 16 octobre 2001 : annonce d’une perte de 618 millions de dollars, début de la chute.
  • 8 novembre 2001 : Enron reconnaît avoir gonflé ses bénéfices depuis 1997.
  • 2 décembre 2001 : faillite d’Enron.
  • 30 juillet 2002 : adoption de la loi Sarbanes-Oxley (rend les dirigeants personnellement responsables de la sincérité des comptes et encadre strictement le travail des auditeurs)
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Anaïs Mani