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Misterprepa

L’hyperinflation du Zimbabwe en 2008

Sommaire

 

Jusqu’où un État peut-il aller dans la création monétaire avant de détruire la confiance dans sa propre monnaie ?

 

Le Zimbabwe comme pays ayant déjà certaines fragilités structurelles


Rappel historique

Avant d’être connu sous le nom de Zimbabwe, le Zimbabwe était d’abord une colonie britannique appelée la Rhodésie du Sud. Le 11 septembre 1965, le Premier Ministre Ian Smith a déclaré l’indépendance de la Rhodésie. Ce qui a été considéré comme illégal par le Royaume-Uni, le Commonwealth et l’ONU et s’en est suivi des sanctions économiques à leur encontre. De là, une guerre est lancée (Bush War) provoquée par des partis nationalistes africains.

Finalement, un accord de cessez-le-feu est établi et par suite d’élections libres, La République du Zimbabwe est proclamée le 18 avril 1980 avec à sa tête Robert Mugabe.

 

Création du dollar zimbabwéen

A la suite de la proclamation de leur indépendance, le Zimbabwe se dote de sa propre monnaie, le dollar zimbabwéen, qui remplace le dollar rhodésien à parité, c’est-à-dire qu’un dollar rhodésien s’échange contre un dollar zimbabwéen. Si au début l’économie semble stable, les premiers déséquilibres arrivent dès les années 1990 avec la corruption, mauvaise gestion et politiques controversées. Un épisode phare résume ces dérives, le « Vendredi noir ». Depuis 1994, un fonds d’indemnisation des victimes de guerre était censé aider les personnes blessées pendant la guerre de libération. Mais des élites politiques en ont détourné une partie, ce qui a provoqué un scandale et la suspension des paiements en mars 1997. Furieux, les anciens combattants multiplient les manifestations. Sous cette pression, le président Mugabe cède : il ordonne le versement de gratifications non budgétisées d’environ 50 000 dollars zimbabwéens à plus de 50 000 vétérans, avec des pensions mensuelles de 2 000 dollars zimbabwéens. Le 14 novembre 1997, le dollar zimbabwéen perd environ 72 % de sa valeur en une journée face au dollar américain, et la Bourse chute de 46 %.

 

La réforme qui va aggraver les fragilités du Zimbabwe

En février 2000, le gouvernement de Robert Mugabe lance la réforme agraire « accélérée » et redistribue environ 4 500 fermes commerciales, détenues surtout par des Blancs. Il confisque ces terres, souvent par la force et sans compensation, puis les attribue à des partisans du pouvoir et à des vétérans de guerre, dont la plupart n’ont jamais dirigé une exploitation agricole. La production agricole s’effondre, les recettes fiscales de l’État chutent et ses dépenses continuent d’augmenter. Le Zimbabwe perd ainsi son principal moteur économique, et l’État se retrouve sans moyen de financer ses dépenses.

 

Lire plus: comprendre le rôle des banques centrales

 

La création monétaire comme solution au déficit

Les recettes fiscales chutent avec la production agricole, alors que les dépenses continuent d’augmenter. Pour combler ce trou, le Zimbabwe se tourne directement vers sa banque centrale.

La Banque de réserve du Zimbabwe (RBZ), ne se contente pas de financer le budget officiel mais elle dépense aussi à la place du gouvernement, en dehors du budget, en créant de la monnaie.

A ce moment, le déficit public total du pays tourne autour de 60 % du PIB (d’après une estimation du FMI en 2006). La RBZ quant à elle, n’a aucune indépendance opérationnelle. Ce qui fait qu’elle obéit au pouvoir politique et ne peut pas résister à ses demandes. Le gouvernement encaisse ainsi le « seigneuriage », le revenu que l’État tire de la création de monnaie, et fait payer l’inflation à tous les Zimbabwéens.

Selon Steve Hanke, un économiste américain, la RBZ imprime de la monnaie à un rythme supérieur à celui de la banque centrale allemande entre janvier 1921 et mai 1923.

 

La théorie de la monnaie appliquée au Zimbabwé

La théorie quantitative de la monnaie repose sur l’équation d’échange M × V = P × Y, où M désigne la quantité de monnaie en circulation, V la vitesse de circulation de cette monnaie, P le niveau général des prix et Y la production de biens et de services.

Quand l’État fait augmenter M alors que Y s’effondre, P doit monter pour rétablir l’égalité. Au Zimbabwe, V aggrave encore la situation : les agents économiques anticipent la hausse des prix, se débarrassent de leur monnaie le plus vite possible et accélèrent la circulation monétaire, donc l’inflation.

Dans les magasins, les commerçants suivent le taux de change du marché noir et ajustent leurs prix en temps réel. La RBZ réagit en accélérant, elle redénomme la monnaie trois fois entre 2006 et 2009 et imprime des billets toujours plus gros, sans jamais traiter la cause.

 

Lire plus: en savoir plus sur la théorie de la monnaie

 

Les conséquences de cette décision sur l’économie zimbabwéen

La conséquence directe est donc une situation d’hyperinflation où les prix doublent quasiment toutes les 24,7 heures. Un des symboles de cette époque est le billet de 100 000 dollars zimbabwéens qui en réalité était juste assez pour s’acheter du pain. En décembre 2008, 5,5 millions de personnes avaient besoin d’une aide alimentaire selon la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM), deux agences de l’ONU, soit près de la moitié des 12 millions d’habitants.

 

Les mesures prises pour éviter une nouvelle crise

Le pays a finalement décidé d’abandonner sa monnaie le 12 avril 2009 après pression de la population et d’adopter des devises étrangères. Ainsi, le gouvernement n’a plus la mainmise sur la création de la monnaie et devra suivre une discipline budgétaire.

 

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Pour conclure

Aujourd’hui, la monnaie du Zimbabwe est le ZIG et elle correspond à la 6e tentative de réforme monétaire. Le pays a réussi à maintenir une inflation autour de 4,4% en mars 2026 et son PIB atteint 56,7 milliards de dollars américains en 2026 selon le FMI.

Malgré tout, environ 80 % des transactions se font encore en dollars américains, ce qui illustre la méfiance toujours présente de la population vis-à-vis de l’État.

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Anaïs Mani