ESH ECRICOME 2022 – Analyse du Sujet 2

Découvrez sans plus attendre l’analyse du sujet 2 d’ESH ECRICOME 2022 ! L’ESH fait partie des épreuves clés pour les étudiants de la filière ECE puisque le coefficient de cette dernière oscille entre 4 et 6 pour en fonction des cinq écoles de la banque. 

Dans cet article, nous allons vous faire une suggestion de plans ainsi qu’une analyse de l’épreuve d’ESH afin de vous donner des outils et astuces pour bien appréhender la suite des concours. 

 

LES SUJETS d’ESH ECRICOME 2022

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L’analyse du sujet 2 d’ESH ECRICOME 2022

Ce sujet déjà abordé à l’ESSEC en 2015 sous la forme « Croissance et inégalités » demandait aux étudiants de mélanger leurs connaissances des deux années d’ESH en faisant référence au dernier module de deuxième année (politiques sociales, visions de la justice sociale, Interventionnisme étatique…) mais aussi au deuxième module de 1ère année (fluctuations de l’économie et particulièrement le chapitre sur la croissance économique). Formulé d’une telle manière, le sujet invite à s’interroger sur les liens potentiellement réciproques entre inégalités et croissance. En effet, les sujets en A et B peuvent se prêter à une analyse A vers B puis B vers A. Néanmoins, nous pensons qu’il est plus à propos de traiter principalement la question de l’incidence des inégalités sur la croissance. Les conséquences potentiellement égalitaires de la croissance (Kuznets) ou inégalitaires (Aghion) sont évidemment dans le sujet et il est possible de les mentionner mais il convient de garder un plan cohérent et pour cela, il est plus aisé de prendre une question principale qui serait alors : Les inégalités, carburant ou entrave à la croissance ?

 

Il faut évidemment insister dans le sujet sur la vision plutôt classique et libérale selon laquelle les inégalités sont le carburant de la croissance car sans inégalités de situation, il n’y a pas d’incitations. Il faudra ensuite revenir sur la situation d’aujourd’hui pour montrer à quel point les inégalités sont de nature à entraver la croissance (Duflo) en évoquant notamment les causes de la stagnation séculaire chez Gordon ou Summers mais aussi les problèmes que posent les inégalités des chances pour la croissance (thèse des Einsteins perdus formulée par Xavier Jaravel). On pouvait enfin dans une dernière partie, si le candidat le souhaitait, interroger les conséquences inégalitaires du phénomène de croissance (à moins de l’aborder dans l’une des deux autres parties en fonction de l’argumentation !).

 

Le sujet ne présente donc pas de difficultés particulières si ce n’est de bien définir les termes du sujet. La définition de croissance est aisée car on peut reprendre la définition de la croissance économique au sens de Perroux (augmentation d’un indicateur sur une période donné, dans le cadre de la croissance c’est l’augmentation du PIB) ou de Kuznets (La croissance est pour un pays la capacité à offrir une gamme sans cesse élargie de biens économiques). Le terme « inégalités » est plus intéressant à définir car il est au pluriel. Alors on peut certes partir d’une définition classique de l’inégalité qui est une différence entre individus ou classes sociales qui se traduit en termes d’avantages ou de désavantages et qui fonde une hiérarchie entre ces individus ou classes. A partir de là, on pouvait aussi rappeler comment l’on mesure les inégalités (indice de Gini, indice de Theil, ratio de Palma…). Il s’agissait dans un dernier temps de s’interroger lors de l’analyse de sujet sur les différents types d’inégalité : inégalité des situations, inégalités des chances (Boudon), inégalités économiques, sociales, sanitaires, de revenus, de patrimoines… Le champ était large, il s’agissait donc de comprendre le plus de dimensions possibles tout en restant cohérent lors du développement (la typologie inégalités des situations/inégalités des chances étant déjà un bon départ pour réaliser ce sujet).

 

Possibilité d’accroche : Le CAE a publié en décembre 2021 une note pour la réforme de la taxation sur l’héritage et les successions face au constat d’un retour de la société des héritiers qui pourrait peser sur les performances économiques françaises.

 

Introduction

Définition croissance : Selon Kuznets, la croissance est la capacité pour un pays, à proposer une gamme sans cesse élargie de biens économiques, cette capacité se fonde sur les institutions et le progrès technique.

 

Définition inégalités : différences entre individus ou classes sociales qui se traduisent en termes d’avantages ou de désavantages et qui fondent une hiérarchie entre ces individus ou classes. Ces inégalités sont mesurées par l’indice du Gini (qui est mathématiquement une intégrale entre la bissectrice et la courbe de Lorenz). Elles sont aussi multiformes : économiques, sociales, environnementales, des situations, des chances, de patrimoine, de revenus…

 

Problématique : Les inégalités sont-elles un carburant ou une entrave à la croissance ?

 

 

Proposition de plan 

I- Les inégalités sont le carburant des incitations à travailler et à innover, ce qui est de nature à augmenter la croissance :

 

            A) Les inégalités permettent de lutter contre l’oisiveté qui nuit à la croissance :

 

Malthus, « Essai sur le principe de population », 1798 : Lutter contre les inégalités est inefficace car cela conforte les pauvres dans l’oisiveté. Les inégalités permettent alors d’inciter chacun à travailler pour gagner plus, ce qui in fine va créer de la croissance (métaphore de la confection du banquet).

Spencer, « Le droit d’ignorer l’État », 1992 : Concept du mauvais pauvre.

 

 

            B) En outre, ces inégalités permettent d’augmenter la croissance car elles profitent à tout le monde :

 

Smith, « La richesse des nations », 1776 : Mise en avant de la théorie du ruissellement. Hausse des inégalités de revenus = ruissellement = les plus pauvres sont embauchés par les plus riches et donc baisse du chômage et hausse de la croissance (théorie d’Okun).

– Théorème de Schmidt.

Rawls, « Théorie de la justice », 1971 : Il souhaite concilier justice sociale et croissance. Pour cela, il montre que les inégalités doivent profiter aux plus démunis (c’est le cas dans le cadre de la théorie du ruissellement), c’est le principe du Maximin.

 

Hayek, « Les routes de la servitude », 1944 : Les inégalités sont le moteur de la croissance car dans les sociétés planificatrices, il n’y a pas de croissance à cause du manque d’incitations à produire et créer (égalité des situations).

Schumpeter, « Théorie de l’évolution économique », 1912 : L’innovation est le facteur clé de la croissance économique or ce qui pousse à innover, c’est l’incitation créée par les gains potentiels. L’innovation est un fait économique mais aussi social car l’innovation permet la mobilité sociale. Dès lors c’est bien l’inégalité des situations qui va favoriser l’innovation (d’ailleurs les droits de propriété sont la source d’une inégalité des situations or c’est un facteur prépondérant de la croissance)

Aghion, « Le pouvoir de la destruction créatrice », 2021 : Sans incitations à innover pas d’innovation et donc pas de croissance. L’incitation provient bien des inégalités de situations.

 

 

            C) Finalement, les inégalités permettent aussi d’assurer une croissance équilibrée :

 

– Modèle d’Harrod-Domar

Kaldor, « Alternative theories of distribution », 1956 : Pour assurer une croissance équilibrée, il faut que O = D, ainsi il faut ajuster l’investissement et l’épargne en fonction. L’investissement et l’épargne dépendent des inégalités (Keynes, « Théorie générale », 1936 Loi psychologique fondamentale). S’il faut plus d’investissement dans l’économie, il peut être utile de faire une redistribution à l’envers car les plus riches ont une forte propension à épargner et grâce au surplus d’épargne on peut financer l’investissement. Ainsi, les inégalités peuvent favoriser l’investissement et donc une croissance équilibrée.

 

 

 

II- Néanmoins, trop d’inégalités tue la croissance notamment lorsque l’on parle d’inégalités des chances :

 

            A) Les inégalités entravent la croissance et sont à la base de la stagnation séculaire et des crises :

 

Artus, « 40 ans d’austérité salariale », 2019 : Depuis 40ans, les salaires augmentent moins vite que les gains de productivité (augmentation des dividendes de l’autre côté qui atteignent des records en 2022), la hausse des inégalités est à la base d’une baisse du consommation.

Keynes, « Théorie générale », 1936 Loi psychologique fondamentale : Les plus pauvres ont une forte propension marginale à consommer ainsi, si l’on baisse le salaire des plus pauvres, on a moins de consommation.

– Cette austérité salariale correspond alors à une baisse de la demande globale qui nuit à la croissance (possibilité de représenter cela avec un modèle OGDG).

– Ces inégalités peuvent même faire émerger une situation de crise de surproduction (Marx, « Le capital », 1867).

Gordon, « Is US economic Growth over », 2014 : Les inégalités font partie des 6 vents contraires à la croissance. L’analyse de Summers permet de voir comment les inégalités briment en réalité l’investissement à partir de la typologie des taux d’intérêts de Wicksell dans « Interest and prices » (1898).

 

 

            B) En outre, les inégalités de revenu et de patrimoine nuisent à la compétitivité de l’offre :

 

Lucas, « On the mechanics of economic development », 1988 : Croissance est tirée par l’éducation et la qualité du capital humain.

Becker, « Human capital », 1964 : Le salaire dépend de la productivité marginal du travail qui dépend elle-même de l’éducation des individus.

Bourdieu & Passeron, « Les héritiers », 1964 : L’éducation des individus est directement impactée par les inégalités culturelles et économiques (le capital culturel et économique facilite les études longues)

Courbe de Gatsby le Magnifique.

– Ces inégalités éducatives pèsent sur la croissance française : Thèse des Einsteins perdus de Jaravel (Les inégalités éducatives découragent certaines personnes de se lancer dans de longues études voire dans les filières de recherches qui favorisent la croissance).

Piketty, « Le capital au 21ème siècle », 2013 : inégalités cumulatives (les inégalités de patrimoines permettent de longues études qui permettent un haut revenu et donc un plus fort patrimoine) qui nuisent à la croissance par ce biais.

 

 

            C) Finalement, les inégalités outrancières nuisent à la cohésion sociale qui est un facteur de croissance primordiale :

 

Piketty, « Économie des inégalités », réédition de 2015 : Reprise de la courbe de Kuznets (qui est donc une fable plus qu’une réalité), hausse des inégalités notamment à travers les inégalités de patrimoine.

– Ces inégalités sont à la base de frustrations des plus faibles : Mouvements sociaux : Gilets jaunes, Occupy Wall Street, Generacion indignados

Algan & Cahuc, « La fabrique de la défiance », 2012 : La cohésion sociale est de nature à permettre la croissance. Une société sans confiance est une société sans croissance.

– La France se caractériserait par une passion pour l’égalité (Tocqueville), trop d’inégalités nuit donc à la cohésion sociale et in fine à la croissance.

 

 

Conclusion

 Les inégalités sont certes incitatives mais elles sont aujourd’hui trop élevées, elles nuisent donc à la croissance. Néanmoins Y-a-t-il une fatalité à la tendance inégalitaire des économies occidentales ? Pas sur car beaucoup de politiques peuvent être mises en place pour lutter contre celles-ci (il suffit de se rapporter par exemple à la note du CAE citée en accroche par exemple).

 

Évidemment, ce plan n’est qu’une proposition. Il n’est pas le seul possible, si tu as fait un plan différent don’t worry !

 

Léo Bedenc

J’ai intégré emlyon business school après avoir effectué une prépa ECE à Bordeaux, étant passionné d’économie, j’interviens principalement dans cette matière.

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