La crise au Xinjiang, un enjeu géopolitique et économique majeur

La crise des ouïghours en Chine pose des questions géopolitiques et économiques sur la Chine, mais aussi sur le monde. Prendre profondément connaissance de cet événement d’actualité pourra vous être très utile en dissertation de géopolitique aux concours, en plus de vous tenir au courant des phénomènes d’actualité d’une importance telle.

 

Retour sur la situation

Les ouïghours sont une minorité musulmane et turcophone chinoise vivant dans la province du Xinjiang au Nord-Ouest de la Chine. 

En 2018, l’ONG Human Rights Watch publie un rapport dans lequel elle accuse les autorités chinoises de détenir entre 1 et 3 millions de ouïghours. Retenus dans des camps, ils subiraient des sévices allant du travail forcé au lavage de cerveau en passant par la stérilisation des femmes.

Ce dernier point permet de parler de génocide. Néanmoins, la Chine dément et parle plutôt de camps de déradicalisation. En effet, la province a connu en 2013 plusieurs attentats islamistes qui servent aujourd’hui d’excuse pour justifier l’internement des ouïghours. Malgré son démenti, la Chine refuse que des experts de l’ONU viennent vérifier sur place.

 

Cette accusation survient alors que la Chine augmente sa puissance économique et devient un acteur majeur de la géopolitique mondiale. Bien que la communauté internationale soit longtemps restée silencieuse sur le sujet, un tournant s’opère en mars 2021.

L’Union européenne, suivie des Etats-Unis, du Royaume-Uni et du Canada met en place des sanctions diplomatiques contre plusieurs responsables chinois. La Chine répond alors par des contre-sanctions, en interdisant de séjour et d’affaires plusieurs dirigeants européens comme l’eurodéputé Raphaël Glucksmann très engagé pour les ouïghours.

 

Bien que le rapport de Human Rights Watch date de plusieurs années, ces accusations restent d’actualité et ont, encore aujourd’hui, leur importance dans la géopolitique mondiale. Nous allons donc voir les différents enjeux derrière cette répression. 

 

Lire plus : Au Xinjiang, l’enfer orwellien de la minorité Ouïghoure.

 

Intégrer les ouïghours pour unifier la Chine.

Cette répression de la minorité ouïghoure témoigne de la volonté du Parti Communiste Chinois (PCC) de réunifier le peuple autour d’une identité chinoise bien définie. Cette unification passe par un processus d’acculturation :

  • Interdiction de parler turc au Xinjiang,
  • Destruction des temples bouddhistes au Tibet…

 

Cela passe également par des processus de peuplement. Le gouvernement incite les Hans (l’ethnie majoritaire en Chine) à s’installer dans les différentes régions « dissidentes » en construisant par exemple des lignes à grande vitesse. Ainsi, on peut remarquer que plusieurs crises et répressions en chine s’inscrivent dans cette volonté d’unification et d’intégration : Taiwan, Hongkong, le Tibet et aujourd’hui le Xinjiang.

Cette volonté d’intégration affichée du PCC marque une volonté d’affirmer un État-Nation fort aux frontières bien définies. L’historien Pierre Grosser parle alors d’une Chine “hyperwestphalienne”, qui accorde une place prépondérante à ses frontières et à l’état, alors que l’Europe, est plutôt dans une logique post-westphalienneoù l’état perd de son importance face aux institutions infra et supra nationales et où les frontières deviennent plus floues.

 

Les entreprises et l’Europe face à leurs responsabilités

Un collectif d’ONG et d’associations ouïghoures a porté plainte en avril 2021 au Tribunal judiciaire de Paris contre de nombreuses marques de prêt-à-porter pour : « Recel de crime de réduction en servitude aggravée, de crime de traite des êtres humains en bande organisée, de crime de génocide et de crime contre l’humanité ».

 

De nombreuses marques populaires sont visées par la plainte, notamment :

  • Zara,
  • Sandro,
  • Berska…

Cette plainte a ouvert les yeux à l’opinion publique et a propulsé le sujet au cœur de l’actualité.

 

La question de la responsabilité des entreprises se pose. La plupart des multinationales accusées, font appel à des sous-traitants qui seraient les responsables de l’exploitation des ouïghours. La France a adopté en 2017, une loi sur le devoir de vigilance des sociétés sur leurs sous-traitantsCependant, l’absence de traçabilité et la multiplication des échelles de production (entreprises, filiales, sous-traitants…) rendent les contraintes difficilement applicables.

 

Des juridictions internationales qui ne facilitent pas les choses

En l’absence de juridictions internationales, les choses ne pourront pas changer. En revanche, les législations sont aujourd’hui en train d’évoluer : en mars 2021, l’Union européenne a adopté une proposition visant à rendre les entreprises juridiquement responsables de toute leur chaîne de production, sur les plans des droits de l’homme et de l’environnement.

De plus, la question ouïghoure est au cœur des négociations de l’accord d’investissement entre la Chine et l’Union européenne. Les négociations de cet accord ont d’ailleurs été gelées en mai 2021 par le Parlement européen, qui impose le respect des droits de l’homme comme une condition sine qua non à la ratification d’un accord avec la Chine.

 

Les normes européennes des droits de l’Homme en Chine

L’Europe pourrait ainsi imposer ses normes en matière des droits de l’Homme à la Chine, de quoi illustrer la notion de puissance normative européenne. Si l’accord est signé sans cette clause sur les droits de l’homme, cela serait une réussite pour la chine qui parviendrait à façonner les normes mondiales en sa faveur et renforcerait alors sa puissance.

La répression des Ouïghours illustre plusieurs aspects de la politique chinoise et de la place de la Chine dans la mondialisation. Cette crise, encore très actuelle, peut être utilisée pour illustrer de nombreux points comme :

  • L’importance des frontières,
  • Les droits des minorités,
  • Questionner l’ère post-westphalienne,
  • La Responsabilité sociale des entreprises,
  • La puissance normative de l’Europe,
  • Les liens ONG / entreprises / politique,
  • L’impasse du soft power chinois,
  • Les revers de la mondialisation et de la DIPP…

 

Lire aussi : Génocide Culturel des Ouïghours : la Stratégie Politique du PCC

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