Biélorussie et UE : entre arme migratoire et sanctions

Depuis l’été dernier, la Biélorussie affrète des avions dans lesquels des migrants originaires du Moyen et Proche Orient sont invités à embarquer pour la Pologne. La venue de ces migrants au sein de l’Union Européenne n’est autre que la réponse aux sanctions prises par les organes juridiques européens contre Loukachenko, le président biélorusse. Cet évènement illustre l’apparition depuis quelques années d’une nouvelle forme de pression qui pèse sur l’Union Européenne : la menace migratoire.

 

Les prémices de l’opposition entre l’Union Européenne et la Biélorussie

Alexandre Loukachenko appartenait au Parti Communiste de l’Union Soviétique avant d’être élu pour la première fois en 1994 à la tête de la Biélorussie. Il est un fervent opposant du capitalisme puisque dès son élection il a abrogé les réformes économiques qui avaient été entreprises par son prédécesseur. Les sanctions des différentes organisations internationales ont dès lors commencé avec la suspension des prêts financiers par la Banque Mondiale et le FMI en représailles des mesures prises par le président biélorusse dans les deux premières années de son mandat.

Lors de l’été 1996, Alexandre Loukachenko souhaite renforcer ses pouvoirs présidentiels et modifier la Constitution de son pays malgré la pétition de 70 des 110 députés biélorusses s’opposant à cela. En 1996, le président biélorusse va organiser un référendum dans le but de faire approuver l’extension de ses pouvoirs et lui permettre de fermer le Parlement. Ce referendum aurait été approuvé à plus de 70%. L’opposition à ce gouvernement a été bannie et la presse censurée. C’est le début du conflit entre l’Occident et la Biélorussie puisqu’en effet les Etats-Unis et l’Union Européenne ne vont pas reconnaitre le scrutin. 

A ce jour, Alexandre Loukachenko est considéré comme « le dernier dictateur d’Europe »

 

L’origine de la menace migratoire biélorusse

En août 2020, a eu lieu la réélection d’Alexandre Loukachenko. Celle-ci a été considérée comme frauduleuse par une partie de la population biélorusse qui s’est soulevée contre son président. Ce dernier, n’acceptant pas l’opposition, a mis en place une répression brutale de sa population en emprisonnant ses opposants. Certains ont décidé de s’exiler en Pologne et en Lituanie (pays les plus touchés actuellement par la crise migratoire). Cette réélection a non seulement été contestée par la population locale mais également par l’Union Européenne qui a décidé d’imposer progressivement des sanctions contre la Biélorussie pour le caractère frauduleux de cette élection et contre les actes d’intimidations entrepris contre la population et les journalistes par Loukachenko et ses forces armées envers les opposants biélorusses. 

Du fait de la non reconnaissance du scrutin par l’UE, le Conseil Européen a décidé de renforcer les restrictions existantes en interdisant de survoler son espace aérien et les accès à ses aéroports pour tous les types de transporteurs biélorusses.

Or, depuis quelques mois, la Biélorussie instrumentalise la question migratoire en réponse à ces mesures restrictives de la part de l’UE. En effet, depuis cet été la Biélorussie a affrété à plusieurs reprises des avions afin de faire venir à la frontière polonaise et lituanienne des migrants pour la plupart irakiens, syriens, kurdes et yéménites. Plus de 70 vols par semaines à destination de Minsk ont été recensés. Dans ces avions étaient regroupés des migrants ayant obtenu des visas touristiques afin de se rendre en Biélorussie. Une fois arrivés à destination, ces migrants sont dirigés vers des bus les emmenant vers les forêts froides à la frontière polonaise.

Ainsi, lors de la réunion des 27 ministres des affaires étrangères et de la défense à Bruxelles, des sanctions ont également été prises contre les compagnies aériennes et agences de voyages qui, sous couvert de tourisme (d’ailleurs difficilement envisageable eu égard à la situation biélorusse) ont maintenu leurs vols vers Minsk en connaissance de cause.

 

Le début d’une « guerre hybride » 

La principale menace pour l’UE de la part de la Biélorussie est la menace migratoire mais ce n’est pas la seule. En effet, l’UE considère l’affrontement avec la Biélorussie comme un affrontement hybride car le volet économique entre également en jeu. De ce fait, l’Union Européenne sanctionne des proches d’Alexandre Loukachenko concernant le non respect des droits de l’homme et la question migratoire mais envisage également des sanctions économiques notamment pour les agences de voyages et compagnies aériennes ainsi que sur la potasse qui est un composant essentiel de la fabrication de l’engrais. La Biélorussie est le deuxième exportateur mondial de ce matériau. 

Loukachenko n’en démord pas, à chaque sanction ce dernier trouve une solution et menace désormais l’Union Européenne et plus spécifiquement l’Allemagne de couper l’approvisionnement en gaz qui passe par son pays et dont cette dernière est extrêmement dépendante.

Or, le départ du gazoduc qui transite par la Biélorussie se trouve chez son voisin russe. La Russie est donc la seule a avoir un réel pouvoir dessus. Ce qui amène à se demander quels sont les rôles des puissances extérieures dans ce conflit qui permettent à la Biélorussie de s’opposer si fermement à l’UE. 

 

Un enjeu qui génère l’intervention de puissance étrangères 

Tout d’abord, depuis toujours la Russie considère la Biélorussie comme appartenant à son « étranger proche ». Le Président Vladimir Poutine a d’ailleurs soutenu Loukachenko lors de sa réélection contestée en 2020. De plus, pour mettre fin à cette crise migratoire et potentiellement économique puis démarrer des pourparlers, la chancelière allemande sortante, Angela Merkel s’est adressée directement à Vladimir Poutine pour lui demander d’agir afin de faire cesser « l’instrumentalisation » des migrants. Vladimir Poutine lors de cet entretien téléphonique a « proposé que des discussions (…) soient arrangées directement entre Minsk et l’UE ». Cet échange téléphonique entre Merkel et le président en exercice Poutine démontre l’importance implicite que peut avoir la Russie dans ce conflit. 

Toujours concernant la Russie, cette dernière a, il y a quelques jours, entrepris des vols d’essai d’avions bombardiers à capacité nucléaire au dessus de la Biélorussie. Cet événement ne semble pas anodin au regard de la situation entre la Biélorussie et l’Europe occidentale. 

De plus, la Biélorussie partageant des frontières avec l’Ukraine, cette dernière a fait part de son inquiétude envers la Russie auprès de l’OTAN. Le Secrétaire Général de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord a prévenu la Russie qu’en cas d’attaque l’OTAN serait du coté de l’Ukraine. Du coté oriental, les Emirats Arabes Unis ont interdit aux ressortissants afghans, syriens, irakiens et yéménites d’embarquer à bord de ces avions affrétés par la Biélorussie. La Turquie a fait de même suite à la mise en garde de l’UE contre toutes les puissances qui s’aviseraient d’encourager ce flux migratoire illégal vers l’Europe. Ainsi, cette bataille humaine et économique ne concerne pas seulement deux pays que sont la Pologne et la Biélorussie mais bien des organisations internationales ainsi que des puissances extérieures.

Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la menace humaine et migratoire contre l’Union Européenne n’est pas nouvelle, bien au contraire celle-ci pèse depuis plusieurs années sur l’Europe.

 

La pression migratoire, un procédé stratégique déjà utilisé 

Les états membres de l’union Européenne ont déjà eu à faire face au chantage migratoire.  En effet, la Turquie avait déjà tenté de le faire mais un accord a été trouvé pour y mettre fin en 2016. Le Maroc aussi en mai dernier, avait décidé d’ouvrir ses frontières avec l’Espagne à Ceuta et Melilla pour y laisser passer des migrants et leur permettre de rejoindre l’Europe en représailles de l’accueil d’un représentant du front Polisario, grand ennemi du Maroc, en Espagne. Ce type d’attaque étant utilisé de plus en plus fréquemment, cela représente une réelle menace pour l’Union Européenne. De cela est né le projet de « boussole stratégique » de Josep Borrell présenté auprès des 27 de Bruxelles au mois de novembre dans le but de remplacer l’ancien document présentant les orientations stratégiques des politiques de défense de l’UE et d’innover dans ces domaines.

 

Conclusion

Cette « guerre hybride » entre l’UE et la Biélorussie n’a pas fini de faire parler d’elle puisque la réponse polonaise à cette crise en mettant en place des push-back de migrants est tout à fait contraire au droit international. 

De plus, pour répondre à cette attaque biélorusse, Varsovie souhaite monter un mur de 400km à la frontière entre les deux pays. Pour ce faire, le pays veut mettre en place 3 équipes qui se relaieraient 24h sur 24 pour un coût de 353 millions d’euros afin de matérialiser cette séparation.

Ce à quoi le président Loukachenko a répondu «ils nous menacent de nouvelles sanctions, de bâtir un mur de 5m de haut. S’ils n’ont rien d’autre à faire qu’ils le fassent». Une chose semble certaine, un accord pour mettre fin à cette crise parait bien difficile à trouver et une remise en cause de l’acquis de Schengen semble menacer l’UE.

Axel Achouri

Etudiant à Neoma BS, j'ai à coeur de transmettre ce que j'ai appris en prépa afin de favoriser l'égalité des chances et d'aider les nouvelles promotions à réussir !

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