Comment citer une bande dessinée dans une dissertation d’HGGMC ?

En lisant cet article beaucoup des élèves de classe préparatoire ECS (ou ECG) pour les nouveaux venus seront sans doute pris d’un rire nerveux avant de se dire qu’il doit s’agir d’un mauvais poisson d’Avril (promis nous sommes bien le 25 Septembre et pas le 1er Avril). Pourtant, je suis tout ce qu’il y a de plus sérieux : bien amenée et analysée, une référence issue d’une bande dessinée a tout à fait sa place dans une copie de géopolitique !

 

 

Une forme littéraire et artistique à utiliser intelligemment

Alors oui c’est clair, mon conseil sera de prime abord loin de plaire à tout le monde, notamment aux professeurs aux méthodes les plus traditionnelles. Ils diront que seuls peuvent être cités dans une copie d’HGGMC des auteurs renommés dans le milieu de l’étude de la géopolitique. Ainsi vous conseilleront-ils Omahe, Nye et tant d’autres qui hantent certainement déjà bien des chapitres de vos cours et que vous connaîtrez sur le bout des doigts à la fin de votre classe préparatoire.

Ces mêmes professeurs s’offusqueront de cette atteinte au traditionalisme. Et dans un certain sens, ils ont totalement raison : il ne s’agit pas de tenir pour argent comptant (pour le coup ça serait totalement suicidaire) tout ce qui peut se raconter dans une bande dessinée. Elles représentent une version romancée et souvent dénuées dans de nombreux aspects de réalisme. L’analyse doit donc porter sur un autre élément qui cette fois peut lui être intéressant : la vision d’un auteur qui nous en apprend beaucoup sur la pensée de son époque. C’est donc ainsi qu’il faudra utiliser de telles références, et ainsi qu’elles pourront ajouter une originalité et une fraicheur bienvenue dans une copie.

 

 

 

 

Deux exemples intéressants

Pour illustrer mon propos, je citerais ici deux bandes dessinées que j’ai personnellement citées dans une copie ou une colle d’HGGMC pendant mes trois années de classe préparatoire :

  • Tintin au Congo: Commençons par le plus classique ! L’œuvre d’Hergé n’échaoppe pas aujourd’hui à de nombreuses critiques et doit donc être prise avec des pincettes pour qui veut l’utiliser. En effet, il faut différencier l’utilisable de ce qui relève de la propagande ou de la satire pure (n’essayez pas notamment de citer Tintin au pays des Soviets pour parler de l’URSS, la vision de l’auteur est bien trop biaisée pour espérer mener une analyse pertinente du bloc soviétique à partir de cette ouvrage). Dans le cas de la bande dessinée parue en 1931 qui représente l’un des albums les plus critiqués de l’auteur, c’est bien la vision d’Hergé sur la situation en Afrique à l’époque qui nous intéresse. En effet, Hergé est Belge, pays qui a l’époque possède encore plusieurs colonies, notamment le Congo. Tout le long de l’œuvre, Hergé (qui est d’ailleurs régulièrement taxé de racisme pour ce qu’il a pu dessiner il y a plus de 90 ans) présente bien ce qu’est la vision belge (et d’ailleurs plus globalement occidentale) de l’Afrique à l’époque. Les Africains y sont présentés comme sous-développé et accueillant à bras ouvert les gentils occidentaux venus les « civiliser » à coup de cours ou encore de conversion à la religion chrétienne. Quand on connaît le nombre de sujets sur lequel vous plancherez pendant vos deux ans de classe préparatoire qui traiteront de près ou de loin le thème de la décolonisation, on peut se dire qu’une telle bande dessinée si elle est bien analysée (quitte à citer une page voire même des cases précises) peut représenter un atout bienvenu et original dans une copie.
  • La Jeunesse de Picsou: Ce coup-là, je pense que beaucoup moins de personnes lisant cet article seront avertis de ce qu’est cette série d’ouvrage. En effet, il y a à boire et à manger sous l’appellation « Picsou ». On y trouve des bandes dessinées, mais également de nombreux films d’animations ou encore même des jeux vidéo. Ici nous nous cantonnerons seulement aux bandes dessinées et plus spécialement à cette série de douze comics portant sur la jeunesse du célèbre canard milliardaire publiée pour la première fois entre 1992 et 1994 et écrite par l’auteur américain Don Rosa. Cette série s’intéresse à la vie de Picsou avant qu’il ne devienne milliardaire, lorsqu’il se lance dans un vaste périple autour du monde. Quasiment chaque épisode représente un potentiel énorme en termes de citation dans une colle ou une copie d’HGGMC. Par exemple, si vous voulez parlez de la colonisation en Afrique sous un jour nouveau notamment en parlant du cas de l’Afrique du Sud souvent plus méconnu que d’autres, lisez avec attention l’épisode 6 intitulé « La Terreur du Transvaal ». Si vous voulez ajoutez une dimension historique plus importante dans l’analyse d’un sujet portant sur les États-Unis en tant que puissance intérieure, intéressez-vous aux épisodes 1 à 4. Dernier exemple : dans une copie sur les ressources minières et énergétiques, pensez à l’épisode 8 intitulé « L’Empereur du Klondike ». Vous en tirerez une vision intéressante de la ruée vers l’or.
Julien Vacherot

Étudiant en première année à HEC Paris et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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