L’histoire du canal de Suez

Le 24 mars 2021, le porte-conteneurs « Ever Given » interrompt le trafic maritime traversant le canal Suez. Soudainement, l’un des passages commerciaux les plus fréquentés au monde se retrouve à l’arrêt. Reliant la Mer Rouge à la Mer Méditerranée, le canal de Suez permet de rejoindre l’Europe depuis l’Asie sans avoir à contourner le continent africain. Pourtant, c’est une simple tempête de sable a fait échouer un bateau. Et cet événement a fait la une des journaux. Nous comprenons alors l’importance de ce canal dans l’économie mondiale. 

Dans cet article, nous verrons que le projet du canal de Suez est un projet ancien qui, depuis toujours, attire les convoitises étrangères. Bien que situé sur le territoire égyptien, ce passage subit différentes influences étrangères. Une date importante de l’Histoire du canal de Suez est sa nationalisation par Abdel Nasser en 1956, qui mène à la crise de Suez.

 

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Un projet ancien

L’idée d’un passage fluvial reliant les deux mers existe depuis l’Antiquité. L’objectif principal est de favoriser le commerce entre les peuples méditerranéens (Égyptiens, Grecs, Romains…) avec l’Orient. Dès lors, l’Égypte n’est pas la seule favorable à ce projet, qui bénéficierait à tous. D’après Diodore de Sicile, Sésostris III serait le premier pharaon à envisager le creusement d’un canal. L’objectif était double : permettre un passage fluvial et étendre la présence égyptienne en Mer Rouge. Le canal doit donc être capable de laisser passer les bateaux commerciaux et les bateaux militaires. Malheureusement, le creusement est complexe et le projet n’aboutit pas. Seule la partie occidentale, reliant le delta du Nil aux lacs Amers, voit le jour.

De nombreux acteurs ont, à différentes époques, envisagé le creusement d’un canal à Suez pour des raisons économiques ou militaires. Il est également fréquent que ces tentatives de projets viennent de l’étranger. Cette région, cible des influences étrangères, n’échappe pas aux convoitises européennes. L’objectif est d’ouvrir la Mer Rouge à l’Europe. C’est par exemple l’idée de Napoléon Bonaparte qui, lors de son expédition en Égypte, affirme sa volonté de relier les deux mers. Par manque de temps, il ne lancera pas le projet.

 

Une ouverture sous influences étrangères

La région du canal de Suez est donc convoitée du fait de sa situation géographique favorable et des projets potentiellement réalisables. Cette zone est à mi-chemin entre l’Orient, l’Occident et l’Afrique. Le projet du Canal du Suez, initialement français, est d’abord confié à Ferdinand de Lesseps, qui avait le soutien de l’empereur Napoléon III. Le financement provient principalement de capitaux européens. Nous pouvons dès lors parler d’une internationalisation du projet. Finalement, l’inauguration du canal de Suez a lieu le 17 novembre 1869 après 10 ans de travaux. Il permet de réduire la distance à parcourir entre Shanghaï et Rotterdam de presque 7 000 kilomètres.

Nous pouvons observer deux conséquences suite à la construction du canal de Suez. D’abord, il peut être une aubaine pour l’Égypte qui pourrait devenir une grande puissance régionale. Pourtant, dans un premier temps, ce canal ne lui bénéficie pas totalement. Il subit les convoitises européennes, principalement françaises et britanniques. Les deux empires voyaient en ce canal une possibilité de se rapprocher encore davantage de leurs empires coloniaux (l’Indochine et les Indes britanniques). L’ouverture du canal est permise par des puissances coloniales qui privilégient leurs intérêts respectifs. Nous avons alors des tensions entre la France et l’Angleterre coloniales. Mais d’autres tensions montent avec une puissance régionale qui cherche à se faire entendre : l’Égypte.

 

La nationalisation du canal par Nasser

Abdel Nasser est un président égyptien célèbre pour avoir promu le nassérisme, idéologie panarabe révolutionnaire et anti-monarchique. Il a d’abord combattu contre la monarchie en Égypte avant d’accéder au pouvoir en 1956. Il est un fervent opposant à l’influence européenne et surtout britannique dans son pays. C’est également lui qui a permis la nationalisation du canal de Suez, ce qui a mené à des tensions diplomatiques de grande ampleur.

Ce projet est à la fois politique et économique. D’abord, l’objectif est de limiter les influences étrangères sur le canal. Nasser dit même : “Ce canal est la propriété de l’Égypte”. Mais un autre de ses objectifs est de conforter son prestige auprès de la population égyptienne et des autres pays arabes. En effet, l’Égypte de Nasser se présente comme une puissance régionale indépendante à la tête du monde arabo-musulman.

Ensuite, l’objectif économique est d’assurer la souveraineté égyptienne sur le canal, ce qui lui permet de le contrôler. La libre-circulation avantage les Français et les Britanniques mais pas les Égyptiens. Grâce à la nationalisation du canal, Le Caire est désormais libre d’imposer ses taxes.

 

La crise de Suez

L’Égypte, en quête de puissance et de souveraineté, se confronte aux anciennes puissances coloniales qui refusent de perdre leurs influences régionales dans cette zone stratégique. France et Royaume-Uni, anciens rivaux, s’allient pour contrer la quête de puissance du Caire. En octobre 1956, ils signent un plan secret avec l’État d’Israël. L’objectif est de provoquer un conflit israélo-égyptien dans lequel les puissances européennes puissent s’ingérer afin de récupérer le contrôle du canal. Les Européens cherchent alors à se montrer comme des médiateurs du conflit, en dissimulant leurs intérêts. Un ultimatum est lancé aux deux belligérants : leurs armées doivent quitter la zone autour du canal de Suez pour cesser le conflit, ce qui mènerait à une présence européenne. Comme prévu, l’Égypte de Nasser refuse. C’est un prétexte pour s’allier à Israël.

Le conflit s’internationalise davantage avec les arrivées des influences soviétique et américaine. L’URSS soutient diplomatiquement l’Égypte de Nasser et se présente comme un contrepoids aux influences occidentales au Moyen-Orient. Moscou lutte contre le colonialisme occidental. Les États-Unis, eux, mettent pression sur le Royaume-Uni pour que les deux puissances européennes quittent le conflit. Conjointement, Soviétiques et Américains demandent l’envoi de Casques Bleus. C’est la première mobilisation des forces de l’ONU. Elle met fin à la crise de Suez.

Les influences européennes, sont alors contraintes par les puissances mondiales de quitter la zone. Elles abandonneront définitivement leur emprise au profit d’une Égypte renforcée Aujourd’hui, le canal est sous contrôle exclusif de l’Égypte et est toujours un passage fluvial important. Il est un symbole de puissance et de fierté nationale.

Alban Dantin

Actuellement en master à Sciences Po Bordeaux, j'ai d'abord fait deux ans de classe prépa littéraire A/L à Saint-Sernin (Toulouse).

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