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Les théories de la croissance économique à maîtriser pour les concours

Sommaire

 

La croissance économique correspond à l’augmentation durable de la production de biens et de services d’un pays. Depuis plus de deux siècles, les économistes cherchent à comprendre les sources de cette augmentation durable de la production. Cependant, leurs explications ont évolué : alors que les économistes classiques expliquent principalement la croissance par l’accumulation des facteurs de production, les théories les plus récentes accordent une place croissante à l’innovation et au progrès technique. Dès lors, quelles sont les principales sources de la croissance économique et comment les économistes ont-ils progressivement fait évoluer leurs explications de la croissance ?

 

Les économistes classiques : expliquer la croissance par l’accumulation des facteurs de production

Les premiers économistes à s’intéresser à la question de la croissance sont les économistes classiques. Aux XVIIIe et XIXe siècles, ils expliquent principalement la croissance par l’accumulation des facteurs de production, c’est-à-dire l’augmentation de la quantité de facteur travail et de facteur capital disponible pour produire. 

Dans ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith explique que la croissance repose notamment sur la division du travail, c’est-à-dire la spécialisation des travailleurs dans des tâches variées afin d’augmenter leur efficacité. Selon lui, cette spécialisation permet d’augmenter la productivité des travailleurs, car un travailleur spécialisé réalise plus rapidement et plus efficacement une tâche qu’un travailleur qui effectue à lui seul toutes les étapes de production. Smith illustre cette idée avec l’exemple de la manufacture d’épingles : alors qu’un artisan travaillant seul dans son atelier ne peut produire au maximum qu’une vingtaine d’épingles par jour, une dizaine d’ouvriers spécialisés dans une manufacture grâce à la division du travail peuvent en produire jusqu’à 48 000 quotidiennement.

Dans ses Principes de l’économie politique et de l’impôt (1817), David Ricardo insiste quant à lui sur le rôle de l’accumulation du capital, c’est-à-dire l’augmentation de la quantité de biens de production, comme les machines, les outils ou encore les équipements, utilisés pour produire d’autres biens et services. Selon lui, l’investissement dans le capital permet aux entreprises d’accroître leurs capacités de production en disposant de davantage de moyens et donc de favoriser la croissance économique. Par exemple, une entreprise qui investit dans de nouvelles machines dispose de davantage de moyens de production : elle peut ainsi augmenter la quantité de biens produits et accroître sa production. Cependant, Ricardo montre que cette accumulation du capital est limitée par la loi des rendements décroissants : lorsque la quantité de facteur capital et de facteur travail augmente, chaque unité supplémentaire de facteur de production apporte un gain de production de plus en plus faible. Ainsi, l’accumulation des facteurs de production permet de stimuler la croissance économique dans un premier temps, mais elle ne peut pas expliquer à elle seule une croissance durable à long terme. En effet, en raison des rendements décroissants, l’économie tend vers un état stationnaire, c’est-à-dire une situation dans laquelle la production cesse d’augmenter et où la croissance économique finit par s’arrêter.

Ainsi, les économistes classiques montrent que l’accumulation des facteurs de production permet d’expliquer la croissance à court terme, mais ils ne parviennent pas à expliquer une croissance durable à long terme en raison notamment de la limite liées aux rendements décroissants. Cette limite conduit alors les économistes du XXe siècle, tels que Robert Solow, à rechercher un autre facteur capable d’expliquer la croissance économique à long terme : le progrès technique.

 

Solow et le rôle central du progrès technique

Dans son article « A Contribution to the Theory of Economic Growth » (1956), Robert Solow développe un modèle de croissance néoclassique visant à expliquer les sources d’une croissance durable. Dans ce modèle, la production dépend de trois éléments : le capital, le travail et le progrès technique. Solow reprend l’idée des rendements décroissants de Ricardo : l’accumulation du facteur travail et du facteur capital permet d’augmenter la production, mais les gains de production deviennent progressivement plus faibles à mesure que les facteurs s’accumulent. À terme, l’accumulation des facteurs ne suffit donc plus à assurer une croissance durable et l’économie tend vers un état stationnaire.

Pour expliquer le caractère durable de la croissance, Solow met alors en évidence le rôle du progrès technique. Celui-ci correspond aux améliorations qui permettent d’augmenter l’efficacité des facteurs de production. Il permet notamment de produire davantage avec une même quantité de facteur travail et de facteur capital, ce qui se traduit par une hausse de la Productivité Globale des Facteurs (PGF). 

 

Lire plus : l’article sur le modèle de Solow 

 

Cependant, si le progrès technique permet à Solow d’expliquer le caractère durable de la croissance, son modèle présente une limite importante : il ne permet pas d’expliquer l’origine de ce progrès technique. En effet, chez Solow le progrès technique est exogène, c’est-à-dire extérieur au modèle. L’auteur montre donc que le progrès technique constitue la principale source de la croissance économique à long terme, mais il n’explique pas son origine ni les conditions qui permettent sa création et son accumulation.

C’est cette limite qui conduit au développement, à partir des années 1980, des théories de la croissance endogène, qui cherchent non pas seulement à mettre en évidence le rôle du progrès technique dans la croissance, mais à expliquer comment les décisions des agents économiques peuvent elles-mêmes être à l’origine de sa création et de son accumulation.

 

Les théories de la croissance endogène : expliquer l’origine du progrès technique

À partir des années 1980, les théories de la croissance endogène cherchent à dépasser la limite du modèle de Solow en expliquant l’origine du progrès technique. Elles montrent qu’il résulte des décisions et des investissements de la part des agents économiques, notamment des entreprises, des ménages ou encore des pouvoirs publics.

Le premier apport est celui de Paul Romer qui, dans son article « Increasing Returns and Long-Run Growth » (1986), explique que la croissance économique repose sur l’accumulation de connaissances. En effet, Romer explique dans son article que les entreprises investissent dans la Recherche et Développement (R&D) afin de créer de nouvelles connaissances, qui permettent ensuite de développer de nouveaux produits et de nouveaux procédés de production. Ces innovations améliorent la productivité des entreprises et favorisent la croissance économique. De plus, Romer souligne que les connaissances sont non rivales, car leur utilisation par une entreprise n’empêche pas leur utilisation par d’autres. Elles génèrent donc des externalités positives, puisque leur diffusion permet à d’autres entreprises d’innover à leur tour et entretient la croissance économique à long terme.

Le second apport est celui de Robert Lucas qui, dans son article « On the Mechanics of Economic Development » (1988), montre que la croissance économique repose également sur l’accumulation du capital humain, c’est-à-dire l’ensemble des connaissances, compétences et qualifications acquises par les individus. Selon lui, les investissements dans l’éducation et la formation permettent d’augmenter directement la productivité des travailleurs. De plus, ces investissements selon lui génèrent des externalités positives, car des travailleurs plus qualifiés peuvent plus facilement et plus efficacement transmettre leurs connaissances et leurs compétences aux autres, ce qui améliore la productivité globale de l’économie et favorise la croissance économique à long terme.

Le troisième apport est celui de Robert Barro qui, dans son article « Government Spending in a Simple Model of Endogenous Growth » (1990), met en évidence le rôle des dépenses publiques productives dans la croissance économique. Selon lui, les investissements publics dans les infrastructures, comme les transports, les réseaux de communication, l’éducation ou encore la justice, améliorent l’environnement dans lequel évoluent les entreprises. Ces dépenses permettent de réduire les coûts de production, de faciliter les échanges et de stimuler l’investissement privé. Elles augmentent donc selon lui la productivité globale de l’économie et favorisent une croissance durable à long terme.

Enfin, le dernier apport est celui de Philippe Aghion et Peter Howitt qui, dans leur article « A Model of Growth Through Creative Destruction » (1992), approfondissent le rôle de l’innovation dans la croissance économique en s’inspirant des travaux de Joseph Schumpeter sur la destruction créatrice. Pour ces auteurs, la croissance repose sur un processus permanent d’innovation : les entreprises investissent dans la R&D afin de créer de nouvelles technologies qui leur permettent d’obtenir temporairement un monopole et donc des rentes de monopole. Cependant, ces innovations rendent progressivement les anciennes technologies et certaines entreprises obsolètes, car elles sont remplacées par de nouvelles innovations. Ainsi, pour Aghion et Howitt la croissance résulte d’un processus continu de destruction créatrice, dans lequel la création de nouvelles activités accompagne la disparition des anciennes et permet une amélioration permanente de la PGF. (Leur théorie a d’ailleurs été récompensé par le prix Nobel d’économie en 2025).

 

Lire plus : les 3 articles sur les théories de la croissance endogène

 

Ce qu’il faut retenir

En conclusion, l’analyse des sources de la croissance économique s’est progressivement enrichie au cours de l’histoire de la pensée économique. Les économistes classiques ont d’abord expliqué la croissance par l’accumulation des facteurs de production, notamment le travail et le capital, mais ont montré que cette accumulation était limitée par la loi des rendements décroissants. Robert Solow a ensuite montré que la croissance de long terme dépendait principalement du progrès technique, qui permet d’augmenter la PGF, mais son modèle ne permettait pas d’expliquer l’origine de ce progrès technique. Les théories de la croissance endogène ont alors dépassé cette limite en montrant que le progrès technique résultait des investissements réalisés par les agents économiques dans les connaissances, le capital humain, les infrastructures publiques ou encore les technologies. Ainsi, l’explication de la croissance est passée d’une approche principalement fondée sur l’accumulation des facteurs de production à une analyse mettant en évidence les mécanismes internes qui permettent de créer et de maintenir une croissance économique durable à long terme.



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Mattéo Pruvot